CÔTE D'IVOIRE

Broyer des fêves à vélo pour initier les Ivoiriens au chocolat

Dana Mroueh, une Libanaise vivant en Côte d'Ivoire, tente de produire du chocolat eco-friendly avec un vélo. Photos Najib Ghaddar.
Dana Mroueh, une Libanaise vivant en Côte d'Ivoire, tente de produire du chocolat eco-friendly avec un vélo. Photos Najib Ghaddar.

Publicité

La Côte d’Ivoire est le premier producteur et exportateur de cacao au monde, mais pourtant les Ivoiriens ne consomment pas de chocolat. Quelques entrepreneurs veulent changer les choses, comme cette Franco-Libanaise vivant à Abidjan : elle a créé en mars 2016 "Mon choco", entreprise qui produit un des rares chocolats made in Cote d’Ivoire. En plus d’être bio et écolo, notamment parce que ses graines sont broyées… par un vélo.

La famille de Dana Mroueh est établie en Côte d’Ivoire depuis quatre générations. Son grand-père travaillait déjà dans le commerce du cacao, et c’est lui qui a eu l’idée d'e projet de eco-friendly.

En 2014, Dana Mroueh décide de la mettre en pratique. Elle quitte son travail et suit des formations pour apprendre la confection du chocolat, en Belgique et en Inde. Puis se lance dans la réalisation de son vélo, première étape de ce qui deviendra "Mon choco ".

"Le but est de mettre en valeur le terroir de la Côte d’Ivoire de façon responsable"

Pour élaborer le vélo, j’ai acheté le broyeur à fève à une société indienne et contacté une entreprise américaine spécialisée dans la construction de vélos producteurs d’énergie. Je leur ai expédié le broyeur et leur ai demandé de le relier à un de leurs vélos, pour créer un prototype spécial pour le chocolat. Pour moi, il était important de faire en sorte d’avoir un processus de production qui consomme le moins d’électricité possible et soit donc le plus écologique possible.

Dana Mroueh et son vélo broyeur de fèves.Photo Najib Ghaddar

La démarche responsable de Mon Choco ne se limite pas à cela : nous travaillions avec deux producteurs de fèves indépendants dont la production est bio. Chaque matin, si le temps le permet, nous faisons sécher des fèves sur le toit de notre fabrique, encore une fois pour limiter les dépenses énergétiques. Sinon, nous le faisons au sèche-linge. Nous trions ensuite les fèves, les séparons de leur écorce et puis nous les cassons à coups de pédales.

Le tri des fèves. Photo : Mon Choco

Nous produisons notre chocolat, avec une spécificité de taille : le chocolat est cru, la fève n’est jamais torréfiée ou chauffée, ce qui lui donne un goût bien particulier, mais permet aussi de conserver mieux ses qualités gustatives et nutritionnelles.

Les tablettes après moulage fait main. Photo : Mon Choco/Najib Ghaddar

"Un marché naissant du chocolat"

L’objectif à terme, c’est de produire 20 kilos de chocolat par jour, on est pour l’instant bien en dessous de ça. Il nous faut encore du temps pour nous former. Mais nous vendons déjà dans plusieurs boutiques à Abidjan. Je suis convaincue qu’il y a un marché naissant du chocolat dans le pays.

L’idée est de faire découvrir le chocolat aux Ivoiriens : ils ont beau produire beaucoup de fèves de cacao, ils ne savent pas vraiment quel goût a le chocolat, le produit fini. Mon but est de mettre en valeur le terroir de la Côte d’Ivoire de façon responsable.

Photo : Mon Choco/Najib Ghaddar

Quatre personnes travaillent aujourd’hui avec Dana Mroueh pour Mon Choco, dont les tablettes sont distribuées dans une dizaine de points de vente en Côte d’Ivoire et un au Sénégal.

D’autres entreprises de chocolat ivoirienne existent, comme Tafissa ou La Maison du chocolat ivoirien, mais elles font encore figure d’exception. Cela pourrait changer : la Côte d’Ivoire semble décidé à développer la production de chocolat prêt à la consommation sur son territoire. Notamment avec une politique fiscale favorable: depuis janvier 2016, les produits finis du cacao sont exemptés du DUS (droit unique de sortie), ce qui doit favoriser l’exportation de chocolat 100% ivoirien.

En mai 2015, l'entreprise française Cémoi avait par ailleurs inauguré la première usine de transformation de cacao sur le territoire ivoirien.

Notre Observatrice engagée cherche des partenaires locaux et à l'exportation. Si vous souhaitez la contacter, vous pouvez le faire à mrouehdana@gmail.com ou sur son site internet

Cet article fait partie du projet "Les Observateurs s'engagent". Vous aussi vous avez un projet ? participez en cliquant sur la photo ci-dessous !