Avec un générateur à pédales, un mini-projecteur, une toile de projection et une enceinte, l’association Cinécyclo sillonne le Sénégal pour proposer des séances de cinéma gratuites et en plein air. L’objectif : diffuser des films dans des villages isolés qui n’ont pas accès à la culture, mais aussi mettre en avant des initiatives locales pour protéger l’environnement.


CinéCyclo, basée en Bourgogne, est né du projet d’un jeune graphiste français passionné de vélo et de cinéma, Vincent Hanrion. En 2015, il organise le premier "CinéCyclo Tour" au Sénégal grâce à une campagne de crowdfunding, financement collectif en ligne. Le tour a duré sept mois pour se terminer fin mai. Au total, 3 000 km ont été parcourus et 101 projections organisées, rassemblant plus de 10 000 spectateurs.

Le vélo a été l’unique moyen de locomotion et a fourni la totalité de l’électricité nécessaire aux projections grâce à une génératrice à pédales conçue au Sénégal par un collaborateur sénégalais du projet. Le tour achevé, Vincent Hanrion est rentré en France laissant derrière lui une nouvelle association, CinéCyclo Sénégal dont l’objectif est de poursuivre les activités initiées.

Vidéo de présentation du Cinécyclo Tour du Sénégal. Crédit : CinéCyclo.

Yoro Diallo est un jeune Sénégalais de 25 ans. Il a rencontré Vincent Hanrion à l’université de Dakar en 2015, alors que celui-ci venait présenter le projet CinéCyclo aux étudiants. Très vite, Yoro lui fait part de son souhait de faire partie de l’équipe. Originaire d’un petit village isolé et sans électricité du sud-est du Sénégal, Yoro a été séduit par le projet.

"Chaque film met en avant une initiative positive pour l’environnement et facile à mettre en application"

Quand Vincent a présenté son projet, j’ai tout de suite compris à quel point celui-ci pouvait être intéressant pour mon village et pour d’autres. D’abord, je n’ai moi-même jamais connu le cinéma. Pendant un temps, il y a eu des salles de cinéma au Sénégal, mais avec la généralisation de la télévision, elles ont quasiment toutes disparues. En plus, j’ai grandi dans un village isolé. Nous n’avions ni électricité, ni accès à l’information : on ne savait pas ce qu’il se faisait ailleurs [selon la Banque Mondiale en 2012, 56 % des Sénégalais avaient accès à l’électricité, NDLR]. Là, Cinécyclo proposait un renversement de la situation.

Projection du film de présentation de Cinécyclo Tour Sénégal. Crédit photo : Cinécyclo.

"Des ateliers après chaque projection"

Les films diffusés sont également très importants. La grande majorité mettent en avant une initiative positive pour l’environnement, déjà mise en application dans un pays africain et facilement imitable. Par exemple, nous avons beaucoup diffusé un film sur un "foyer amélioré" réalisé au Malawi. C’est un foyer pour cuisiner composé d’une seule ouverture qui permet de conserver la chaleur plus longtemps et donc d’utiliser moins de bois de chauffage. Nous diffusons également des films qui expliquent les conséquences de la déforestation. Certaines régions du Sénégal sont particulièrement touchées par ce problème et pourraient devenir désertiques sous peu [c’est le cas de la Casamance, dont le bois est au centre d’un trafic vers la Chine, NDLR].

Au total, 101 projections ont été organisées dans plusieurs villages du Sénégal. Crédit photo : Cinécylo.

Après chaque projection de ce film, nous animions des petits ateliers pour aider les villageois à fabriquer leur propre foyer amélioré. Nous avons également diffusé un film sur comment faire de l’engrais biologique en réutilisant des déchets alimentaires, des cendres ou des excréments d’animaux. Les gens doivent prendre conscience de l’impact de leurs activités sur la nature et améliorer leurs techniques.

"Le cinéma, un moyen ludique d’apporter des informations"

En fait, ces films permettent de montrer que des alternatives existent pour protéger l’environnement et qu’elles sont simples à mettre en place. Mais nous avons d’autres genre de films : l’un porte ainsi sur l’importance de l’éducation des filles que nous avons diffusé dans plusieurs endroits.

Une partie de l'équipe du Cinécyclo Tour Sénégal. Crédit photo : Cinécyclo.

Notre moyen de transport a été quelque chose de très important dans le projet. D’abord, le vélo permet d’aller dans des zones inaccessibles en voiture. Ensuite, cela montre un exemple de production d’électricité autonome. Je reçois parfois des appels de villageois qui me demandent de revenir avec des films sur la santé ou sur comment mieux pêcher pour ne pas faire disparaître les stocks de poissons disponibles. Il y a un vrai besoin d’informations et le cinéma est une manière ludique d’en apporter.

Nous réfléchissons à ouvrir des antennes de Cinécyclo dans plusieurs régions isolées du Sénégal. Celles-ci seraient gérées par des bénévoles qui continueraient à diffuser des informations sur l’environnement et les énergies renouvelables.

L'équipe a également proposé des films pour enfants. Crédit photo : Cinécyclo.

Vincent Hanrion, le fondateur du projet compte de son côté faire développer le projet dans d’autres pays. Entre août et septembre 2016, il effectuera une tournée en Bourgogne pour parler de son voyage au Sénégal. Un Cinécyclo Tour du Canada à l’Argentine sera ensuite organisé à partir du mois d’août, avec toujours la même ambition d’aller à la rencontre des organisations locales de protection de l’environnement et de diffuser des films engagés et porteurs d’idées.




Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet