ANGOLA

Angola : les 17 activistes incarcérés pour rébellion obtiennent la liberté conditionnelle

16 des 17 activistes sont sortis de prison mercredi 29 juin. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.
16 des 17 activistes sont sortis de prison mercredi 29 juin. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.

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Le rappeur Luaty Beirao, ainsi que 16 autres activistes angolais, sont sortis de prison mercredi 29 juin sous les cris de joie de leurs proches. Sur ordre du tribunal suprême de Luanda, ils ont été placés en libération conditionnelle avec assignation à résidence. Ils étaient emprisonnés depuis un an pour "rébellion contre le gouvernement".

Tout commence le 20 juin 2015, quand quinze activistes sont arrêtés dans la capitale angolaise alors qu’ils dissertaient autour du dernier ouvrage de l’un d’eux, Domingos da Cruz, intitulé “Les outils pour détruire une dictature et en éviter une nouvelle”. Il est inspiré des écrits de l’universitaire américain Gene Sharp, théoricien de la non-violence et de la résistance civile. Ils sont alors accusés de planifier un coup d’État et placés en détention préventive. Deux autres personnes seront inculpées un peu plus tard, en septembre 2015, pour "complot contre le président", mais ne seront pas détenues préventivement. Tous avaient clamé leur innocence.

Mais au terme d’un procès marqué par une série d’irrégularités et qui a duré plusieurs mois, les 17 activistes sont finalement condamnés, le 28 mars dernier, à des peines allant de deux à huit ans de prison.

>> LIRE NOTRE ARTICLE : Prison pour 17 activistes : le ras-le-bol se fait sentir à Luanda

Leur libération conditionnelle fait suite au dépôt par leurs avocats d’une ordonnance d’habeas corpus, qui peut être utilisée quand la défense estime qu’il y a un jugement arbitraire. Douze des activistes étaient enfermés dans la prison-hôpital Sao Paulo à Luanda. Les deux femmes du groupe, Laurinda Gouveia et Rosa Conda étaient elles dans une prison de la ville de Viana. Les trois restants étaient quant à eux à Caquila. Mercredi soir, ils ont tous quitté leur cellule, à l’exception de Nito Alves, qui devrait pouvoir sortir en août. Celui-ci purge une peine supplémentaire, depuis février et pour une durée de six mois, pour injure à magistrat.

Sortie de prison à Luanda. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.

"J’ai du mal à être totalement soulagée"

Esperança Gonga est l’épouse de Domingos da Cruz, l’auteur du livre polémique.

Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais très heureuse. Même si je n’étais pas si étonnée : j’ai beaucoup de doutes et d’inquiétudes concernant notre système politique et juridique en Angola, mais j’ai toujours gardé espoir. Je ne savais pas quand ça arriverait, mais je savais qu’ils ne pourraient pas rester en prison pendant toute la durée de leur peine. Ils n’ont rien fait !

La famille et les proches des prisonniers devant la prison-hôpital Sao Paulo de Luanda. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.

Avec d’autres proches et des militants, nous avons fait de nombreuses campagnes de soutien pour demander leur libération. Aujourd’hui, nous avons l’impression d’avoir été entendus.

Maintenant, Domingos est de retour à la maison, mais j’ai du mal à être totalement soulagée. D’abord, ils sont sous liberté conditionnelle. C'est-à-dire qu’ils sont toujours condamnés et on va devoir attendre une décision finale d’un tribunal dont je me méfie.

Les activistes à leur sortie de prison. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.

J’espère que Domingos ne retournera pas derrière les barreaux. D’après ce qu’il me raconte, les conditions de détention étaient très dures, cette expérience a été très violente pour lui et il est revenu affaibli.

Images de la sortie de prison mercredi 29 juin. 

Maître Luis Nascimento, l’un des avocats de la défense, s’étonne également de cette décision mais préfère rester optimiste.

Je suis à la fois très étonné et content. Très étonné parce que mes collègues avocats et moi-même avons déposé une ordonnance d’Habeas Corpus début avril, à peine cinq jours après la condamnation du 28 mars. Nous l’avons déposée au tribunal constitutionnel mais elle n’a jamais été prise en compte, ni transmise au tribunal suprême.

Dès lors que nous demandions des nouvelles, on nous répondait que la demande n’avait pas été reçue. Le tribunal suprême affirme qu’il n’a reçu l’ordonnance que le 24 juin : ce n’est pas vrai.

La joie des militants à leur sortie. Photo envoyée par un Observateur membre du comité de soutien.

Pourquoi est-ce que pendant deux mois personne n’a pris en compte notre demande ? Pourquoi tant de temps ? Nous n’en sommes pas à la première irrégularité dans cette affaire [les activistes ont notamment été en détention préventive pendant une durée supérieure au délai légal], mais cela reste étonnant.

Maintenant nous attendons la décision finale du tribunal, mais je ne pense pas que la justice puisse désormais revenir en arrière : le choix de les libérer est totalement juste. Nos clients n’ont jamais commis de crime ni d’acte violent et ils n’ont rien fait qui soit contraire à la constitution angolaise, laquelle garantit le droit de réunion. Au final, c’est une victoire pour la justice et ça ne peut-être que favorable. Il faut redonner confiance en ce système auquel plus personne ne croit en Angola.

Une décision politique ?

Dans la presse angolaise comme chez les militants, la rumeur d’une décision politique prévaut, le gouvernement étant très critiqué. Début juin, la décision du président José Eduardo dos Santos de nommer sa fille à la tête du conseil d’administration du géant national des hydrocarbures Sanangol avait suscité de vives polémiques. Sur le plan économique par ailleurs, le pays subit de plein fouet la baisse des prix du pétrole et le gouvernement angolais est en pourparlers avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour une possible aide financière.

De plus, hasard du calendrier ou pas, le lendemain de cette libération, le président a annoncé officiellement sa candidature à sa propre succession au poste de président de son parti, le Mouvement populaire de libération de l’Angola.