Une activiste de la cause transgenre a été sauvagement abattue cette semaine à Peshawar, dans le nord du Pakistan, alors qu’elle tentait de venir en aide à des amies transsexuelles victimes d’agression. Le drame met en lumière la vulnérabilité de la communauté transgenre au Pakistan, malgré une législation favorable.

Alisha, 25 ans, militait au sein de l’ONG Trans Action Alliance (TAA) à Peshawar. Dimanche 22 mai, alors qu’elle tentait de s’interposer pour aider des amies transgenres agressés par un gang dans un immeuble du quartier de Faqirabad, elle a été touchée par huit balles. Elle est décédée mercredi 25 mai, trois jours après son admission à l’hôpital.

Le meurtre d’Alisha a mis en émoi la communauté transgenre pakistanaise. Mercredi, des activistes ont organisé un rassemblement devant le commissariat de police de Faqirabad, accusant les forces de l'ordre de ne rien faire pour les protéger.

Rassemblement de militants transgenres devant le commissariat de Faqirabad,
mercredi à Peshawar.

Photo du rassemblent postée sur Facebook.

Après ce rassemblement, une veillée a été organisée au domicile d’un ami militant de la cause transgenre, Qamar Naseem.

Les amis d'Alisha se sont réunis autour de sa dépouille mercredi pour lui rendre hommage. Photo Facebook.

"Il y a un gang qui viole et filme les transgenres pour leur extorquer de l’argent"

Qamar Naseem est avocat et militant pour les droits des personnes transgenres.

Alisha était une militante très dévouée. Quand ses amies l’ont appelée alors qu’elles se faisaient agresser, elle n’a pas hésité une seconde à aller les aider. Elle l’a payé au prix fort.

À Peshawar, il y a un gang spécialisé dans le kidnapping et le viol des transgenres. Son mode opératoire consiste à violer et à filmer ces personnes puis les faire chanter pour leur extorquer de l’argent.

Ces groupes sont bien connus des services de police. Mais beaucoup d’activistes ici pensent qu’elle laisse faire ces malfaiteurs juste parce qu’elle méprise les transgenres.

"Les transgenres au Paksitan sont rejetés par une grande partie de la société"

Ce qui est aussi révoltant dans la mort d’Alisha, c’est que les médecins ont beaucoup tergiversé avant de l’hospitaliser. Ils n’ont cessé de la trimballer entre le pavillon des femmes et celui des hommes... Les patients ne voulaient d’elle nulle part. C’était terrible.

Néanmoins, il y a une forte mobilisation des activistes transgenres sur les réseaux sociaux : le prénom d’Alisha est devenu un prénom avec lequel les gens postaient des critiques sur l’attitude de la police, et surtout de l’hôpital. Cela a poussé les autorités à réagir. Le Président de l’Assemblée de la Province de Khyber Pakhtunkhwa s’est déplacé à l’hôpital et demandé à ce que la victime soit placée dans une chambre VIP.
 
Le Président de l’Assemblée de la Province de Khyber Pakhtunkhwa, Asad Qaisar, au chevet de la victime.

Les transgenres au Pakistan sont malheureusement rejetés par une grande partie de la société. Ils sont confrontés aux abus de toutes sortes : agressions, viols, chantages, meurtres. Rien qu’entre janvier 2015 et mai 2016, pas moins de 46 personnes transgenres ont été assassinées.

Cette communauté doit également faire face à une forte discrimination à l’emploi. Les transgenres n’ont souvent pas d’autre choix que de se prostituer ou danser dans les fêtes de mariage pour subvenir à leurs besoins.

Depuis le décès d’Alisha, j’ai reçu plusieurs appels anonymes, des menaces de mort. Ils me disent "si vous continuez à protéger les transgenres, on vous tuera". C’est dire que le chemin reste long avant que cette communauté ne soit acceptée par la société.

Les transgenres représentent aujourd’hui plus de 500 000 personnes au Pakistan, qui compte plus de 170 millions d'habitants. Ils ont connu une légère amélioration de leur statut social ces dernières années. En 2009, la Cour suprême du Pakistan avait reconnu les membres de cette communauté - traditionnellement appelés les "hijras"- comme un troisième sexe et demandé à ce que leur appartenance à un troisième genre soit inscrite sur leur carte d'identité. La justice a en outre exigé du gouvernement qu'il veille à ce que cesse le harcèlement policier envers elles.

Les "hijras" constituent une communauté ancienne et importante au Pakistan et en Inde. Ce sont les héritières de la tradition des anciens serviteurs castrés qui étaient chargés de veiller sur les harems et d’animer les fêtes des cours princières musulmane de l’ère moghole.