De plus en plus d’Iraniennes créent leur start-up, certaines y voient l'occasion de permettre aux femmes de travailler. C’est le cas de la jeune Téhéranaise Tabasom Latifi, qui a lancé en 2014 Mamanpaz, une plateforme en ligne qui permet aux femmes au foyer de vendre leurs plats faits maison. Elle connaît un succès croissant.

Photo d'un plat proposé sur Mamanpaz. 

Tabasom Latifi, 30 ans, a eu l’idée de créer Mamanpaz en faisant deux constats : environ la moitié des Iraniennes (18,8 millions) sont femmes au foyer et n’ont aucun moyen de gagner leur vie, et nombre d’entre elles ont créé leurs blogs sur lesquels elles présentent leur recettes maison. Par ailleurs, autour de Tabasom Latifi, beaucoup d’Iraniens se disaient sensibles à la qualité de la nourriture qu’ils consomment mais étaient insatisfaits de manger tous les jours au restaurant et souhaitaient pouvoir bénéficier de plats "faits maison". La jeune entrepreneure a donc décidé de connecter ensemble cette demande et l’offre potentielle des femmes au foyer.



Un plat une fois emballé.

Sur le site de Mamanpaz, on peut donc commander un plat à l’une des cuisinières certifiées et choisir le moment et le lieu de sa livraison. Le menu est sélectionné selon sa popularité, le type de cuisine proposé et son prix. Des photos des cuisines dans lesquelles les plats sont confectionnés sont disponibles. Il y a même parfois des photos de la cuisinière qui concocte les menus. Et Mamanpaz propose également de commander d’un jour pour le lendemain. Tabasom Latifi raconte comment elle s’est lancée dans l’aventure de cette start-up.

Sur le site internet de Mamanpaiz ou sur l'application Android, il est possible de choisir parmi une liste de participantes au projet, toutes femmes au foyer en Iran.
Chaque participante liste une série de plats qu'elles peuvent cuisiner pour les internautes, avec une liste des ingrédients et des méthodes de préparation.

Chaque internaute peut voter pour ses plats préférés et laisser un commentaire après avoir dégusté le plat d'une participante au projet.

"La plupart des Iraniennes voudraient être indépendantes, mais sans salaire propre, c’est impossible"


J’ai d’abord travaillé dans une banque, avant d’avoir l’idée de Mamanpaz et de me lancer il y a deux ans. Après plusieurs mois de démarches, j’ai trouvé un investisseur qui a accepté de m’aider, et m’a donné un bureau dans ses locaux à côté de ses employés, qui ont d’ailleurs été mes premiers clients. Dans les premiers mois, je n’avais que 250 commandes par jour, mais aujourd’hui ça se chiffre en milliers. J’ai embauché une vingtaine de personnes qui travaillent sur le développement du projet – ça n’inclut pas les femmes qui cuisinent.

Quand je me suis lancée, personne n’y croyait, autour de moi. On me demandait pourquoi les gens utiliseraient un site pour commander de la nourriture sans la voir de leurs propres yeux, comment ils pourraient avoir envie de manger de la nourriture dont ils ne connaissent pas les conditions de préparation… Mais au final, en huit mois à peine, nous avons connu un succès qui a dépassé mon business plan.

30 % des femmes inscrites chez Mamanpaz sont mères célibataires

Nous sélectionnons les cuisinières de manière stricte. Elles doivent cuisiner deux fois des plats qui sont testés par nos inspecteurs, lesquels contrôlent également l’hygiène de leur cuisine. Elles doivent ensuite obtenir un certificat du ministère de la Santé, et nous leur dispensons finalement une formation pour qu’elles apprennent à faire les paquets destinés à la livraison.



Je voulais vraiment donner une opportunité financière aux femmes au foyer. En tant qu’Iranienne, je sais que la plupart des femmes voudraient être indépendantes, mais sans salaire propre, c’est impossible. Et beaucoup de ces femmes n’ont d’autres "compétences" que de bien savoir faire la cuisine. Les chiffres sont clairs : 30 % des femmes inscrites chez Mamanpaz sont des mères célibataires et les autres sont souvent pauvres, le service permet aux moins aisées d’améliorer un peu leur niveau de vie.
 
 
Nous limitons la production de chaque cuisinière à 20 assiettes par jour. Nous voulons que l’offre de Mamanpaz reste du "fait maison". Ca n’empêche pas certaines de nos cuisinières de gagner jusqu’à 25 millions de rials par moi [soit 715 euros] ce qui est un plutôt bon revenu en Iran.

Dans la cuisine d'une femme sélectionnée par Mamanpaz.

Les plats sont emballés dans des sacs spéciaux qui conservent la qualité des produits et les gardent au chaud.

"Ce revenu est un vrai plus pour notre foyer"

Leyla, 31 ans, est l’une des "Maman" de Mamanpaz.

Je travaillais dans un magasin de produits de beauté jusqu’à je donne naissance à mon premier enfant. Il est devenu compliqué de conserver mon emploi après cela. J’ai dû rester chez moi mais j’ai continué à chercher un moyen de travailler et de gagner de l’argent. Depuis un an maintenant je travaille avec Mamanpaz. Au début, je n’avais pas beaucoup de commandes, mais désormais, je fais régulièrement mes 20 assiettes par jour.



C’est le bonheur ! Je travaille tout en étant chez moi près de mon enfant. Je me lève à 6 heures le matin pour acheter les ingrédients nécessaires à mes plats, puis je cuisine jusqu’à 10 heures, et je remets les plats au livreur vers 10h30 et j’ai le reste de la journée pour moi.

Les gens sont très regardants sur la qualité de la nourriture. Et comme nos plats sont aux prix de plats de restaurants c’est normal qu’ils attendent quelque chose de vraiment bon. Nous nous devons donc d’être très rigoureuses dans nos préparations : si nous obtenons une note moyenne inférieure à 3 sur 5, nous ne serons plus autorisées à travailler avec Mamanpaz.

Au départ, mon mari était très sceptique et ne pensait pas que je gagnerais de l’argent avec Mamanpaz. Aujourd’hui, il est convaincu, ce revenu est un vrai plus pour notre foyer.

Selon les chiffres du gouvernement iranien, environ 20 % des femmes seraient au chômage, contre 8,9 % des hommes. Mais ces données sont à prendre avec précaution selon plusieurs analystes : les autorités ayant tendance à considérer que même une personne travaillant seulement quelques heures dans le mois n’est pas en recherche d’emploi.

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