Chaises musicales, tir à la corde, concours du plus gros mangeur de pastèques, gonflage de ballons… Ces dernières semaines, l’organisation État Islamique (EI) a publié plusieurs photos de propagande montrant des jeunes s’amuser dans plusieurs villes sous son contrôle, en Syrie et en Irak. Pas dupe, notre Observateur, un ancien habitant de Raqqa, rappelle que la plupart des divertissements ont été interdits depuis que le groupe jihadiste a pris le contrôle de ces villes.

Selon l’EI, ces photos ont été prises à Tall Afar, en Irak, ainsi qu’à Abu Kamal, Raqqa et Hajin, en Syrie.

Afin d’en savoir plus sur la réalité derrière ces images, France 24 a contacté Hassan Eeasa (nom modifié à sa demande), un Syrien faisant partie du réseau d’activistes "Raqqa is being Slaughtered Silently" ("Raqqa est massacrée en silence"), dont l’objectif est de montrer à quoi ressemble la vie sous l’EI. Plusieurs membres de ce groupe ont déjà été assassinés. Hassan Eeasa a fui la Syrie récemment, mais est resté en contact avec des activistes restés sur place.

Jeu de chaises musicales à Tall Afar (Irak). Photo publiée par l’EI.

"On vit dans une immense prison, ces jeux sont juste de la propagande"

En publiant des photos de jeux, le but de l’EI est de montrer que les gens sont heureux et qu’ils s’amusent. Or, ce n’est pas franchement le cas à Raqqa. Par ailleurs, les personnes participant à ces jeux n’ont pas vraiment le choix, puisqu’il est impossible de dire non à l’EI. Bien-sûr, les enfants s’amusent quand même lors de ces rares jeux. Mais les adultes savent qu’ils vivent dans une immense prison, et que c’est juste de la propagande.

Tir à la corde à Tall Afar (Irak). Photo publiée par l’EI.

Ici, les gens avaient l’habitude de jouer au football dans la rue, mais c’est quelque chose qu’on ne voit plus. La police des mœurs de l’EI interdit aux habitants de faire du sport. Seules l’équitation et la natation sont autorisées, mais uniquement pour les hommes. Du coup, certains font de la natation. En revanche, comme Raqqa est une ville, l’équitation n’est pas une activité très courante...

Compétition de mangeurs de pastèques à Tall Afar (Irak). Photo publiée par l’EI.

Par conséquent, les gens s’amusent seulement chez eux, loin du regard des agents de la police des mœurs. Par exemple, beaucoup d’habitants jouent aux cartes. Comme de nombreuses maisons disposent de grands jardins, beaucoup de parents jouent au football, au basketball et au volleyball avec leurs enfants. Dans les maisons, un certain nombre de jeunes fument et boivent de l’alcool également, bien que ça soit très risqué. Ils peuvent être contraints de payer de lourdes amendes, être fouettés, aller en prison, voire être condamnés à mort.

Un jeu avec des cerceaux à Hajin, en Syrie, sous le drapeau de l’EI. Photo publiée par l’EI.


"Beaucoup d’étrangers combattant au sein de l’EI jouent au football"

Selon David Thomson, journaliste à RFI spécialiste des questions jihadistes, la position de l’EI concernant les passe-temps n’est pas toujours claire.

Certaines formes de divertissement sont interdites dans toutes les zones qu’ils contrôlent, et sont sévèrement punies : boire, fumer, écouter de la musique et regarder les chaînes de télévision satellitaires.

En ce qui concerne Internet, il est possible de se connecter uniquement dans les cyber-cafés, mais ils sont étroitement surveillés.

Mais aucune déclaration officielle interdisant le sport – comme le football et le basket-ball – n’a été faite. En fait, il semblerait que les règles varient selon les endroits, comme c’est le cas dans d’autres domaines. Par exemple, à Raqqa – ville considérée comme la capitale de l’EI – les femmes ne sont pas autorisées à conduire. Mais elles ont le droit de le faire à Al-Bab.

Je sais que beaucoup d’étrangers combattant au sein de l’EI jouent au football par exemple, pour se détendre. Et certains combattants français ont même regardé des matchs de l’Euro !

Un Français combattant pour l’EI a publié cette photo le montrant en train de jouer au football sur son compte Facebook. Elle a cependant été enlevée depuis.