On ne compte plus des vidéos témoignant de la barbarie des combattants de l’organisation État islamique. Des vidéos récentes montreraient que l’armée irakienne pratique également des exécutions sommaires des jihadistes qu’elle capture.

Les jihadistes de l’EI affichent clairement la barbarie de leurs méthodes. Les groupes armés qui leurs font face, notamment les milices chiites et les Peshmerga – les soldats du Kurdistan irakien – ont également multipliés les exactions. Mais jusqu'alors, peu de vidéos compromettantes avaient été publiées sur l’armée irakienne.

Ces images, publiées sur la version iranienne de YouTube, Aparat, montrent que les soldats réguliers irakiens pratiquent l’exécution sommaire des jihadistes qu’ils capturent.

Les vidéos que nous avons récupérées sont extrêmement violentes, nous avons donc choisi de n’en publier que des copies d’écran.


Capture d'écran de la vidéo.

La première vidéo montre un prisonnier immobile allongé sur le sol avec les mains attachées. D’après la légende de la vidéo, l’homme est un combattant de l’EI et les images auraient été tournées près de Mossul.

Il est entouré d’hommes en treillis. À 0’33, la personne qui filme tourne la caméra vers lui et laisse entrevoir l’insigne de l’armée irakienne sur son bras. À 0’44, l'un des soldats se place au dessus du prisonnier et lui tire dans la tête à plusieurs reprises.


Capture d'écran. L'insigne sur la veste de cet homme est un symbole de l'armée irakienne. 

 
Capture d'écran.

La seconde vidéo montre une scène particulièrement choquante. Elle commence avec un plan serré sur un homme présenté comme un Qatari combattant pour l’EI et qui aurait été capturé lors de combats.

Le prisonnier a l’air très jeune. Il sourit dans un premier temps aux soldats qui se prennent en photo autour de lui.


Capture d'écran. Les Observateurs ont flouté ces images.

À 0’18 on voit un insigne de l’armée irakienne sur le bras d’un soldat.

Capture d'écran. Vous pouvez voir un symbole de l'armée irakienne sur le bras de cet homme.

À 0’39 la situation bascule quand un individu agrippe le jeune homme par le col pour le traîner. Juste après, on voit un homme portant un béret rouge – marque des officiers dans l’armée irakienne.


Capture d'écran. Cet homme porte un béret rouge, porté par les officiers de l'armée irakienne.

La vidéo montre ensuite le jeune prisonnier être traîné à l’extérieur par une foule. Par la suite, il est étendu sur le sol. Un soldat irakien le met en joue et lui tire dessus à plusieurs reprises. On voit le corps sans vie du prisonnier, sa tête a explosé par l’impact des balles tirées à bout portant.

D’après les
lois internationales, exécuter un prisonnier de guerre est considéré comme un crime de guerre. Certains pays comme les Etats-Unis s’arrogent le droit de ne pas respecter les lois internationales de la guerre quand il s’agit d’organisations terroristes.
 
Capture d'écran. Le prisonnier est exécuté à bout portant.

Capture d'écran. Encore une fois, on peut remarquer les bérets rouges, portés par l'armée irakienne.

Voter pour savoir s’il faut tuer ou non les prisonniers… sur Instagram
 
 
Wassim Nasr est specialiste des groupes jihadistes à France 24.

Une telle violence, comme le montrent ces vidéos, n’est malheureusement pas si rare.

Nous ne savons pas dans quelle mesure les exécutions extrajudiciaires des prisonniers de l’organisation État Islamique sont sanctionnées au sein de l’armée irakienne.

Mais nous sommes certains que les personnes impliquées dans ces faits ne craignent aucune poursuite tout simplement parce qu’elles se filment et diffusent leurs vidéos sur les réseaux sociaux. J’ai déjà vu des soldats Irakiens poster leurs photos de prisonniers du groupe État Islamique et demander aux gens de voter pour savoir s’ils devraient ou non les tuer.


Même si l’armée irakienne a combattu l’organisation État Islamique depuis plus d’un an, il n’y a pas de décompte du nombre de prisonniers.

Une des raisons repose sur le fait que très peu de combattants de l’organisation État Islamique sont faits prisonniers. Leur pratique est plutôt de porter des ceintures explosives pour perpétrer des attaques suicides plutôt que de rester vivants et être arrêtés. La plupart de ceux qui sont captures sont rapidement exécutés sur le champ de bataille.
 
La réaction de Washington : les responsables doivent rendre des comptes

Ces rapports sont inquiétants pour les États-Unis, qui ont entraîné et armé l’armée Irakienne depuis une décennie. De surcroît, l’armée Irakienne est un élément clé de la stratégie développé par les Américains pour combattre l’organisation État Islamique.

Cependant, ce n’est pas la première fois que des photos et des vidéos potentiellement dommageables pour l’armée Irakienne émergent sur les réseaux sociaux, diffusant ces allégations de crimes de guerre. En 2015, les États-Unis ont lance des enquêtes pour vérifier ces allégations et ont coupé leur aide aux unités suspectées de tels actes.

Dans un
communiqué adressé en réponse à la chaine américaine ABC News, à propos de présomptions de violations des droits de l’homme par l’armée irakienne, le gouvernement américain a affirmé :

“Comme les forces de sécurité irakiennes, et leurs alliés les milices shiites regagnent du terrain, leurs agissements doivent être au dessus de tous soupçons, ou elles risquent d’être perçues par les populations aussi négativement que le sont les combattants de l’organisation État Islamique. Si ces allégations sont confirmées, les responsables doivent rendre des comptes."

Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste