De violentes manifestations ont secoué la ville congolaise de Kolwezi ce week-end, après un double meurtre. Depuis plusieurs mois, les habitants de cette ville du sud-est de la République démocratique du Congo (RD Congo) s’inquiètent de l’augmentation des vols et des agressions. Selon nos Observateurs, la crise qui a touché cet ancien eldorado minier suite à l’effondrement du prix du cuivre a provoqué une recrudescence du banditisme.

Dans la nuit de samedi 16 à dimanche 17 avril, au moins deux personnes ont été abattues, pour avoir résisté à un vol à main armé à Kolwezi. Le dernier épisode en date d’une série de violences qui secouent depuis plusieurs mois la cité minière, troisième ville de RD Congo.

Exaspérés par ce climat d’insécurité, les habitants ont défilé dimanche pour dénoncer l’inefficacité de la police. Mais la manifestation a rapidement dégénéré. Selon la presse locale, au moins deux personnes auraient été tuées lorsque les forces de l’ordre ont ouvert le feu.

Martin est journaliste à Kolwezi dans une radio locale, il était sur place et nous a envoyé des images.


"Les habitants sont très en colère contre la police et veulent se faire justice eux-mêmes"

Dimanche, je me suis rendu dans le quartier Hewa Bora où un braquage a tourné au drame à 6h30. Deux hommes, le père d’une famille et son beau-frère ont été tués par balles par des individus non-identifiés. Quand je suis arrivé sur place, la mère de famille et sa fille étaient également blessées.

Regroupement de personnes devant la maison où a eu lieu le braquage. Photo envoyée par notre Observateur.

Regroupement de personnes devant la maison où a eu lieu le braquage. Photo envoyée par notre Observateur.

Les habitants étaient tellement en colère qu’ils ont tenté de repousser la police en jetant des pierres. La famille des victimes a ensuite voulu emmener les corps vers la mairie, pour prouver qu’il y avait bien eu une attaque dans la nuit. Mais les forces de l’ordre, tenant à éviter les mouvements de foule, les en ont empêché, n’hésitant pas à tirer à balles réelles. Des personnes ont été tuées.

Manifestation à Kolwezi pour dénoncer l'insécurité. Selon notre Observateur qui nous a envoyé cette vidéo, les policiers ont tiré à balles réelles sur les manifestants.

Les habitants sont très en colère contre la police : les vols et agressions se multiplient et la population peut se faire justice elle-même. La semaine dernière, un présumé bandit avait été arrêté par la population et brûlé vif. Selon les habitants qui l’ont arrêté, celui-ci portait un uniforme de policier. Du coup, les habitants se sont dit qu’il y avait une complicité entre bandits et policiers et ont saccagé le commissariat du quartier de Kanina.

Intervention des forces de l'ordre lors de la manifestation du 17 avril. 

Suite à cet incident, le gouverneur de la province du Lualaba s’était rendu sur place pour constater les dégâts et la population lui avait fait part de son inquiétude face au nombre d’actes de banditisme dans la ville et le manque d’intervention de la police. Le gouverneur les avait rassurés en leur expliquant que tout serait fait pour arranger la situation.

Le gouverneur de la province s'est rendu à Kolwezi dimanche pour rendre visite à la famille des victimes. Photo envoyée par notre Observateur.

Le gouverneur de la province s'est rendu à Kolwezi dimanche pour rendre visite à la famille des victimes. Photo envoyée par notre Observateur.
 
Du coup, après le braquage de dimanche, les habitants se sont soulevés, en disant en somme : on nous avait promis la sécurité mais rien ne change.

Dans l’après-midi, le gouverneur a écourté sa visite à Kinshasa pour venir voir la famille des victimes et appeler la population au calme.

La ville minière de Kolwezi subit de plein fouet la chute des prix du cuivre, qui a atteint en 2015 son taux le plus bas depuis 2009.

Une crise qui a poussé la principale entreprise minière de la ville, Kamoto Copper Compagny, détenue à 75 % par le groupe suisse Glencore, à suspendre sa production en septembre 2015. Selon la presse locale, des milliers de travailleurs de cette société, qui employait près de 4 500 personnes, se sont ainsi retrouvés au chômage.

Selon notre Observateur, avec qui nous avions déjà collaboré, notamment sur les chercheurs de cuivre de Kolwezi, cette crise économique et sociale est une cause directe de l’explosion du banditisme dans la région.

"Le chômage s’est fortement accentué et certains jeunes désœuvrés se sont tournés vers le banditisme"

Les jeunes sont parmi les plus touchés par ce chômage : ceux qui n’étaient pas qualifiés avaient profité des mines pour être creuseurs, un métier qui ne nécessite pas de compétences particulières. Avec la crise, ils se sont retrouvés désœuvrés et pour survivre, certains se sont tournés vers le banditisme : les vols, les agressions, les braquages, se multiplient.

La principale mine de Kolwezi aujourd'hui fermée. Photo envoyée par notre Observateur.


La principale mine de Kolwezi aujourd'hui fermée. Photo envoyée par notre Observateur.

Conséquence : on ressent depuis quelques années une insécurité grandissante dans la ville. Le soir, dans certains quartiers, il est vraiment déconseillé de prendre la route. Les quartiers périphériques, souvent très pauvres, sont devenus de véritables repères de bandits et les lieux idéaux pour les petits trafics, les reventes de motos et les réseaux de prostitution notamment.

"Certains chauffeurs de taxi-moto ont des machettes sous leur siège, au cas où"

Certaines professions sont très touchées par la violence dans la ville, notamment les taxi-moto. Après les nombreux licenciements dans les entreprises minières, beaucoup se sont reconvertis en taxi-moto, c’est le moyen de transport le plus utilisé dans la ville. Mais les motos se revendent bien et tous les jours, des chauffeurs sont agressés. C’est devenu un métier très dangereux. Un de mes amis qui exerce cette activité m’a dit qu’il avait une machette sous son siège, au cas où.

Mais ce qui agace le plus la population, c’est l’inefficacité de la police. Il est très rare qu’elle intervienne en cas d’agression ou de vol et les habitants se sentent abandonnés. Il arrive que quand tu appelles la police, on te dise de garder le bandit chez toi, en attendant qu’ils arrivent… Cela s’explique en partie : elle est très mal équipée et en sous-effectif.

Une source proche du gouverneur de province, contactée hier par France 24, a confirmé que la situation était effectivement très tendue ces derniers mois dans la ville, tout en assurant que des enquêtes sont actuellement ouvertes et que des forces de police supplémentaire venues de Lubumbashi ont été déployées.

Selon Radio Okapi, Richard Muyej gouverneur de la province du Lualaba, dans laquelle se situe Kolwezi, a affirmé qu’il allait remplacer les policiers en âge de partir à la retraire par 400 nouvelles recrues, qui seront formées durant six mois pour assurer la sécurité dans la ville.