CHINE

Des élèves chinois utilisés comme "boucliers humains" par leur propre école

Les élèves affirment que leurs professeurs les ont incités à participer au face-à-face violent, ayant opposé ces derniers à des habitants de Xinle.Toutes les images ont été postées sur les réseaux sociaux chinois.
Les élèves affirment que leurs professeurs les ont incités à participer au face-à-face violent, ayant opposé ces derniers à des habitants de Xinle.Toutes les images ont été postées sur les réseaux sociaux chinois.

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Une école appelant en renfort ses propres élèves pour faire face à des habitants en colère ? Cette scène surréaliste s’est déroulée en Chine, il y a quelques jours, sur fond de conflit terrien opposant l’administration de l’école aux habitants de Xinle, dans la province du Hebei (nord-est).

Tout a commencé dans la soirée du 10 avril, lorsque les étudiants de l’Académie des beaux-arts du Hebei – l’une des plus réputées en Chine – ont reçu de mystérieux messages de leurs professeurs. Selon les étudiants, ces derniers leur auraient indiqué que les cours étaient suspendus le lendemain, mais qu’ils devaient tout de même se rendre au campus à 7 h, en tenue de sport. Aucune information supplémentaire ne leur aurait été fournie. Selon un média chinois, il aurait également été dit aux étudiants qu’ils seraient "punis" s’ils ne venaient pas.

Le lendemain, vers 8 h, le conseiller d’orientation de l’école aurait emmené les étudiants sur un chantier, situé à côté de l’école. Sur place, ils ont découvert que des affrontements avaient déjà éclaté entre le personnel de l’école, accompagnés par des agents de la sécurité, et les habitants. Ces derniers jetaient des briques et allumaient des feux d’artifice pour répondre aux bombes lacrymogènes lancées par l’autre camp. Dans ce marasme, trois bulldozers et plusieurs pelleteuses commençaient pourtant à déblayer, sous les ordres du président de l’école qui dirigeait les opérations à l’aide d’un talkie-walkie.

Les étudiants ont affirmé à Beijing News que leurs professeurs leur avaient dit de ne pas trop s’approcher des affrontements. Mais ces derniers les auraient incités à soutenir le personnel de l’école et les ouvriers travaillant sur le chantier, en scandant des slogans tels que "cette école est notre maison". Des témoins ont confirmé aux médias que les étudiants n’avaient pas été impliqués directement dans les affrontements, durant lesquels cinq habitants et dix agents sécurité ont été blessés.

Des feux d’artifice explosent à partir de 1’25 environ, tout près des étudiants.

Beaucoup d’élèves ont faire part de leur colère à la suite de cette matinée pour le moins étrange. "On vient à l’école pour étudier, mais on nous a demandé d’être des 'boucliers humains'”, a déploré l’un d’eux, sur Beijing News. D’autres ont posté sur les réseaux sociaux des captures d’écran montrant les messages qu’ils avaient reçu de leur école.

De son côté, l’Académie des beaux-arts du Hebei a démenti avoir ordonné aux étudiants de venir sur les lieux de la manifestation. Elle a toutefois indiqué qu’une enquête avait été ouverte en interne, afin de déterminer si des membres du personnel avaient effectivement demandé aux étudiants de participer, sans l’autorisation de l’école. Elle a fait savoir que des sanctions disciplinaires seraient prises si c’était le cas.

Ces affrontements violents ont éclaté en raison d’un conflit terrien opposant l’école aux habitants de Xinle. L’école a en effet acheté un terrain pour y faire construire un parc d’attractions, mais ce projet est contesté par certains habitants. Certains affirment ne pas avoir été dédommagés pour les terres qui ont, selon eux, été accaparées. L’affaire est donc passée devant un tribunal. Le 5 avril, le juge a fait savoir que les habitants avaient cinq jours pour quitter le terrain, mais qu’ils avaient également 15 jours pour faire appel. L’école n’a toutefois pas attendu pour démarrer les travaux, provoquant le courroux des habitants.