CÔTE D'IVOIRE

Après une "rafle", un détenu passé à tabac par des policiers ivoiriens

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Une vidéo tournée jeudi 28 avril et publiée sur Facebook montre un homme se faire frapper à coups de poings et de matraque par des trois policiers, dans les cellules de la préfecture de police d’Abidjan. L'un de ses codétenus, qui a filmé la scène, explique que lui-même et l'homme passé à tabac estimaient avoir été victimes d’une arrestation arbitraire de la police ivoirienne et demandaient leur libération.

Wilfried (pseudonyme), l’homme qui a filmé la scène, affirme avoir été arrêté lors d’une "rafle systématique" de la police ivoirienne mercredi soir dernier, une pratique d’arrestation aléatoire déjà dénoncée par nos Observateurs ivoiriens en 2013.

J’ai été arrêté mercredi soir et conduit à la préfecture de police. Là, les policiers ont expliqué que ceux qui paieraient une caution de 2 000 francs CFA pourraient sortir immédiatement et que les autres passeraient la nuit en détention et seraient libérés à 6 heures du matin. Moi je n’avais que 1 000 francs sur moi et j’ai donc attendu comme d’autres.

À 6 h 15 jeudi matin, nous étions toujours parqués. Certains ont commencé à s’impatienter et un homme s’est mis à

secouer les barreaux de sa cellule. Des policiers sont rapidement intervenus pour le mettre dans le couloir, où ils l’ont frappé à coup de poings et de matraque.

J’ai décidé de filmer pour témoigner, d’autres détenus l’ont fait aussi. Chacun avait pu garder ses affaires et notamment son téléphone pour pouvoir appeler des proches, et éventuellement en faire venir à la préfecture pour payer la rançon.

"J’ai montré ma carte d’identité mais les policiers m’ont quand même embarqué"

Quand l’homme a été frappé, plusieurs d’entre nous criaient qu’ils allaient publier la vidéo, comme on l’entend sur mon film. Les policiers ont finalement emmené l’homme dans une autre cellule. Ils nous ont libéré peu après. Avec d’autres, j’ai dit que je ne voulais pas partir tant que l’homme violenté ne serait pas libéré, mais il n’y a rien eu à faire. Depuis, je n’ai aucune nouvelle, je ne sais pas ce qu’il est devenu. C’est aussi pour ça que j’ai publié cette vidéo.

Nous étions d’autant plus révoltés que nous avons été arrêtés alors que nous n’avions rien fait. Pour ma part, mercredi soir, je rentrais chez moi après une journée de travail, près de la zone industrielle de Koumassi. Je marchais dans la rue, je ne faisais rien de particulier, et des policiers sont venus vers moi en me disant qu’ils procédaient à "une rafle systématique" car des détenus s’étaient évadés de la maison d’arrêt d’Abidjan selon eux. Ils m’ont fouillé, j’ai montré ma carte d’identité mais ils m’ont quand même embarqué.

Arrestations de masse, organisées alors que la police recherche des évadés de prison ou des suspects, rançon demandée pour la libération : ce scénario ressemble à ceux des "rafles" que nous ont déjà rapportés plusieurs de nos Observateurs ivoiriens.

Des policiers mis à pied, une enquête en cours

Contacté par France 24, une source policière ivoirienne rapporte que le détenu s’était auparavant comporté de manière agressive avec des policiers dans sa cellule. "Il a saisi un commissaire par le col et l’a même en partie déchiré". "Ça ne justifie pas la violence de la réaction", estime cette source qui précise que les trois policiers ont été identifiés et mis à pied, et qu’une enquête a été ouverte. Elle devrait aboutir au courant de la semaine. Cette même source nie par ailleurs que des détenus aient pu être libérés contre une caution. "Ils ont été arrêtés dans le cadre d’une opération de sécurisation, car en ce moment il y a des bandes de jeunes délinquants qui agressent les gens à Abidjan. Dans une approche préventive, il s‘agissait de faire des contrôles d’identité, ce implique de maintenir les personnes en détention toute une nuit", assure-t-elle.

En novembre 2015, Amnesty International avait dénoncé, comme depuis 2012, les arrestations arbitraires pratiquées par la police ivoirienne, ainsi que des cas de détentions illégales et des actes de torture sur des centaines de personnes.