Une femme sur huit développe un cancer du sein au cours de sa vie. Pour le traiter, une partie ou la totalité du sein est parfois retirée, une intervention pouvant être suivie d’une reconstruction mammaire. Mais cette dernière s’avère souvent imparfaite. Afin d’y remédier, un Colombien tatoue des tétons et des aréoles sur la poitrine des femmes. Une intervention gratuite… et surtout synonyme d’espoir pour elles.


Fabian Henao est un tatoueur colombien de 37 ans, qui vit à Armenia, une ville située dans l’ouest du pays. En août dernier, il a lancé la campagne "Tinta Esperanza" ("Encre Espérance"). L’objectif : réaliser gratuitement des tatouages de tétons et d’aréoles sur les femmes ayant subi une mastectomie (ablation partielle ou totale d’un sein ou des deux), suivie d’une reconstruction mammaire. Un travail réalisé en Colombie, mais également à l’étranger, comme au Panama et au Mexique, où il s’est rendu au cours des derniers mois. Au total, Fabian Henao a réalisé plus de 300 tatouages depuis le mois d’août.

Fabian Henao au Mexique. Photo publiée sur la page Facebook
Lienzos de Piel.

"Ce travail est complémentaire de la reconstruction mammaire réalisée par les médecins"

Il y a quelques années, j’ai rencontré un professionnel qui réalisait ce type de tatouages aux États-Unis, mais cela coûtait entre 700 et 1000 dollars [entre 614 et 877 euros, NDLR]. Ça m’a donné envie de faire pareil, mais gratuitement, afin que toutes les Colombiennes puissent en bénéficier, puisque beaucoup ne disposent que de ressources limitées. Résultat : certaines voyagent parfois 12 heures pour venir se faire tatouer. Et des femmes viennent même d’Équateur, des États-Unis, d’Espagne...

"Très peu de maris soutiennent leurs femmes quand elles ont un cancer du sein"

Des femmes de toutes les classes sociales arrivent dans mon salon. Celles qui ont les moyens veulent parfois me donner un peu d’argent. Mais je refuse toujours, car je considère qu’elles ont été affectées par la maladie de la même façon que les autres.

En effet, toutes ces femmes ont traversé des moments très difficiles. Certaines ont été quittées par leur mari, lorsqu’elles leur ont annoncé qu’elles avaient un cancer du sein ou à la suite de la mastectomie, quand elles n’avaient plus de seins. Elles se retrouvent alors seules pour s’occuper des enfants. Certaines ont également perdu leur travail, car elles étaient obligées de s’absenter régulièrement pour passer des examens médicaux. Dans ces moments-là, très peu de maris soutiennent leurs femmes.

Quand les femmes ont un cancer du sein, elles se font parfois retirer un ou deux seins. Puis, elles se font généralement implanter des prothèses, pour reconstruire le(s) sein(s). C’est le travail des médecins, qui le font très bien.

Ensuite, ces derniers reconstruisent parfois le téton et l’aréole, en faisant une greffe de peau. Ça peut fonctionner, mais le résultat est parfois très décevant : la couleur peut devenir foncée, etc. Et surtout, le corps peut rejeter la greffe.


Fabian Henao au Mexique. Photo publiée sur la page Facebook
Lienzos de Piel.


"Grâce aux effets de l’ombre et de la lumière, on obtient une impression de relief"

En revanche, quand on tatoue le téton et l’aréole sur la poitrine, c’est bien plus rapide et on a toujours un bon résultat. Une fois la reconstruction mammaire achevée, il faut juste attendre au minimum six mois – et généralement un an – pour le faire, afin qu’elle soit bien cicatrisée.

Il faut 40 minutes seulement pour réaliser le tatouage, qui se cicatrise au bout d’une semaine. Quand on ne s’occupe que d’un sein, on se contente de "recopier" l’autre côté. Quand il y a deux seins, il est possible de décider de la taille, de la forme et de la couleur du téton et de l’aréole. J’utilise la technique du clair-obscur : grâce aux effets de l’ombre et de la lumière, on obtient une impression de relief. Le résultat est donc très réaliste.


Seul le sein droit de cette femme a été touché par la maladie. Photo publiée sur le
site Internet de Fabian Henao.


Les tétons et les aréoles des deux seins de cette femme ont été tatoués. Photo publiée sur le
site Internet de Fabian Henao.


"Beaucoup de femmes pleurent de joie en voyant le résultat"

Une fois le tatouage terminé, quand les femmes se regardent dans un miroir, elles ont d’ailleurs souvent tendance à se toucher les seins pour sentir la texture, alors que ce n’est qu’un dessin. Beaucoup d’entre elles pleurent de joie. Quand on les revoit des semaines ou des mois plus tard, elles sont généralement plus sûres d’elles, plus fières... Elles revivent !


Au Mexique. Photo publiée sur la page Facebook
Lienzos de Piel.


Idéalement, je souhaiterais que les médecins considèrent le tatouage comme étant la meilleure solution une fois la reconstruction mammaire achevée, car notre travail est vraiment complémentaire du leur. Pour l’instant, ça fonctionne plutôt bien, car de plus en plus de femmes arrivent dans mon salon après avoir été conseillées par un médecin.

Par ailleurs, plusieurs tatoueurs m’ont contacté pour me dire qu’ils souhaiteraient faire la même chose. Par exemple, à Buenos Aires, en Argentine, un salon s’est mis à réaliser le même type de tatouages gratuitement. En fait, la campagne "Tinta Esperanza" connaît un succès considérable, auquel je ne m’attendais pas du tout. Je pensais l’achever en décembre, mais je tatoue toujours deux, trois ou quatre femmes par semainequand je suis en Colombie, en plus de mon travail "classique".


Vidéo de la campagne "Tinta Esperanza", postée sur
Youtube.


Selon l’Organisation mondiale de la santé, le cancer du sein est celui le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes dans le monde. En moyenne, chaque année, plus d’un million de cas sont dépistés et plus de 500 000 femmes en meurent.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone