Vingt-quatre chiens renifleurs de bombes d’une entreprise de sécurité abattus et enterrés à la va-vite, un patron introuvable, un contrat rompu et des employés impayés : une entreprise de sécurité privée américaine en charge de la protection de sites pétroliers, est au centre d’une sombre affaire qui indigne le Koweït depuis une semaine.

Tout commence à la mi-juin, quand la compagnie nationale koweïtienne de pétrole (Koweit National Petroleum Company) rompt un contrat avec la Eastern Securities of Kuwait. Quelques jours plus tard, le 21 juin, cette entreprise américaine de sécurité privée fait euthanasier 24 de ses chiens détecteurs de bombes, qu’elle faisait intervenir sur les champs d’extraction de pétrole. Indigné, l'un des employés publie alors les photos des cadavres des animaux sur Facebook.

Un porte-parole de la Koweit National Petroleum Company a assuré qu’elle n’avait aucune responsabilité dans l’incident. Selon lui, le contrat qui liait la compagnie pétrolière à la Eastern Securities a été rompu car "les tests menés par une tierce partie pour évaluer la capacité des chiens à détecter les bombes dans une installation pétrolière n’étaient pas concluants". Il dit par ailleurs "regretter" que la Eastern securities ait tué ces animaux.

Contactée par France 24, Maha al-Khatib, militante au sein de l’ONG koweïtienne de défense des animaux Karuq8, estime que l’entreprise de sécurité a tué les chiens parce qu’ils étaient devenus un fardeau pour elle en raison de la rupture de contrat avec la compagnie koweïtienne de pétrole. "L’entreprise devait payer les frais inhérents à l’entretien de ces chiens, alors qu’elle ne pouvait plus en tirer profit. Elle a donc préféré les tuer."

Les images de l'abattage des chiens ont été relayées par l'ONG de défense des droits des animaux karuq8.

C’est une journaliste et militante des droits des animaux, Mimi Maamoun, qui a médiatisé cette affaire et alerté les autorités.

"Le vétérinaire a eu un malaise en voyant ces animaux en état de décomposition"

Dès que j’ai vu les photos, j’ai alerté les ONG de défense des animaux et les autorités. En menant mon enquête, j’ai en outre découvert que les chiens avaient été enterrés au bord d’une route et que la fosse où on les a mis n’était pas profonde.

Mercredi dernier, le 22 juin, j’ai porté plainte auprès de la police judicaire pour maltraitance ayant entraîné la mort de ces animaux. Une nouvelle loi adoptée en décembre 2015 punit d’une peine allant jusqu’à un an de prison toute personne qui maltraite un animal. J’ai ensuite porté plainte auprès de la police de l’environnement contre l’entreprise car elle a enterré ces animaux en violation de la législation sur l’environnement. Elle aurait dû le faire en coordination et avec l’autorisation de la mairie de Koweït City. Mais elle n’a pas jugé bon de solliciter les autorités.

Ces derniers jours, j’ai pu accompagner la police à plusieurs reprises dans les locaux de la Eastern Securities of Kuwait.

Le propriétaire de l’entreprise, Bill Baisey, est introuvable depuis que cette affaire a éclaté. Interrogé par les policiers, l’un des responsables de l’entreprise a affirmé que les chiens étaient âgés et atteints de plusieurs maladies incurables. Selon lui, il fallait donc les euthanasier…

Je ne crois franchement pas à cette version. Et quand bien même cela serait vrai, là encore, les choses n’ont pas été faites dans les règles. Quand des animaux sont atteints de maladies incurables, la procédure normale veut qu’ils soient auscultés par un vétérinaire et que ce dernier dresse un rapport dans lequel il recommande clairement de les euthanasier. Or, l’entreprise n’a fait aucune démarche dans ce sens.

Je me suis également rendu avec un vétérinaire désigné par l’État pour prendre des échantillons des chiens, afin de savoir s’ils étaient vraiment malades. Mais le vétérinaire a eu un malaise en voyant ces animaux en état de décomposition et nous sommes repartis sans avoir pu faire les prélèvements.

"Nous avons aussi découvert qu’une trentaine d’employés philippins en charge des chiens se sont mis en grève car ils n’ont pas touché leurs salaires"

La Eastern Securities of Kuwait n’a pas tué tous ses chiens. Environ 90 animaux sont toujours en vie. Devant le tollé médiatique à laquelle elle est confrontée, je pense au moins qu’elle n’osera pas les tuer.

Cette affaire en a aussi mis au jour mis au jour une autre affaire à laquelle s’intéresse désormais la police. Nous avons découvert qu’une trentaine d’employés philippins en charge des chiens à la Eastern Securities se sont mis en grève car ils n’ont pas touché leurs salaires depuis plusieurs mois et que le propriétaire de l’entreprise a confisqué leur passeport, ce qui est illégal au Koweït.

Contacté par France 24, la Eastern Securities of Kuwait n’a pas répondu à nos sollicitations. De même que la police de l’environnement du Koweit. Nous publierons leurs réponses si elles nous parviennent.
Article écrit en collaboration avec

Djamel Belayachi , Journaliste