Une vidéo montrant plusieurs hommes en tenue militaire torturer un homme pendu à une barre de fer a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux guinéens et dans la presse locale. Selon notre Observateur sur place, c’est la première fois qu’une vidéo dénonce les dérives de forces de l’ordre dans le pays et celle-ci aurait d’autant plus choqué qu’en ce moment le gouvernement mène une vaste campagne sur le rôle "républicain" de la gendarmerie.

[ACTUALISATION 28/04 à 12h45 : le ministre de la Sécurité et de la protection civile a annoncé la suspension de douze fonctionnaires de police et de la gendarmerie  relevant de la brigate anti-criminalité numéro 8, mise en cause dans cette vidéo de torture.]

Selon une enquête menée par le ministre de l’Unité nationale et de la Citoyenneté, Gassama Diaby, et relayée par la presse locale, les faits remontraient à la mi-mars et se seraient déroulés dans la forêt de Kakimbo, un des sièges de la Brigade anti-criminalité. "Pour le moment, c’est tout ce dont je suis certain. Les circonstances de l’arrestation et les motivations de cet acte inamissible sont en cours de vérification", a confié le ministre, contacté par France 24.

Publiée sur les réseaux sociaux par l’un des membres de la Brigade anti-criminalité, la vidéo a ensuite été reprise par plusieurs internautes, suscitant une véritable onde de choc.

Les images étant humiliantes et violentes, nous n'en diffusons que des captures d'écran floutées.

Capture d'écran de la vidéo. La scène semble se dérouler dans un camp bordé d'une forêt.

"Partager cette vidéo, c’est un devoir citoyen pour lutter contre la barbarie. Nous interpellons le gouvernement pour que justice soit faite" peut-on lire en légende de la vidéo sur la page Facebook du site d'informations Guinée 360.

La scène se déroule visiblement dans un camp bordé d’une forêt. Les images montrent un homme, à moitié dévêtu, pieds et mains ligotés à une barre de fer portée par deux autres hommes en treillis.

Capture d'écran de la vidéo. La victime est attachée à une barre, la tête vers le bas. 

Autour, plusieurs hommes, également en uniforme, regardent la scène. Certains posent des questions à l’homme suspendu tête en bas concernant des "armes" qu'il détiendrait.

Capture d'écran de la vidéo. Autour, plusieurs policiers et/ou gendarmes regardent passivement la scène.

 
L'homme répète qu'il n'a fait 'qu'accompagner" une autre personne qui elle, aurait des armes. À plusieurs reprises, les deux hommes qui tiennent la barre la secouent violemment et l’on entend la victime hurler de douleur.

Capture d'écran. L'homme est posé à terre pour "cinq minutes de pause". 

"Autour, personne n’intervient. Cette passivité voudrait-elle dire que ce genre de scène est normal ?"

Notre Observateur est bloggeur sur la plateforme Ablogui.

Cela fait plusieurs années qu’on parle de possibles cas de torture commis par les forces de l’ordre mais c’est la première fois que je vois une telle preuve sortir sur le sujet.

Cette vidéo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux et a choqué pour deux raisons. D’abord, on voit deux gendarmes torturer un homme, mais autour, d’autres gendarmes passent et n’ont pas particulièrement l’air choqué.

Ils n’interviennent pas, personne n’appelle les gendarmes à cesser. Cette passivité voudrait-elle dire que ce genre de scène est normal ? Que c’est une habitude comme une autre dans la gendarmerie ?

"La gendarmerie a bénéficié de plusieurs formations et de nouveaux moyens"

Ensuite, il faut savoir que ces derniers mois, notamment à la télévision et la radio, la gendarmerie passe de nombreux spots publicitaires pour vanter le rôle républicain de la gendarmerie et appeler les citoyens à lui faire confiance et ne pas se faire justice soi-même.

Une telle vidéo en pleine période de campagne sur la gendarmerie… C’est clair que ça n’allait pas passer.
En plus, la gendarmerie a bénéficié de plusieurs formations et de nouveaux moyens, il y a eu un véritable investissement du gouvernement dans la sécurité mais finalement, cela n’a pas permis de mettre un terme à toutes ces pratiques de torture et d’intimidations.

Le ministre s’est rapidement saisie de l’affaire et je pense que c’est une bonne chose : cela a véritablement permis de calmer les rumeurs et cela permet aussi de montrer que l’affaire est importante et qu’elle a été traitée.

Une source au Haut Commandement de la gendarmerie contactée par France 24 a accepté de s’exprimer à ce sujet :

"C’est un cas isolé et les responsables seront jugés"


Rien n’indique qu’il s’agit de gendarmes. Dans les Brigades anti-criminalité en Guinée, policiers et gendarmes travaillent ensemble et portent le même uniforme.

Nous condamnons fermement ces actes de violences qui nuisent à la réputation des forces de l’ordre dans le pays et à l’étranger. Nous avons mis en place des écoles de formation ouvertes 24 heures sur 24 justement pour mieux former nos équipes et éviter toutes sortes de dérives.

Nous travaillons de plus en plus avec des ONG, mais aussi avec des forces de l’ordre venant d’autres pays pour diffuser des messages de non-violence. C’est un cas isolé et les responsables seront jugés. Ce n’est en aucun cas la politique de notre institution.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet