ATTENTAT DE NICE

Comment sont nées les rumeurs autour de l’attentat de Nice

Sur Youtube, une chaine conspirationniste américaine parle "d'attentats coordonnés" après l'attentat de Nice en illustrant par une image de la Tour Eiffel en feu... il s'agissait en fait d'un incendie accidentel.
Sur Youtube, une chaine conspirationniste américaine parle "d'attentats coordonnés" après l'attentat de Nice en illustrant par une image de la Tour Eiffel en feu... il s'agissait en fait d'un incendie accidentel.

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Dans les heures qui ont suivi l’attentat de Nice, des rumeurs faisant état d’autres événements dramatiques coordonnés avec la folie meurtrière du chauffeur de camion, ont affolé les réseaux sociaux. Les Observateurs sont remontés à l’origine de ces fausses informations qui, retweetées et déformées, contribuent à créer la panique. Décryptage.

L’incendie à la Tour Eiffel… transformé en "attaque coordonnée"

Alors que le feu d’artifice du 14 juillet venait tout juste de se terminer sur le Champs de Mars à Paris, plusieurs internautes ont commencé à publier des photos d’un départ d’incendie près de la Tour Eiffel. Les premières photos émergent à partir de 23h52 sur Twitter selon les recherches que nous avons effectuées. La première vidéo est postée à minuit, elle montre un feu d’origine indéterminée devant la tour Eiffel.

Premier tweet d'un internaute faisant référence à l'incendie près de la Tour Eiffel à 23h52.

Mais rapidement, des internautes associent les attaques de Nice avec cet incendie à la Tour Eiffel. Surtout après qu’une impressionnante photo publiée par une blogueuse française, donnant l’illusion que le monument est en feu, devient virale : elle est retweeté plus de 4 300 fois.

Quelques comptes Twitter et YouTube, dont celui de la chaîne "Info Wars", un compte conspirationiste qui se présente comme un média "détruisant le mur de Berlin médiatique", ont relayé ces images en parlant "d’attaques coordonnées".

Dans cette vidéo Youtube publié par Alex Jones, le présentateur de "Info Wars", une "attaque coordonnée" est évoquée après l'attentat de Nice en montrant une image de la Tour Eiffel en feu.

Rémy Buisine, connu pour ses Périscope lors des événements de Nuit Debout, est l’un des premiers a avoir publié une photo à 23 h 52. Il explique :

Cet incendie était plus anecdotique qu’autre chose. Je n’ai pas pensé une seconde que ça pouvait avoir un lien avec une quelconque attaque terroriste. J’ai plutôt pensé à un feu d’artifice qui n’avait pas explosé dans les airs. L’incendie avait en lieu en plein milieu du périmètre de sécurité. Ça ne m’a pas inquiété.

J’ai compris très rapidement qu’il y avait une confusion autour de cette photo, car de très nombreux médias étrangers commençaient à la relayer, la reliant avec ce qu’il se passait à Nice. Franchement, c’est une photo qui ne méritait pas autant de visibilité… L’interprétation faite de l’image a créé la confusion.

Les rumeurs auraient pourtant pu être balayées rapidement par une information de la préfecture de police, tweetée une minute avant la toute première photo : elle avait indiqué qu’un feu d’artifice était tombé sur un camion.

Quarante minutes après les premières photos, la préfecture a pourtant dû de nouveau démentir les rumeurs en indiquant qu’il s’agissait d’un incendie accidentel.

Fausse prise d’otage au Buffalo Grill et à l’hôtel Méridien de Nice… que s’est-il passé ?

À Nice, juste après l’attaque du camion au cours de laquelle 84 personnes ont été tuées et 202 blessées (52 personnes se trouvaient encore entre la vie et la mort à l'heure où nous régideons ces lignes), de nombreuses personnes se réfugient dans les commerces autour de la promenade des Anglais. À 23h20, les premiers internautes sur Facebook et Twitter signalent ce qu’ils pensent être une prise d’otage, d’abord dans un Buffalo Grill, puis dans deux prestigieux hôtels niçois, le Méridien et le Negresco.

