AFRIQUE DU SUD

Sur les plages de Durban, un mystérieux échouage de déchets médicaux

Des activistes écologistes ont découvert pour la première fois des déchets exclusivement destinés à l'usage médical sur les plages de Durban.
Des activistes écologistes ont découvert pour la première fois des déchets exclusivement destinés à l'usage médical sur les plages de Durban.

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Ce sont parmi les plages les plus pittoresques d’Afrique du Sud, mais leur sable est souillé depuis le début de la semaine par des restes de médicaments. Un échouage massif toujours inexpliqué, qui a conduit les autorités locales à fermer l’accès à quatre plages mercredi, et inquiète notre Observateur.

Des boîtes fermées de préservatifs, des bouteilles et des boites de pilules : les plages de Durban sont couvertes de divers produits médicaux. Selon les autorités, le nettoyage pourrait prendre deux semaines. Le département en charge des questions de santé à la municipalité d’eThekwini,le nom officiel de Durban, a par ailleurs assuré qu’une enquête était en cours pour identifier l’origine de ces déchets.

Ce sur quoi notre Observateur a déjà sa petite idée.

Judith Subban

"Vu le nombre de personnes séropositives dans le pays, on ne peut prendre de risques avec les déchets médicaux"

Desmond D’sa est un activiste plusieurs fois récompensé, qui a cofondé la South Durban Community Environnemental Alliance en 1996, une ONG qui sensibilise à la pollution industrielle touchant Durban et les risques qu’elle ait courir sur la santé des habitants.

Dimanche 15 mai, nous étions en train de manifester sur la plage contre les chalutiers chinois, qui opèrent illégalement au large de nos côtes. C’est là que nous avons vu pour la première fois ces déchets médicaux, mélangés avec d’énormes quantités de matériaux plastiques sur les plages. [Selon les médias sud-africains, c’est un habitant de Durban qui a signalé la présence de ces déchets lundi matin].

L’origine de ces déchets reste inconnue. Mais quel que soit le responsable, c’est très inquiétant. Vu le nombre de personnes séropositives dans le pays, on ne peut prendre de risques avec les déchets médicaux. Si quelqu’un venait à être en contact avec par exemple une aiguille contaminée, il y a un risque de mort. Pour moi dès lors, les responsables de cet échouage doivent payer le prix fort.  [Selon une porte-parole du départent de santé d’eThekwini, aucune aiguille ni aucune seringue n’ont été retrouvées sur la plage. Mais D’sa affirme que plusieurs de ses sources lui ont affirmé qu’il y avait des aiguilles délavées].

Il pourrait également y avoir des conséquences économiques : Durban est une ville touristique, et des gens viennent du monde entier pour profiter de ses plages bordées par l’océan Indien [les quatre plages fermées ne sont pas les principales plages de Durban]. Par ailleurs, il y a environ 12 000 pêcheurs et personnes travaillant en lien avec le milieu de la pêche ici, vous imaginez bien que si les poissons se retrouvaient contaminés par ces déchets, les conséquences économiques seraient terribles.

Judith Subban

"C'est la premières fois qu'on voit des déchets médicaux échoués sur la plage"

Selon moi, il y a deux scénarios possibles pour expliquer cet échouage : d’abord, il y a des décharges publiques qui sont implantées près des estuaires, autour de Durban. Si le niveau de l’eau monte, les déchets peuvent se retrouver à la mer, puis être rejetés sur la plage.

L’autre possibilité, c’est que les déchets ont été déversés dans les estuaires, qui se jettent dans l’océan. Payer le traitement des déchets médicaux est cher, et les cliniques privées ou des hôpitaux pourraient avoir utilisé procédé ainsi ou utilisé des décharges classiques pour réduire leurs dépenses.

À vrai dire, c’est déjà arrive en 2009. Wasteman, la principale entreprise de traitements de déchets en Afrique du Sud avait déversé des déchets médicaux [les autorités avaient notamment retrouvé 300 tonnes d’aiguilles, d’échantillons de sang et de pilules, enterrées avec des déchets de corps humains et des foetus.

À Durban, on compte 70 % des industries sud-africaines, et le principal centre de pétrochimie du pays. On a déjà vu des eaux usées déversées dans l’océan.

En Afrique du Sud, les déchets médicaux doivent être traités de manière très spécifique : mis dans des containers spécifiques et placés ensuite dans des décharges bénéficiant d’une licence pour stocker ce type de déchets. L’entité à l’origine de déchet, une pharmacie ou un hôpital par exemple, peut être poursuivie pour crimes si elle ne respecte pas la stricte procédure prévue pour ces déchets qui peuvent être dangereux et toxiques.