BIÉLORUSSIE

Monuments staliniens, vodka et musique porno : la Biélorussie vue par un (des rares) touriste

Le mémorial national de l’intervention soviétique en Afghanistan. Toutes les photos ont été prises à Minsk par Joseph Preston.
Le mémorial national de l’intervention soviétique en Afghanistan. Toutes les photos ont été prises à Minsk par Joseph Preston.

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"Qu’est-ce que vous êtes donc venus faire à Minsk ?" Cette question, Joseph Preston – un touriste britannique – n’a cessé de l’entendre durant ses vacances passées dans la capitale de la Biélorussie. Et pour cause : ce pays reste le moins visité d’Europe...

La Biélorussie n’est pas franchement une destination prisée des agences de voyage, contrairement à d’autres anciens pays du bloc soviétique. Environ 300 000 touristes auraient ainsi visité le pays l’an dernier, originaires pour la plupart des pays voisins, selon le Comité national des statistiques. C’est deux fois plus qu’en 2014, mais cela reste très peu.

Ce pays de 9,5 millions d’habitants reste l’un des plus fermés d’Europe. Son président Alexandre Loukachenko, aux pratiques dictatoriales, est au pouvoir depuis 1994

"Notre guide nous a montré l’usine où l’on fabrique des réfrigérateurs : on s’est vraiment demandé ce qu’on était venus faire là"

Joseph Preston, un étudiant de 20 ans, a passé cinq jours à Minsk, avec trois amis.

J’ai eu envie d’aller en Biélorussie après avoir lu que c’était la "dernière dictature en Europe". Ça a éveillé ma curiosité, et ça m’intéressait d’aller dans un endroit peu touristique. Mais ça a été le parcours du combattant pour entrer dans ce pays. Déjà, le visa touristique coûte cher [environ 60 euros, NDLR], et les démarches pour l’obtenir sont compliquées. Ensuite, il n’y avait pas de vol direct entre Londres et Minsk à la date à laquelle on voulait voyager, donc on a dû faire une escale de 14h à Kiev. En tout, notre voyage a duré 22h30…

Une fois sur place, notre guide a commencé à nous montrer avec fierté les principales "attractions" de Minsk : "Voici l’usine où l’on fabrique des réfrigérateurs. Là, c’est le mémorial de l’Holocauste. Plus loin, vous pouvez voir l’usine où l’on produit la vodka." À ce moment-là, on s’est vraiment demandé ce qu’on était venus faire ici pendant cinq jours ! On s’est ensuite rendus dans l’appartement qu’on avait loué. Il était tout petit, peint en rose saumon, et se trouvait au milieu d’un grand parc HLM de style soviétique. [La ville a été presque entièrement rasée durant la Seconde guerre mondiale, avant d’être reconstruite dans ce style, NDLR.]

Une imposante statue de Lénine, devant un bâtiment du gouvernement.

 

 

"Il ne fallait pas manger de champignons, car ils sont très radioactifs"

Le jour suivant, notre guide a insisté pour nous emmener dans un endroit où il était possible de manger pour un euro environ. Mais la nourriture était infâme : c’était des galettes de pommes de terre avec de la viande, un plat traditionnel. On a su ensuite que c’était la cantine de l’Université d’État biélorusse.

On nous a dit de ne surtout pas manger de champignons, car ils sont très radioactifs, plus que les autres aliments. Pour rappel, un cinquième du pays est toujours contaminé en raison de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl... Ça explique sûrement en partie pourquoi il y a tant de handicapés moteurs et mentaux dans le pays. Et pourtant, on n’a vu aucun endroit accessible aux personnes handicapées à Minsk.

On est ensuite allés voir le mémorial et le musée de la Seconde Guerre mondiale, des lieux flambant neufs, où les "efforts triomphants du peuple biélorusse" et "l’héroïsme de l’armée biélorusse" étaient mis en avant… C’était très nationaliste !

De jeunes skateurs s’amusent devant le mémorial de la Seconde guerre mondiale.

Le quartier du mémorial de la Seconde guerre mondiale.

"Beaucoup de vodka dans les supermarchés"

Mais ce pays a aussi de très bons côtés… Par exemple, ses forêts sont extrêmement bien conservées, bien que l’industrie du bois y soit importante [elles recouvrent un tiers du pays, NDLR].

Par ailleurs, on s’est bien amusés au final ! On a fait du pédalo sur la rivière Svislotch, qui serpente à travers la ville. Par contre, la personne qui les louait ne parlait pas anglais, comme l’immense majorité des Biélorusses. Du coup, on a fait de grands gestes pour tenter d’obtenir des réponses à nos questions : "Combien ça coûte pour une demi-heure ? Est-ce qu’on peut louer des gilets de sauvetage ?".

Le quartier du théâtre national biélorusse et de l’opéra, que notre Observateur a apprécié.

On s’est aussi rendus dans un immense supermarché, où on a beaucoup ri. Il y a avait de la viande de cheval en conserve, des aquariums avec des requins et des anguilles, énormément de bouteilles de vodka… Ce n’est pas étonnant, car c’est le pays où la consommation d’alcool par habitant est la plus forte au monde... Il y avait également une immense allée où étaient vendus des CD pornographiques, c’est-à-dire avec juste le son !

On est aussi allés dans un grand centre commercial, où se trouvait un "Good Burger", l’équivalent biélorusse de "Burger King". En fait, il y avait plein d’enseignes qui ressemblaient beaucoup à celles que l’on trouve chez nous, mais biélorusses ou russes visiblement.

"On a croisé deux touristes français seulement"

Quand on est retournés à l’aéroport, notre guide a parlé de politique pour la première fois. Il a tenu des propos assez critiques du gouvernement, ce qui nous a surpris. On n’avait pas osé aborder ce sujet auparavant, car on nous avait dit qu’il fallait éviter de parler politique en Biélorussie.

Au final, on a croisé deux touristes français durant notre séjour...

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Les magasins de fleurs sous-terrain sont nombreux dans la ville, comme l’a remarqué notre Observateur.