IRAN

"L’homme-écureuil" qui replante les forêts en Iran

Il n'en a pas l'air, mais cet homme est surnommé "l'homme-écureuil" par les enfants des monts Zagros.
Il n'en a pas l'air, mais cet homme est surnommé "l'homme-écureuil" par les enfants des monts Zagros.

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Les vastes étendues de chênes de la région des monts Zagros, dans l’ouest de l’Iran, se meurent. Pas à cause de la sécheresse ou de la déforestation, mais plutôt du braconnage : chaque semaine, des dizaines d’écureuils sont capturés. Ces animaux sont pourtant indispensables à la survie des forêts car ils plantent quotidiennement les graines qui donnent les futurs chênes. Un homme a décidé de prendre leur relai et milite pour sauver les petits rongeurs.

Les écureuils capturés sont souvent vendus sur les marchés en Iran comme animal de compagnie contre une somme allant de 15 à 30 euros. Or, dans la forêt, l’animal plante des glands et divers graines, comme des réserves qu’il mangera plus tard. Sauf qu’en oubliant très souvent l’endroit où il les plante, il permet involontairement à des arbres de pousser.

Ce constat n’est pas nouveau : dès 2010, plusieurs activistes avaient alerté sur la nécessité de sauvegarder le rongeur dans la région. Six ans après, la situation n’a pas vraiment changé. C’est pour cela qu’un ingénieur iranien, Mozaffar Afshar, a décidé de prendre la situation en main. Surnommé "le père des chênes "dans la région, l’homme a replanté environ 40 000 chênes lors des 12 derniers mois.

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Photo d'un écureuil en cage vendu dans un marché de Téhéran. Photo publiée ici.

"L’homme a déséquilibré l’écosystème dans la région, c’est à lui de trouver une solution pour réparer ça"

Mozaffar Afshar vit à Khorramabad, dans la région du Lorestan, dans l’ouest de l’Iran.

J’ai commencé à planter des chênes il y a 30 ans, avec ma femme. On en plantait environ une centaine par an. Mais en 2000, nous avons commencé à accélérer le rythme. Aujourd’hui, nous estimons que nous avons planté environ 300 000 plants de chênes en tout dans la région de Zagros. Il faut aller vite, car les braconniers utilisent des méthodes qui détruisent directement la forêt pour attraper les écureuils : pour les faire sortir des troncs d’arbres où ils sont réfugiés et les capturer, ils mettent le feu aux chênes, ce qui ravage le couvert forestier et nuit à la fertilisation des sols.

Mozaffar utilise tout ce qu'il trouve : des canettes de soda, des bidons de lessive, et même des épluchures de fruits.

Sa maison est remplie de jeunes pousses de chêne.

Je fais pousser les chênes chez moi, j’utilise tout ce qui est à ma disposition pour en faire des pots pour les jeunes pousses. Je n’utilise pas du plastique, mais des objets recyclés, cannette de soda, paquet de cigarettes, fruits… J’achète les glands à des villageois. Une fois que les jeunes pousses ont atteint, au bout de quelques mois, une taille suffisante, je les replante dans la nature avec l’aide de bénévoles. Six ONG locales nous ont rejoints dans ce combat. Chaque week-end, nous confions une vingtaine de chênes en pot à des alpinistes pour qu’ils les plantent dans des zones reculées où les moutons ne pourront pas les manger et empêcher leur croissance.

Ça participe à l’économie locale, et j’en profite pour les sensibiliser à l’impératif de ne pas détruire la forêt, ou récupérer tous les glands pour nourrir leurs animaux [les glands sont réduits en poudre et donnés aux poulets ou aux vaches dans cette région, NDLR].

L'homme utilise même des restes de fruits, comme ici une grenade, pour faire pousser ses chênes avant d'aller les planter dans la nature.

"Pourquoi la cigarette ? Pourquoi fumer ? pourquoi fumer ? Aujourd'hui, je crée l'oxygène pour ma société" peut-on lire sur cette pancarte. La maison de Mozaffar est devenue une curiosité localement, elle est visitée comme un musée.

"J’explique aux écoliers que les chênes ont sauvé la vie de leurs grands-parents"

Je fais exactement ce que font les écureuils dans la nature, mais chez moi. Comme l’homme a déséquilibré l’écosystème, c’est à lui de trouver une solution pour réparer ça [les activistes estiment qu’un écureuil capturé signifie une centaine de graines plantées en moins]. Je dépense mon budget personnel, environ 4500 € par an, pour atteindre cet objectif.

Mozaffar Afshar forme des bénévoles au reboisement des forêts.

Toutes les semaines, je me rends dans deux nouvelles écoles pour expliquer ce que nous faisons, parler de l’érosion des sols et des conséquences d’avoir un écureuil domestique chez soi. J’explique aux élèves par exemple que les chênes ont sauvé la vie de leurs grands-parents lors de la Seconde Guerre mondiale : à cette époque, notre région a été touchée par une grave famine, et les habitants ont trouvé de quoi se nourrir dans la forêt, en confectionnant par exemple du pain à partir de marrons. Je leur explique qu’eux et leurs parents sont nos meilleurs partenaires pour planter la forêt de demain.

Aucune statistique officielle sur la lente extinction des écureuils des monts Zagros n’existe, mais les activistes iraniens de la région affirment retrouver chaque semaine des dizaines d’écureuils en cage capturés par les braconniers. Selon la loi, un braconnier qui détruit un arbre risque une amende d’environ 800 000 rials iraniens (soit 20 euros), et 3 500 000 rials iraniens (soit 100 euros) pour avoir chassé un écureuil, une somme assez importante en Iran. Depuis un an, l’ONG "Pajin "a lancé la campagne "ne détruisez pas la nature pour amuser vos enfants ".

Tous les week end, il missionne des alpinistes et d'autres bénévoles pour aller replanter des centaines d'arbres.

"L’homme-écureuil" des monts Zagros a fait du combat pour les écureuils son cheval de bataille, mais il ne s’agit pas de sa seule implication : il milite pour le replantage de la faune originelle de la région, comme les aubépines ou les térébinthes, très peu gourmandes en eau et capables de vivre deux siècles. Mozaffar Afshar affirme avoir fait évoluer les mentalités auprès des municipalités, qui avaient tendance à planter des arbres majestueux, poussant très vite, mais très consommateurs d’eau, comme les peupliers.

Mozaffar Afshar fait également le tour de deux écoles par semaine pour expliquer son combat et montrer les gestes pour replanter une jeune pousse de chêne.