AFRIQUE DU SUD

"Si je vois un Noir, je lui roule dessus" : une Sud-africaine se déchaîne

Capture d'écran de la vidéo ci-dessous, diffusée par la chaîne de télévision eNCA.
Capture d'écran de la vidéo ci-dessous, diffusée par la chaîne de télévision eNCA.

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Après avoir été victime d’une agression alors qu’elle était au volant, une femme s’est lancée dans une violente diatribe contre les Noirs, sans aucune retenue, à Johannesburg. Filmée par un témoin, la scène se serait déroulée en mars, mais n’a été diffusée que la semaine dernière par la chaîne de télévision eNCA, scandalisant de nombreux Sud-Africains.

Au début de la vidéo – filmée de nuit –, la femme s’égosille au téléphone, en tournant autour de sa voiture. "Ça arrive tout le temps, tout le temps. Les kaffirs [terme insultant désignant les Noirs en Afrique du Sud, NDLR] à Johannesburg sont vraiment horribles, j’en ai marre !"

Vidéo diffusée par la chaîne de télévision eNCA.

Un policier noir arrive ensuite avec son équipe, afin de lui porter assistance. Mais la femme continue de hurler : "Toutes les personnes qui répondent au téléphone sont des Noirs et ce sont des incapables ! Si vous aviez vraiment essayé de m’aider, vous auriez répondu à l’un de mes cinquante appels. […] Je déteste ces p***** de bâtards !" Comparant les personnes noires de Johannesburg et de Durban, elle poursuit : "Ils ont des avis arrêtés, ils sont arrogants et inutiles. Je serais contente d’être aidée par une personne blanche, de couleur ou indienne, mais en aucun cas par une personne noire."

La femme remonte ensuite dans sa voiture. Alors qu’un policier lui répète que lui et ses collègues sont là pour l’aider, elle lâche : "Si je vois une personne noire, je vais lui rouler dessus. Si j’ai une arme, je vais tirer sur tout le monde". Puis, elle répète ne surtout pas vouloir "avoir affaire à un Noir".

Selon la chaîne eNCA, la femme est agente immobilière à Durban.

"En général, le racisme est davantage présent sur Internet, où il est possible de s’exprimer derrière un pseudonyme"

Brett Fish Anderson est écrivain et blogueur sud-africain, s’intéressant de près aux questions liées au racisme.

À l’image de cette femme, les gens ont davantage tendance à se lâcher en public lorsqu’ils sont stressés. Ou alors lorsqu’ils sont ivres ou en marge d’événements sportifs. Parfois, un incident suffit pour les mettre hors d’eux. Cela dit, on n’assiste pas à ce genre de scènes tous les jours… En fait, les gens ont plutôt tendance à poster des commentaires racistes sur Internet, où il est possible de s’exprimer derrière un pseudonyme.

Quand des gens tiennent ce genre de propos, j’ai remarqué que leurs proches ont souvent tendance à dire : "Untel n’est pas du tout comme ça d’habitude, etc." Selon moi, c’est quand même révélateur d’un certain racisme.

"Les personnes tenant des propos racistes sont avant tout jugées sur les réseaux sociaux"

Il est rare que des personnes soient poursuivies en justice après avoir tenu des propos racistes. En revanche, elles sont généralement jugées sévèrement sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elles ont été filmées, cela peut ensuite avoir un réel impact sur leur vie sociale et professionnelle.

Par exemple, dans le cas présent, la femme a globalement été très critiquée sur Internet, dans les commentaires postés sous la vidéo qui a été très relayée.

"La plupart de nous avons été victimes de crimes, mais ce n'est pas une excuse pour être raciste. Le fait d'être raciste n'a rien à voir avec le crime", écrit cette internaute.

"Elle traite les Noirs de kaffirs, elle menace de tirer et de rouler sur eux, avec les flics à côté, et ils ne l'arrêtent pas ?", s'insurge cette autre internaute.

Mais j’ai tout de même lu le commentaire d’un internaute qui mettait l’accent sur ce qu’elle avait vécu quelques instants plus tôt, comme si cela lui donnait le droit de proférer des insultes contre les Noirs et de les menacer.

Bien que le racisme soit encore présent en Afrique du Sud, j’ai quand même l’impression que les mentalités évoluent. Par exemple, je fais partie du mouvement #NotOnOurWatch ("Pas sous nos yeux"), qui encourage les gens à exprimer leur désaccord lorsqu’ils sont témoins d’actes ou de propos racistes en direct ou sur Internet. Mais le chemin à parcourir est encore long…

À la suite de la diffusion de cette vidéo, la Commission pour les droits de l’Homme en Afrique du Sud s’est saisie de l’affaire. De son côté, la police a fait savoir qu’elle avait porté plainte contre la femme pour "crimen injuria" – un terme sud-africain désignant une injure ayant porté atteinte à la dignité d’une personne.

En début d’année, une autre femme, qui avait comparé les Noirs à des singes sur Facebook, avait provoqué un tollé. Le 10 juin, elle a été condamnée à verser 8 700 euros à une fondation philanthropique pour ses propos haineux.