IRAN

La police iranienne mitraille des migrants afghans : six morts et pas d’excuses

Capture d'écran de la seconde vidéo.
Capture d'écran de la seconde vidéo.

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"Le camion était suspect" : c’est ainsi que la police iranienne s’est justifiée après avoir ouvert le feu sur le véhicule dans lequel se trouvaient 28 migrants afghans – faisant six morts – dans le sud-est du pays, début mai. Mais la police n’a présenté aucune excuse à la suite du drame, loin d’être un cas isolé.

Le 7 mai, 28 migrants afghans voyageaient à bord d’un camion dans la province de Kerman, lorsque la police iranienne a tiré dans leur direction. Bilan : six morts et 18 blessés parmi les migrants. Selon les médias locaux, les blessés ont ensuite été transférés à Rafsanjan, la ville la plus proche, pour recevoir des soins. Les médias indiquent par ailleurs que ces Afghans étaient des clandestins qui se dirigeaient vers la province de Yazd, au nord de celle de Kerman.

Dans cette vidéo, tournée quelques instants après l’incident, on voit le camion à l’arrêt, au moins un corps au sol, ainsi que plusieurs personnes assises, dans l’attente des secours.

Peu après les faits, le chef de la police provinciale a déclaré dans la presse locale que ses hommes, qui patrouillaient dans la zone, avaient trouvé le camion "suspect" :

Ils ont fait signe au conducteur de s’arrêter, mais il a continué son chemin. Or, c’est une zone sensible, où circulent notamment des trafiquants de drogue et des terroristes. Du coup, ils ont tiré dans l’une des roues du camion, pour tenter de l’arrêter, mais le camion a continué à rouler pendant cinq kilomètres, jusqu’à ce que nos hommes lui tirent à nouveau dessus, pour des raisons de sécurité. C’est seulement après avoir stoppé le camion qu’ils ont réalisé qu’il y avait 28 Afghans à l’intérieur.

Les migrants afghans trouvent régulièrement la mort en traversant l’Iran, tués par la police ou les garde-frontières iraniens, ou encore victimes de passeurs peu scrupuleux. En septembre 2015, un Afghan avait ainsi été battu à mort par des garde-frontières iraniens, après avoir été arrêté, alors qu’il tentait de passer illégalement en Turquie. En 2013, la police iranienne avait arrêté 300 Afghans au cours d’une opération à la frontière entre les deux pays et indiqué que trois d’entre eux étaient décédés à cette occasion.

>> Lire aussi sur les Observateurs : Itinéraires, coûts, risques... Un passeur de migrants raconte son trafic

Passages à tabac

En 2015, un migrant afghan avait raconté son calvaire à la frontière entre l’Iran et la Turquie à RFI :

Avant d’arriver à la frontière, nous avons été encerclés et les garde-frontières nous ont tirés dessus. Une balle a atterri juste devant moi. Après mon arrestation, durant deux heures, ils nous ont passés à tabac, de sorte que nous ne pouvions plus rester debout.

Les forces de l’ordre iraniennes sont régulièrement épinglées pour leurs abus à l’encontre des migrants afghans – par exemple dans les centres où ces derniers sont détenus avant d’être expulsés – notamment par des ONG comme Human Rights Watch.

Les Afghans cherchent généralement à fuir les menaces des Taliban ou encore les ravages liés à des années de guerre dans leur pays. Au moins 3 000 d’entre eux entreraient chaque jour en Iran, selon Didier Chaudet, spécialiste de l'Asie du Sud-Ouest et de la géopolitique eurasiatique. Mais les autorités iraniennes en expulseraient 30 à 500 par jour, selon des médias afghans.

Selon le ministère de l’Intérieur iranien, plus de trois millions d’Afghans vivent désormais dans le pays, dont moins d’un million en situation régulière.