Plusieurs chaînes françaises d’information en continu relaient également la rumeur. À 23h49, des internautes parlent d’un journaliste de BFMTV évoquant une prise d’otage en cours dans les deux hôtels. Un témoin de l’attentat à Nice affirme la même chose concernant le Méridien sur LCI selon un internaute qui poste un tweet à 0h11. Des voisins de l’hôtel Méridien diffusent de leur balcon un live sur Périscope, évoquant la "présence du GIGN", l’unité d’intervention d’élite de la gendarmerie. On entend dans la vidéo des hommes dans la rue crier "reculez" pour sécuriser le périmètre, sans qu’on puisse se rendre précisément compte de la situation.

Contactés par France 24, l’hôtel Negresco et l’hôtel Méridien n’ont respectivement pas souhaité s’exprimer sur le sujet. En revanche, un employé du Buffalo Grill explique :

De nombreuses personnes avaient fui la promenade des Anglais [où le camion a foncé sur la foule, à 200 mètres environ, NDLR] et s’étaient réfugiés dans notre restaurant. Vers 23 h 30 - 23 h 45, des policiers sont venus fouiller le restaurant et évacuer les personnes qui s’y étaient réfugiées. Ils n’y ont rien trouvé de suspect et sont repartis au bout de quinze minutes. La police nous a juste dit qu’ils avaient été informés d’une prise d’otages par des gens sur la promenade et sont venus vérifier.

Si tout porte donc à croire que le bouche à oreille, doublé du relai rapide de certains médias, est à l’origine de la rumeur, le commissariat de Nice ou la préfecture des Alpes-Maritimes n’ont pas pu nous confirmer la raison exacte à l’origine de l’intervention. Devant l’ampleur prise par les rumeurs, le ministère de l’Intérieur a en tout cas dû démentir officiellement une quelconque prise d'otages, sur Twitter, à 00h37.

Malgré les démentis, tard dans la nuit, des internautes croyaient encore qu’une prise d’otage avait lieu.

Marseille… Cannes… que retenir de ces exemples ?

Dans une moindre mesure, les internautes n’hésitaient pas à rattacher tout incident, minime ou complètement inventé, à l’attaque de Nice. À Marseille, un feu accidentel, provoqué par une explosion de pétards, ou des "tirs" entendus dans les rues de Cannes sont venus ajouter à la confusion et à l’angoisse générale.

Pourquoi relayer des rumeurs ?

Nous avons pu remonter à l’un des premiers comptes Twitter ayant fait référence à la soi-disant prise d’otages du Buffalo Grill de Nice.

Son auteur, une jeune Niçoise, explique :

Tout d'abord j'ai vu sur Facebook des gens qui ont annoncé cela. Puis ensuite, c’est une personne qui l'a dit à un de mes proches. Beaucoup de personnes le disaient aussi, je ne sais pas si c'est vrai, mais vaut mieux en informer au cas où il se passerait réellement quelque chose.

Trois conseils pour éviter le piège des rumeurs

Chaque évènement anxiogène est accompagné de son lot de désinformation. Pour ne pas tomber dans le piège, voici nos trois conseils de base :

  1. Adopter une position sceptique : les réseaux sociaux ne peut être une source d’information fiable à 100 % à eux seuls, ne retweetez pas ce dont vous n’êtes pas certain
  2. Ne faites pas confiance à une source indirecte : "Des amis d’amis" qui relaient une prétendue information, ou un internaute non journaliste qui cite "une source haut placée ", c’est généralement faux
  3. Suivez des comptes officiels, comme celui de la Préfecture de Police, du ministère de l’Intérieur, et croisez vos sources : si plusieurs médias relaient une information de source différente, elle a de bonne chance d’être vérifiée
Enfin, ne partez pas du principe qu’un tweet avec une image, photo ou vidéo, est une vérité absolue : pensez à vérifier l’identité de l’auteur d’une publication, l’heure de sa publication ou sa provenance.

Et pour savoir comment vérifier les images sur les réseaux sociaux, pensez à consultez nos guides :

Comment vérifier une image sur les réseaux sociaux ?

- Comment vérifier une vidéo dont vous ne connaissez pas l'origine ?

Article rédigé par Corentin Bainier (@cbainier) et Alexandre Capron (@alexcapron), journalistes à France 24.