TCHAD

Lac Tchad : des cliniques mobiles pour soigner les femmes et les enfants réfugiés

Deux cliniques mobiles parcourent actuellement la région du Lac, au Tchad, pour soigner les femmes et les enfants vivant dans la zone. Photo : UNFPA.
Deux cliniques mobiles parcourent actuellement la région du Lac, au Tchad, pour soigner les femmes et les enfants vivant dans la zone. Photo : UNFPA.

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Deux caravanes de sages-femmes parcourent actuellement la région du Lac, située dans l’ouest du Tchad, à la frontière avec le Niger, le Nigeria et le Cameroun. L’objectif : proposer des soins aux femmes et aux enfants, afin de pallier au manque de structures médicales dans la région. Une zone où les besoins sont immenses, en raison de l’afflux de réfugiés et de déplacés ayant fui les attaques de Boko Haram.

Dans le bassin du lac Tchad, les attaques des combattants de Boko Haram ont contraint de nombreux habitants à prendre la fuite, en particulier depuis 2013.

Au Tchad, environ 7 000 réfugiés et 65 000 déplacés internes sont ainsi enregistrés dans la région du Lac – où l’état d’urgence a été instauré en novembre 2015 à la suite de plusieurs attaques kamikazes imputées à la secte islamiste – selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

Déjà insuffisantes pour les populations locales en temps normal, les structures médicales existantes peinent à répondre à la hausse des besoins découlant de l'afflux de réfugiés et déplacés. Sans compter que les acteurs humanitaires restent rares dans la région, en raison de l’insécurité.

Partant de ce constat, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a lancé une campagne de soins destinée aux femmes et aux enfants vivant dans les camps de réfugiés et de déplacés, ainsi que dans les villages reculés de la région, le 13 mai dernier.

Depuis cette date, deux cliniques mobiles parcourent quotidiennement la zone, soit deux véhicules transportant des tentes et du matériel (échographe, etc.), pouvant être rapidement déployés sur le terrain. Au total, cinquante sages-femmes et deux gynécologues de la capitale N'Djaména assurent les consultations. Environ 160 000 personnes devraient en bénéficier d’ici à la fin de la campagne, le 15 juillet.

Les tentes à l'intérieur desquelles les consultations sont réalisées peuvent être facilement déployées. Photo : UNFPA.

Échographie. Photo : UNFPA.

"Beaucoup de femmes avaient des infections, à la suite d’accouchements réalisés en dehors de structure médicales"

Oussire Kaguina est une sage-femme de 34 ans de retour à N'Djaména, après avoir participé à la campagne.

Durant deux semaines et demi, j’ai parcouru la région avec la caravane n°2. Nous nous sommes rendus dans sept camps, assez éloignés des villages. Des agents de L’Unicef étaient présents sur place, mais pour s’occuper des enfants avant tout. Dans la zone où nous avons circulé, il y a des centres de santé uniquement dans les villages de Tataverom et Koudouboul. Mais seuls des infirmiers y travaillent. L’offre de soins est donc très insuffisante.

De mon côté, j’ai réalisé des dizaines des consultations prénatales, qui ont constitué l’essentiel de mon travail. La plupart des femmes que j’ai vues étaient Tchadiennes, mais il y avait aussi beaucoup de Nigérianes et de Nigériennes.

Photo : Nako Madjiasra.

 

Un accès à la contraception extrêmement faible

Dans cette zone, très peu de femmes ont accès à la contraception, par rapport à celles vivant dans la capitale par exemple. [Selon l’UNFPA, 0,1 % des femmes ont recours à des méthodes de contraception moderne dans la région, contre 5 % dans le reste du pays, NDLR.]

Du coup, nous avons administré un contraceptif injectable à certaines femmes – le Depo-Provera – qui est efficace pendant trois mois. [Ce progestatif inhibe l’ovulation et entraîne un épaississement de la glaire cervicale, empêchant ainsi le passage des spermatozoïdes vers le col de l’utérus, NDLR.]

En revanche, aucune femme ne souhaitait avoir d’implants contraceptifs, car ils empêchent d'avoir des enfants durant plusieurs années, ce qui peut faire peur. [Il s’agit d’un bâtonnet contenant les mêmes hormones que les pilules progestatives, efficace pendant trois ans, que l’on place sous la peau, NDLR.]

Un certain nombre de femmes avaient également des problèmes de stérilité. Cela s’explique notamment par le fait que certaines avaient eu des infections. Dans ce cas précis, nous les avons mises sous antibiotiques. Nous en avons aussi envoyé d’autres voir un gynécologue à l’hôpital de Bagassola [le chef-lieu du département de Kaya, NDLR].

Photo : UNFPA.

"Dans les camps, un nombre anormalement élevé de personnes ont le VIH"

Autre problème majeur : le nombre anormalement élevé de personnes ayant le VIH dans les camps. Durant ces deux semaines et demi, environ 500 dépistages ont été réalisés par les équipes des deux cliniques mobiles, et 17 femmes et 5 enfants ont été testés séropositifs [soit un taux de 4,4 %, contre 2 % en moyenne dans le pays, selon l’Onusida, NDLR]. Nous leur avons administré des antirétroviraux [des médicaments permettant de freiner l’évolution de la maladie, NDLR] et nous leur avons dit qu’ils pouvaient se rendre dans les centres de santé les plus proches pour poursuivre le traitement. [En outre, l’UNFPA précise que 60 % des femmes admises en salle d’accouchement à l’hôpital de Bol – le chef-lieu du département de Mamdi – ont été dépistées séropositives, durant le premier trimestre 2016, NDLR.]

Photo : Nako Madjiasra.

"Beaucoup de femmes accouchent chez elles, par terre et dans la poussière"

Enfin, nous avons vu 23 femmes qui avaient accouché seules. Parmi elles, treize avaient des infections, dues à un manque d’hygiène lorsque l’accouchement est pratiqué dans la poussière, par terre… Nous les avons mises sous antibiotiques. [Selon l’UNFPA, seuls 10 % des accouchements ont lieu en présence de professionnels de la santé dans la région, NDLR.]

Environ 160 000 personnes devraient bénéficier des consultations réalisées grâce aux cliniques mobiles d’ici le 15 juillet. Photo : UNFPA.

Outre les problèmes de santé concernant spécifiquement les femmes, le paludisme, les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires aiguës, les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA sont les principaux problèmes rencontrés dans la région du Lac, selon l’UNFPA.