BURUNDI

Burundi : des collégiens renvoyés pour avoir caricaturé le président

Dans des manuels de sciences sociales, le portrait du président burundais a été gribouillé. On peut lire en haut "Nkurunziza le tête, mauvaise nouvelle" et "3e mandat".
Dans des manuels de sciences sociales, le portrait du président burundais a été gribouillé. On peut lire en haut "Nkurunziza le tête, mauvaise nouvelle" et "3e mandat".

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La caricature n’est pas un art apprécié par le pouvoir au Burundi. Même lorsqu’elle vient d’un enfant, et surtout lorsqu’elle concerne le chef de l’État. Environ 300 enfants d’une école de Ruziba, au sud de la capitale Bujumbura, l’ont ainsi appris à leurs dépens, après avoir gribouillé leurs cahiers de cours. Notre Observateur les a rencontrés.

"Nkurunziza, têtu", "Nkurunziza, mauvaise nouvelle" : c’est le genre de phrases qu’avaient écrites certains écoliers dans des cahiers de sciences sociales, à côté du portrait du président burundais Pierre Nkurunziza, auquel des petites lunettes avaient même été dessinées. Les cahiers ont été découverts vendredi dernier par des membres du personnel du lycée Ecofo de Ruziba. Des photos ont d’abord filtré sur les réseaux sociaux, avant que l’information ne soit confirmée mercredi par le directeur de l’établissement. Une trentaine de livres auraient été ainsi gribouillés.

La sanction a été immédiate : tous les élèves de trois classes de 8e (équivalent de la classe de 5e au collège en France) où les cahiers avaient été retrouvés, ont été renvoyés. Selon le journal burundais Iwacu, deux autres classes d’élèves d’un autre établissement, le lycée municipal de Ruziba, sont aussi concernées par ces dessins, pour un total d’environ 300 élèves.

Au-dessus du portrait de l’actuel président burundais, les portraits des rois Mwezi Gisabo et Mwambutsa IV n’ont pas été gribouillés.

"Des élèves disaient que leurs camarades avaient fait 'une faute grave' et qu'ils devaient être punis"

D’abord surpris par l’information, notre Observateur Georges (pseudonyme) s’est rendu sur place pour vérifier.

Les enfants ont été priés de ne plus revenir en cours dès vendredi, après la découverte de ces inscriptions dans une trentaine de livres sur environ quarante dans l’école. Les représentants de l’école nous ont expliqué que la décision de renvoyer les élèves avait été prise en accord avec les parents. Mais à Ruziba, je n’ai pu trouver aucun parent qui a accepté de me répondre, donc aucun ne m’a confirmé cette version.

"Les élèves seront bientôt réintégrés à l'école", selon le directeur communal

Contacté par France 24, le directeur communal des écoles de la région explique, visiblement gêné :

Il ne faut pas exagérer la situation. Les cours ont d’ailleurs repris dès le début de la semaine. Ces élèves ont pour le moment juste été mis à pied. Il s’agit d’une sanction à titre conservatoire dans le cadre d’une enquête. Un rapport a été remis à la commune, et je pense que ces élèves seront de retour en cours très bientôt.

Une possibilité qui laisse sceptique notre Observateur :

J’ai pu un peu échanger avec des élèves. Beaucoup avaient peur de me parler, ceux qui le faisaient étaient menacés par leurs camarades, qui leur disaient de ne pas parler à une personne extérieure. Ils disaient que les élèves renvoyés avaient fait une faute très grave, et qu’ils devaient être punis. L’ambiance était assez délétère, je ne me suis pas plus attardé sur les lieux. Je doute que les enfants puissent revenir dans ce climat.