Depuis plusieurs semaines, les habitants de la ville portuaire d’Al Hudaydah, dans l’ouest du Yémen, suffoquent sous des températures particulièrement élevées. Pour ne rien arranger, la guerre qui secoue le pays depuis plus d’un an a engendré une sévère pénurie d’électricité et les climatiseurs ne fonctionnent plus. La ville est en urgence humanitaire et sur les réseaux sociaux, les appels à la solidarité se multiplient.

Depuis octobre 2014, le Yémen est secoué par un conflit particulièrement meurtrier opposant les forces loyales au gouvernement d'Abd Rabbo Mansour Hadi soutenues par une coalition de pays arabes menée par l’Arabie saoudite, d’une part, et, les rebelles chiites houthis d’autre part.

Tombée aux mains des rebelles houthis fin 2014, la ville d’Al Hudaydah est privée d’électricité depuis près d’un an. En cause, un strict embargo imposé par les forces loyalistes, empêchant l’accès aux cargaisons de diesel qui sert à alimenter la centrale électrique de la ville.

À Al Hudaydah, les températures atteignent régulièrement les 40 degrés celsius.

"À cause de la canicule, une maladie de la peau a fait son apparition"

Mohamed al-Shamiri est pharmacien et travaille au comité de la santé publique d’Al Hudaydah.

Al Hudaydah est l’une des villes les plus peuplées du Yémen [elle compterait trois millions d’habitants selon les médias locaux mais cette estimation n’est corroborée par aucune donnée officielle, NDLR]. Et depuis le début de la guerre, des milliers de personnes fuyant les combats dans leur région sont venues se réfugier ici.

Déjà touchés par des coupures récurrentes d’électricité, les hôpitaux sont surchargés en raison de l’arrivée régulière de centaines de malades et de blessés des autres provinces du pays. Le principal hôpital de la ville accueille le plus grand centre de dialyse du pays. Près de 50 % des patients souffrant des reins au Yémen viennent se soigner dans cet établissement. Mais en raison des coupures d’électricité, ils doivent parfois attendre plusieurs jours pour avoir accès aux machines de dialyse.

L'Organisation mondiale de la santé au Yémen donne l'alerte, dans ce poste Facebook, sur la dégradation de la situation sanitaire à Al Hudaydah. "Les mauvaises conditions de santé dans le gouvernorat d'Al Hudaydah sont aggravées par les chaleurs intenses et les coupures incessantes d'éléctricité", peut-on lire sur ce message.


Des témoignages de citoyens ont fait état de plusieurs morts dues au manque de traitement ces derniers jours, mais les autorités officielles ont refusé de communiquer sur ce sujet. La situation s’est récemment quelque peu améliorée, car le directeur s’est débrouillé pour faire venir quelques barils de diesel pour faire fonctionner les générateurs électriques de l’hôpital. Un homme d’affaire local a également fait don à l’établissement d’un nouveau générateur.

Quant aux écoles, elles sont complètement privées d’électricité alors que les élèves sont en pleine période d’examens. Les enfants sont parfois entassés à 100 par classe sans même un ventilateur. Ils passent leurs examens torse nu.
En raison des fortes chaleurs, les élèves sont contraints de passer leurs examens torse nu.

Cette canicule a particulièrement touché les enfants. Beaucoup d’entre eux ont contracté une maladie de la peau, que les médecins ne sont pas encore parvenus à identifier. Des témoignages font état de personnes ayant des plaques et des pustules sur la peau, ce qui est très inquiétant.

À Al Hudaydah, la plupart des foyers sont équipés de générateurs électriques, mais en l’absence de diesel, ceux-ci ne servent à rien.

Pour pallier l’absence d’électricité, beaucoup d’habitants ont recours aux panneaux solaires. Mais comme ces panneaux ne produisent pas assez d’énergie, ils les utilisent pour faire fonctionner au maximum deux ventilateurs par foyer.
Un père de famille a bricolé ce ventilateur relié à une batterie de voiture pour alléger les peines de sa petite fille.

Autre conséquence, cette crise a engendré un marché noir du diesel qui est aujourd’hui florissant. Beaucoup de personnes accusent les autorités d’être de mèche avec ces commerçants véreux car ce trafic se fait en plein jour et elles ne font rien pour l’empêcher.

En plus, ce diesel est hors de prix. Un jerricane de 20 litres par exemple coûte 5 000 rials [environ 18 euros] et ne dure pas plus de deux jours.

Dans l’espoir de faire réagir la communauté internationale, les habitants ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux sous le hashtag "Al Hudayda sinistrée".

Des élèves à Sanaa se sont pris en photo torse nu pour exprimer leur solidarité avec les enfants d'Al Hudaydah.


Des dizaines de Yéménites installés à l'étranger ont posté des photos d'eux brandissant une pancarte "Sauver Al Hudaydah".