Une fosse contenant plusieurs dizaines de corps a été découverte dans la région de Sofala au centre du Mozambique, une zone en proie à des tensions entre la Renamo et les forces gouvernementales. L’information révélée par des agriculteurs, et non confirmée à ce stade par les autorités, a pu être vérifiée par notre Observateur. Il est journaliste, et a photographié sur place une dizaine de corps éparpillés dans des buissons.

Dès jeudi 28 avril, l'agence de presse portugaise Lusa rapportait que des agriculteurs auraient découvert une fosse commune contenant près de 120 cadavres dans la province de Sofala.

D’après un représentant de la Renamo qui s’est exprimé dans la presse sous couvert d’anonymat, le charnier se situerait près du Parc national de Gorongosa, une zone proche de l’endroit où le leader de la Renamo, Alfonso Dhlakama, se serait réfugié depuis octobre 2015, sans réapparaître publiquement depuis. Celui-ci conteste les élections présidentielles et législatives d’octobre 2014, remportées par le Frelimo, au pouvoir depuis l’indépendance en 1975.

Les autorités locales ont démenti l’existence du charnier. Selon le porte-parole de la police à Maputo, une enquête a été ouverte mais rien n'a été constaté pour le moment.

La zone où ont été photographiés les corps. Photo envoyée par notre Observateur.

"Plusieurs personnes ont disparu dans la région, que ce soient des proches de la Renamo ou des proches du Frelimo"

Deux journalistes locaux se sont rendus sur place samedi 30 avril pour vérifier les témoignages des agriculteurs. Arcénio est l’un d’entre eux. Il a pris une série de photos qui ont permis de confirmer la présence de corps abandonnés près du parc de Gorongosa.

Je suis journaliste à Beira c’est à près de 300 kilomètres de Gorongosa. Avec un collègue également journaliste, nous nous sommes rendus sur place pour comprendre ce qu’il pouvait se passer dans cette région. Le démenti des autorités après les accusations des paysans de la région nous paraissait louche.

Deux hommes, dont un à moitié nu retrouvés dans des broussailles. Photo envoyée par notre Observateur et floutée par France 24.

La zone était quadrillée par les militaires et il était difficile d’accéder à l’endroit où devait se situer la fosse commune selon les témoignages des agriculteurs. Avec mon collègue nous avons été aidés par des villageois proche de la Renamo pour accéder aux alentours du charnier. Nous avons ainsi pu voir quatre corps dans des broussailles puis une dizaine d’autres près d’un pont le long de la route nationale 1, aux alentours de Gorongosa.

Les cadavres étaient dans un état de décomposition avancée, certains n’avaient pas d’habits. L’odeur était insoutenable. Nous avons photographié neuf corps mais au total, nous en avons compté 15. Il y avait un corps de femme. Pour le reste, il s’agissait d’hommes, assez jeunes. Il s’agit visiblement de civils : nous n’avons vu sur eux aucun équipement militaire.

Un corps, celui d'une femme, retrouvé près d'un pont le long de la nationale 1. Photo envoyée par notre Observateur et floutée par France 24.

La situation était très tendue sur place, il y avait plusieurs hommes à moto qui circulaient comme s’ils surveillaient la zone, c’était très étrange. Nous avons même entendu quelques coups de feu qui nous ont fait faire demi-tour. Cette zone est connue pour être très dangereuse, en général, très peu de gens s’y rendent. Ce qui se passe là-bas est donc très flou.

"La majorité de la population a déserté en 2013"

Nous avons discuté avec plusieurs paysans qui nous ont confirmé que plusieurs personnes avaient disparu dans la région, que ce soient des proches de la Renamo ou des proches du Frelimo [depuis le 22 avril, 25 personnes auraient disparu selon un représentant de la Renamo, NDLR]. Nous pensons donc que des affrontements ou des tentatives d’intimidations ont lieu dans la région.

Corps d'un homme dévêtu. Photo envoyée par notre Observateur et floutée par France 24.

Il faut savoir que celle-ci est essentiellement composée de forêt et très difficile d’accès. La majorité de la population a déserté en 2013, quand des affrontements ont eu lieu dans cette région entre la Renamo et les forces de l’ordre. [Le quartier général de la Renamo l’ex-rébellion mozambicaine qui se situe dans les montagnes de Gorongosa avait été bombardé le lundi 21 octobre 2013 par l’armée, NDLR].

Quelques personnes sont retranchées dans les montages, à priori pour protéger Afonso Dhlakama, le chef de la Renamo qui se cacherait dans cette zone.

Pour le moment, impossible de savoir dans quel contexte ont été tuées les personnes retrouvées. Mais notre Observateur n’est pas le seul à s’inquiéter de possibles tensions militaires dans la région.

Le porte-parole du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, Rupert Colville a déclaré vendredi 29 avril avoir reçu des informations inquiétantes sur des confrontations armées en cours au Mozambique entre "les forces nationales de sécurité et les membres de la Renamo". Les forces gouvernementales sont accusées "d’exécutions sommaires, de viols, de destruction de maisons et de mauvais traitements".

Toujours selon le porte-parole, des attaques contre la police et l’armée ont été attribuées à la Renamo, dont les membres sont également soupçonnés d’avoir commis des violations des droits de l’Homme "contre des civils perçus comme étant associés au parti au pouvoir, le Frelimo, ou favorables aux forces de sécurité".

La Renamo, Résistance nationale mozambicaine, est une ancienne guérilla armée du Mozambique devenue un parti politique à la fin de la guerre civile, en 1992. Cette guerre, débutée en 1977, avait opposé le Frelimo à la Renamo.

Selon un article de RFI publié en 2013, l’ex-guérilla ne compterait pas plus de 400 vétérans, mal équipés et sans réelles capacités physiques de se lancer dans une nouvelle guerre. Mais cela n’empêche pas des tensions de subsister : plusieurs affrontements armés sporadiques continuent d’opposer les deux camps.
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet