Elle se veut la première plateforme en ligne regroupant la jeunesse africaine : sur African trip, des internautes de 27 pays africains se donnent rendez-vous quotidiennement et échangent en temps réel, grâce à des vidéos diffusées via Snapchat, Twitter et Youtube. Un moyen de rapprocher les jeunes du continent en débattant de l’actualité, en partageant leurs expériences, où en faisant découvrir leur ville et leur vie autrement.

Depuis début 2016, le concept a séduit de nombreux internautes d’Afrique subsaharienne. Il est né au Cameroun sous l’impulsion d’un étudiant de 20 ans, Harold Joakim Fossouo, connu sur les réseaux sociaux sous le pseudo de @Mboa_237. L’idée de départ est assez simple : une plateforme de discussion interactive accessible à tout jeune majeur, sur laquelle il pourra poster des vidéos pour diffuser un message qu’il veut faire passer. D’abord destiné exclusivement aux Camerounais, le concept a vite grandi : des internautes du Mali (@Taama223), de la Côte d'ivoire (@Babii225), ou encore du Sénégal (@Sunusnap) s’y sont mis.

Snapchat, Twitter ou Instagram sont les terrains privilégiés de ces vidéos, car ces réseaux sociaux permettent l’échange en temps réel avec les abonnés.Chaque jour, un "invité" se connecte sur ces réseaux : il récupère les identifiant et mot de passe auprès de l’administrateur de la page estampillée African Trip dans son pays, et dispose ensuite de 24 heures pour aborder librement un thème décidé par avance par le bureau exécutif d’African Trip.

Aujourd’hui, @AfricanTrip regroupe 27 pays d’Afrique, 30 d’ici la fin du mois de mai, avec en tout environ 50 000 followers toutes communautés confondues.

Chaque mois, la communauté African Trip réalisera une vidéo sur un thème précis. Le mois d'avril, une première vidéo de présentation du projet a regroupé de nombreux participants africains venus des quatre coins du globe.

"Je découvre des projets qui se créent à quelques pas de chez moi"

Papi est un artiste-entrepreneur sénégalais à Dakar. Il a contribué pour la première fois à African Trip samedi.

Je regardais depuis un petit moment les contenus sur Sunusnap [la communauté sénégalaise membre de la plateforme African Trip, NDLR], et ce qui m’a attiré, c’était l’échange direct avec la communauté, la possibilité d’interagir sans filtre. Je ne suis pas quelqu’un qui aime beaucoup les médias, et j’ai vu là un moyen de toucher un nombre important de personnes instantanément sans devoir passer par une interview à la télévision.

Lors de mon direct, j’ai fait découvrir aux internautes une exposition de tableaux que j’ai montrés à la Biennale de Dakar, j’ai parlé de mon entreprise qui propose des produits 100 % sénégalais ou mauritaniens, ou retransmis une séquence de live-painting. J’ai eu beaucoup de questions pertinentes sur comment j’avais monté mon entreprise, quelles difficultés j’avais rencontrées... Pour moi, c’était une super expérience, car ça permet d’avoir un retour direct sur son activité, et en plus pas seulement de la part de Sénégalais.

En suivant cette plateforme, je découvre également de nombreux projets, qui se créent parfois à quelques pas de chez moi, mais dont je n’ai jamais entendu parler. J’ai suivi avec intérêt un membre qui parlait d’une collecte et d’une redistribution de vêtements à Dakar. J’ai été marqué par la pertinence des explications, l’intérêt accordé au fond plutôt qu’à la forme, l’impact de ces gens sur leur communauté. Je me suis senti proches d’eux : ils montrent aux membres de "African trip" que malgré notre jeune âge, nous réussissons avec peu de moyen à accomplir quelque chose de bénéfique.


Invité du samedi 14 mai, l'artiste "Papi" a pu échanger directement avec les membres de la communauté et parler de sa vision de l'entreprenariat au Sénégal.

Sur African Trip, les objectifs sont aussi variés que le nombre d’utilisateurs, qui ont tous entre 18 et 30 ans. Certains montrent leur lieu de vie pour raconter leurs galères au quotidien, d’autres s’improvisent guides touristiques pour dévoiler les beautés cachées de leur ville. Certains enfin parlent de l’actualité de leur pays ou de leur vie professionnelle, parfois en dehors d’Afrique.

La liste complète des comptes qui participent à African Trip.

Cette diversité est revendiquée par les créateurs du concept, comme Halima Diarra, une des co-fondatrices qui s’occupe des contributions venant du Mali.

"Nous voulons sortir des clichés et montrer la jeunesse africaine autrement"


Le but principal de ce projet est de réunir la jeunesse africaine éparpillée dans le monde entier, et de créer une unité, tout en conservant les particularités qui font le charme de chaque membre. Nous avons constaté qu’il y a un manque : en Afrique, un internaute fait souvent son projet dans son coin et reste limité aux clichés qu’il peut avoir sur les autres Africains. "African trip" permet de sortir de ces idées reçues héritées des anciennes générations : on veut voir et montrer la jeunesse africaine autrement. Elle a la chance d’être ultra-connectée, elle a les outils pour se rapprocher.

Au départ, nous avons reçu quelques critiques, certains de nos " guests" ont été accusés d’être superficiels et de surtout vouloir se montrer. Mais très vite, nos followers se sont rendu compte que le projet permettait des échanges pertinents. Par exemple, nous avons organisé des journées croisées, où nos membres maliens pouvaient découvrir le quotidien d’un utilisateur congolais. Ça crée des échanges et ça permet de tisser des liens pour de futurs voyages ou des projets croisés ! On voit African trip comme du ‘divertissement instructif ‘.


Si certaines interventions sont fixées à l'avance, la plupart des participants bénéficient d'une liberté de traitement, de leur quotidien à la cuisine en passant par des sujets d'actualité.

Tous les mois, nous réaliserons une vidéo "résumé "autour d’un thème fort. Par exemple, pour la fin du mois de mai, chaque représentant des 27 pays a sélectionné un membre qui est entrepreneur. Il aura pour objectif de nous parler de son projet, des difficultés qu’il a rencontrées, de donner des conseils à ceux qui voudraient se lancer [comme l’a fait l’artiste Papi dans sa vidéo, NDLR]. Lorsque chaque membre aura enregistré ses vidéos, nous compilerons les moments les plus instructifs dans un montage publié sur notre chaîne YouTube. Ça permettra d’archiver ces conseils et de laisser un héritage.

On a beaucoup d’idées, beaucoup d’envies, même si nous sommes une majorité d'étudiants à mener ce projet bénévolement. Pour les prochains mois, on aimerait faire une vidéo pour promouvoir les lieux méconnus d’Afrique et donner envie de visiter notre continent autrement.
Certains membres africains à l'étranger ou en vacances en profitent pour faire découvrir d'autres pays et parler notamment de l'intégration ou de la vie quotidienne loin d'Afrique.


Vous voulez participer ou aider le réseau African Trip ? N’hésitez pas à les contacter a tat.recrutement@gmail.com ou sur leur compte Twitter.