MEXIQUE

Pourquoi ces enseignants mexicains se sont-ils fait couper les cheveux en public ?

Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.
Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

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Assis par terre, dans la rue, plusieurs enseignants se sont fait couper les cheveux face à la foule dans une localité de l’État du Chiapas, dans le sud du Mexique, en début de semaine. Une humiliation infligée par un groupe de paysans, qui leur reprochent de ne pas être assez impliqués dans le mouvement de grève touchant actuellement le secteur éducatif.

Sur une vidéo massivement relayée au Mexique depuis mardi (voir ci-dessous), on voit un jeune couper les cheveux d’un homme et d’une femme avec des ciseaux, leur enlevant de grosse touffes, au milieu de la rue. À côté d’eux, un autre homme s’ébouriffe les cheveux, après avoir probablement reçu la même "punition", tandis qu’une deuxième femme attend de se faire couper les cheveux à son tour.

Les victimes – des enseignants – sont assises sur le sol, avec des pancartes autour du cou, sur lesquelles on peut notamment lire : "Ils nous ont tondus car nous sommes des traitres." Quelques rires fusent, mais certains spectateurs semblent gênés par la scène à laquelle ils assistent.

Crédit : Diario de Comitán es Noticias a Diario.

Les faits se sont produits dans la ville de Comitán de Domínguez, le 31 mai. Ce jour-là, six enseignants – dont ceux que l’on aperçoit dans la vidéo – ont été interpellés par des membres de l’Organisation prolétaire indépendante Emiliano Zapata (OPIEZ), une organisation paysanne commettant régulièrement des actions violentes. Ces derniers les auraient accusés de ne pas être assez impliqués dans le mouvement de grève actuel des enseignants, selon le journal local Diario de Comitán.

Ces enseignants ont été interpellés alors qu’ils se rendaient au Secrétariat de l’éducation publique (SEP), pour y déposer la liste des professeurs non-grévistes dans le secteur, afin que ces derniers reçoivent leur salaire.

Les paysans leur ont mis des pancartes autour du cou, avec des messages tels que "Nous sommes des traitres à la patrie", "Je suis vendu au gouvernement" ou encore "Je ne soutiens pas mes collègues". Les enseignants ont ensuite été forcés de marcher pieds nus, avant de se faire couper les cheveux.

"À Comitán, ils rasent, affichent et font marcher pieds nus des enseignants qui ne soutiennent pas le mouvement de grève."

Initialement, ce sont pourtant des professeurs de la Coordination nationale des travailleurs de l'enseignement (CNTE) qui avaient été accusés d’être à l’origine de cette humiliation publique. Les bourreaux des enseignants ne se seraient en effet pas présentés comme étant des membres de l’OPIEZ. Mais la rumeur a rapidement été démentie, notamment par les victimes.

Quelques minutes plus tard, huit autres enseignants auraient également été contraints de marcher pieds nus, avec des pancartes similaires, et trois d’entre eux auraient été rasés, toujours selon la presse locale.

"C’est une manière de discréditer le mouvement de grève des enseignants"

Fredi Figueroa est un journaliste travaillant à Tinta Fresca, un journal local.

Ces membres de l’OPIEZ sont liés au maire de Comitán de Domínguez, qui les utilise habituellement comme groupe de choc, pour s’en prendre à ses adversaires. Le maire a d’ailleurs confirmé que c’était eux qui avaient humilié les enseignants. Par contre, il a condamné leurs actions cette fois-ci, et il a assuré qu’il n’avait rien à voir avec eux ...

La grève des enseignants a démarré en 2013, à l’initiative de la CNTE, pour protester contre la réforme du système éducatif engagée par le président Enrique Peña Nieto. Selon le syndicat, cette réforme ne vise pas à améliorer les programmes scolaires et le système éducatif en général, mais seulement à modifier les conditions de travail des enseignants. Par exemple, ils seraient soumis à des évaluations annuelles et pourraient perdre leur poste si le résultat de trois d’entre elles était négatif. Par ailleurs, la CNTE estime que le gouvernement ne consulte absolument pas les enseignants et les familles d’élèves à ce sujet.

En 2013, ce mouvement a été très suivi pendant trois mois, avant de perdre en intensité en 2014 et 2015. Mais la colère s'est ravivée le 15 mai. Et cette fois, d’autres secteurs – comme la santé et les transports – se sont joints aux protestations.