Boire de l’alcool jusqu’à plus soif en Iran, mission impossible ? Bien au contraire ! Depuis que le pays est devenu une République islamique en 1979, la consommation d’alcool est punie de 80 coups de fouet. Mais les beuveries n’ont pourtant rien de rare. Nos jeunes Observateurs expliquent comment ils font pour picoler malgré l’interdit.

Quelques chiffres permettent de se rendre compte de la réalité de la consommation d’alcool en Iran : les autorités affirment qu’il y aurait 200 000 personnes touchées par l’alcoolisme dans le pays, et dénombrent 150 centres pour les alcooliques anonymes. Selon les estimations du ministère iranien de la Santé, au moins 420 millions de litres d’alcool sont consommés chaque année en Iran. Et la police de Téhéran assure que la moitié des alcootests qu’elle fait passer sont positifs.

"Je fais de l'alcool chez moi"

Dara (pseudonyme) est âgé d’une vingtaine d’années et vit à Babol, une petite ville dans le nord de l’Iran.

Je ne bois pas souvent, peut-être une fois par semaine. Mais j’ai des amis qui boivent tous les soirs. Pour avoir de l’alcool, beaucoup de gens en produisent chez eux. C’est mon cas. Il vous faut seulement de l’espace, surtout que le processus de production peut dégager une forte odeur. Du coup, c’est plus facile à faire à la campagne qu’en ville.

Nous pouvons faire du vin, du cognac, de la bière ou encore une sorte de vodka que nous appelons Aragh. Pour les trois premières boissons, nous suivons des recettes qui existent dans d’autres pays. Pour l’Aragh, nous mettons des raisins dans une cocotte-minute. La vapeur monte dans un tube qui va ensuite dans une cuve d’eau froide. La vapeur devient alors un liquide alcoolisé.

Ce processus de distillation crée une boisson qui contient au moins 50 % d’éthanol pur. Quand vous la faite chez vous, elle vous coûte alors 150 000 rials par litre [4 euros].

Dans cette vidéo, un Iranien montre comment faire de l'Aragh chez soi.

L’alcool maison est donc peu coûteux et populaire et les distillateurs nécessaires à la production s’achètent facilement : ils sont officiellement vendus pour la fabrication de parfums. Mais ces boissons s’avèrent parfois dangereuses et peuvent entraîner des intoxications, voire des décès. De tels accidents font régulièrement l’actualité en Iran.

En ville, d’autres solutions existent pour obtenir des boissons alcoolisées plus sûres, mais le coût est nettement plus élevé.

"C’est facile d’obtenir de l’alcool via un dealer"

Notre Observateur Taha (le prénom a été changé), également âgé d’une vingtaine d’années, vit à Téhéran.

À Téhéran, il est facile d’obtenir de l’alcool de qualité. Il y a pleins de dealeurs. Si vous vous mettez à la recherche l’alcool, cela ne vous prendra pas plus de quatre heures. Si vous connaissez une personne qui revend de l’alcool, il suffit de l’appeler. Si vous n’en connaissez pas, alors vos amis pourront rapidement vous en recommander un.

En revanche, ça coûte très cher. Par exemple, une bouteille de vodka se vend à environ 1 700 000 rials [50 euros]. Une bouteille de tequila, ce sera environ 2 900 000 rials [83 euros], le whisky 2 500 000 rials [72 euros] et le cognac environ 2 700 000 rials [78 euros].

Les vins et les bières sont assez rares et également très coûteux. [Une canette de bière peut coûter jusqu’à 5 euros, et une bouteille de vin environ 60 euros]. En plus, ce n’est pas très demandé : les Iraniens préfèrent acheter des boissons à forte teneur en alcool. Les dealeurs vendent également de l’Aragh, qui coûte 9 euros le litre.

La dernière option, c’est de faire des cocktails : des boissons très fortes, avec de l’alcool à 75 % et juste un peu d’arômes de fruits – fraise, banane, orange, etc. Cet alcool est vendu dans les épiceries ou dans les pharmacies… Comme désinfectant.

Selon la plupart de nos Observateurs, certains Iraniens pris en flagrant délit de consommation d’alcool arrivent à échapper à la punition par coups de fouet en versant un pot-de-vin aux officiers de police.

Les boissons alcoolisées vendues par les dealers en Iran sont souvent acheminées illégalement dans le pays depuis l’étranger, notamment depuis le Kurdistan irakien. Comme pour les trafiquants de drogue et d’objets interdits comme les antennes satellites, le risque est très élevé. Régulièrement, la presse fait état de trafiquants tués par la police le long de la frontière.