ALGERIE

Déchets, rats et ferraille : l'immense dépotoir autour du site historique de Tipaza

Dans un complexe touristique à l'abandon, les déchets jonchent le sol. Capture d'écran d'une vidéo de notre Observateur.
Dans un complexe touristique à l'abandon, les déchets jonchent le sol. Capture d'écran d'une vidéo de notre Observateur.

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Dans le nord de l’Algérie, le site historique exceptionnel de Tipaza, où se côtoient le long d’une plage méditerranéenne des bâtisses coloniales et les ruines d’une cité romaine, fait aujourd’hui office de décharge publique. Notre Observateur s’évertue chaque jour à nettoyer l’amoncellement de déchets qui abime la beauté de ces ruines, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Il lance, en images, un appel à l’aide.

Après avoir voyagé à travers le monde, Amar Adjili s’est installé à Tipaza il y a quelques années, séduit par la beauté du site, dont Albert Camus disait, dans "Noces à Tipaza" : "Je comprends ici ce qu'on appelle gloire, le droit d'aimer sans mesure", citation d’ailleurs gravée sur une stèle qui domine les plages de Tipaza. Amar Adjili s’est juré de rendre au lieu sa splendeur. Mais face à la négligence des habitants et des sociétés de nettoyage, il a décidé de se faire entendre et a entrepris de filmer le dépotoir qu’est devenu Tipaza.

Déchets sur la plage à Tipaza. Vidéo de notre Observateur

Le site romain de Tipaza.

"Il y a des déchets recrachés par la mer, mais beaucoup sont laissés par les sociétés de nettoyage"

Lorsque je me suis installé à Tipaza, à quelques centaines de mètres du site archéologique, j’ai décidé de ramasser ces déchets qui gênaient le plaisir que j’avais à marcher sur la plage chaque matin. On trouve, jonchés le long de la mer des bouteilles, des emballages en plastique, des vêtements, des pièces auto, de la nourriture périmée, de la ferraille… Il y a les déchets recrachés par la mer, mais beaucoup sont laissés par les sociétés chargées de la collecte des ordures. À Tipaza, elles interviennent surtout à la saison estivale pour nettoyer les plages et les rendre propres pour les vacanciers. Le reste de l’année, elles interviennent très peu, et même, ne font pas leur travail jusqu’au bout. Il arrive par exemple que des déchets soient collectés, rassemblés, pour finalement être déversé en un point de la plage au lieu d’être amenés à la déchèterie. C’est un manque de sérieux qui devrait être sanctionné.

Il y a par exemple une belle bâtisse à l’architecture islamique qui est remplie de sacs poubelles. Les rats en ont fait leur royaume. J’ai décidé de m’y attaquer pour rendre au lieu sa splendeur d’origine mais avant cela, j’en ai fait une vidéo. J’avais tourné une première il y a plusieurs semaines.

Complexe touristique à l'abandon à Tipaza. Véritable décharge sauvage. Vidéo de notre Observateur.

"Il y a un vrai problème de gestion des déchets en Algérie"

Je souffre d’un handicap physique lourd : j’ai de violentes douleurs à la colonne vertébrale, au genou et au tibia. Je ne peux faire d’efforts trop longtemps. Je m’organise malgré tout chaque matin pour nettoyer le site. Je n’arrive néanmoins pas à faire seul ce travail de titan. Bien heureusement, une habitante de Tipaza, Ratiba, me prête main-forte. Elle a déjà réussi à nettoyer la plage de Chenoua. Moi je continue sur Matares.

Collecte des déchets à Tipaza par une équipe de volontaires. Photo de notre Observateur.

Mais nous avons besoin de plus de quatre bras. C’est pour ça que j’ai commencé à publier des vidéos et des appels sur Facebook. Plusieurs personnes ont répondu au dernier appel, je les en remercie. Début mai, pendant tout un week-end, très convivial, jeunes et moins jeunes, habitants surtout d’Alger, à 70 km de là, sont venus nous aider. Après une collecte de fonds, nous avons acheté des sacs, des gants et des pelles car il y a beaucoup de déchets enfouis qu’il faut maintenant déterrer. Il y a un vrai problème de gestion des déchets en Algérie. Dans le documentaire de Yann Artus Bertrand, "L’Algérie vue du ciel", les images rendent une magnifique impression du pays. Les citoyens doivent agir pour que l’Algérie soit aussi belle vue de terre que du ciel.

Equipe de volontaires à Tipaza. Photo de notre Observateur.