CONGO BRAZZAVILLE

Les quartiers sud vidés, un climat de peur règne sur Brazzaville

Près de 800 personnes ont trouvé refuge dans la cour de l'Église de Moungali. Photo envoyée par un Observateur.
Près de 800 personnes ont trouvé refuge dans la cour de l'Église de Moungali. Photo envoyée par un Observateur.

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Après les échanges de tirs de lundi à Brazzaville, des milliers d’habitants du sud de la ville ont fui leurs quartiers dans la précipitation et la confusion. Si certains ont été hébergés chez des proches, des centaines d’autres ont passé deux nuits à dormir à la belle étoile devant des églises. Et même si le gouvernement assure que la situation est maîtrisée, un climat de psychose s’est installé. Beaucoup d’habitants hésitent à rentrer.

Les affrontements qui ont opposé forces de sécurité et hommes armés dans la nuit de dimanche à lundi dans les quartiers sud de Brazzaville ont fait au moins 17 morts et une cinquantaine d’hommes armés ont été arrêtés.

Les circonstances des affrontements restent encore très confuses. Le gouvernement accuse les milices "Ninjas", mais le pasteur Ntumi, chef de ces miliciens, a démenti toute implication.

Des habitants des quartiers sud sont venus trouver un refuge dans une Église. Photo envoyée par un Observateur.

Plusieurs personnes campent encore dans l'Église de Moungali mercredi 6 avril. Photo envoyée par un Observateur.

"S’il y a de nouveaux affrontements, je partirai à Pointe Noire"

Pascal habite dans le quartier Makélékélé, qu’il a fui lundi.

Je suis parti avec mes enfants et ma femme lundi matin, juste après avoir entendu les coups de feu.

Après les affrontements, nous avions l’impression de ne plus y être en sécurité et sommes partis sans nous poser de question. Je suis allé chez mon oncle qui habite dans le centre-ville mais il n’a pas pu nous accueillir, il y avait déjà neuf personnes de la famille qui étaient arrivées chez lui ! Je travaille dans le centre-ville, alors j’ai appelé mon patron qui nous a accueilli dans son salon. Nous avons passé deux jours chez lui.

Ce matin je suis allé vérifier si tout allait bien dans le Sud. J’ai discuté avec une voisine qui m’a dit que la situation s’était calmée. Pourtant, le quartier est assez désert. Le marché était un peu animé mais beaucoup de boutiques étaient encore fermées et beaucoup de voisins n’étaient pas revenus. Je vais attendre encore un peu avant de rentrer, c’est encore trop incertain. Et pour le moment, il n’y a pas de grosse vague de départ.

Les Ninjas viennent du sud de la capitale, si ce sont eux qui ont attaqué, ils pourront recommencer à tout moment.

Si de nouveaux affrontements ont lieu, je pense que je partirai dans une autre ville comme Pointe Noire, parce qu’il y a trop de tensions à Brazzaville depuis les élections.

Pour Émile également, pas question de retourner dans le sud de la capitale.

J’habite dans le quartier de Bacongo. Lundi, ma femme et moi avons vu des gens défiler les uns derrière les autres avec leurs affaires sur la tête toute la matinée. Nous nous sommes dit que si tout le monde partait, il fallait partir aussi.

Les commissariats incendiés, les coups de feu… Cela m’a fait penser au début d’une nouvelle guerre civile, comme dans les années 90 [NDLR : la milice "Ninja" s'était affrontée aux "Cobras" de Denis Sassou-Nguesso pendant les guerres civiles du Congo dans les années 1990. Les combats avaient dévasté la capitale du pays et déplacé des milliers de personnes, parties notament à Kinshasa.]

Camp improvisé devant l'armée du Salut de Mougali. Photo envoyée par un Observateur.

Il paraît que le nord est plus calme alors nous nous y sommes rendus à pied, sans savoir où aller exactement. Nous avons suivi une centaine de personnes qui partaient se réfugier à l’armée du Salut de Mougali. Nous y dormons maintenant à la belle étoile. Tout était très confus et on a presque rien pris avec nous. Heureusement, les habitants du quartier sont très solidaires et nous apportent de l’eau et de la nourriture.

Mes enfants ne vont pas à l’école depuis lundi et ma femme et moi avons laissé de côté notre travail pour le moment, mais nous nous sentons en sécurité au nord de la ville.

Selon notre Observateur Guy, le camp improvisé dans la cour de l’Église de Moungali, qui a accueilli près de 800 familles selon la presse locale, se vide depuis mercredi après-midi.

Maintenant le gouvernement explique que la situation est plus calme et, pour inciter les gens à rentrer, des bus ont été mis en place pour ramener les habitants au sud de la ville.

Le calme reste précaire. Mardi 5 avril, deux localités proches de la capitale, dont notament le village de Soumouna au sud de la capitale, considérées comme les quartiers généraux du Paster Ntumi ont été frappés par des tirs d'hélicoptères de combat.