Les agressions homophobes se multiplient au Maroc. Cette scène de torture d’un couple homosexuel a été filmée. Elle fait réagir les réseaux sociaux pour sa violence, mais aussi pour la réaction, ensuite, des autorités.

ATTENTION CES IMAGES SONT CHOQUANTES

Prise par l'un des quatre agresseurs, la vidéo amateur montre deux hommes nus et ensanglantés se faire brutaliser et humilier dans leur domicile à Béni Mellal, une ville au centre du Maroc. Les images ont été tournées début mars, mais la vidéo n’a fait son apparition sur le web qu’en fin de mois.

Capture d'écran.

Les deux jeunes hommes, assis dans un lit, sont roués de coups et insultés. Ils essayent de se rhabiller, mais leurs bourreaux les en empêchent, continuant de les brutaliser. La vidéo s’achève après que les deux victimes aient été jetées nues sur la voie publique.

Les quatre agresseurs ont été arrêtés, mais aussi les deux victimes. La première a déjà été condamnée à quatre mois de prison ferme et une amende de 500 dirhams marocains (environ 45 euros) pour "homosexualité", en vertu de l’article 489 du code pénal marocain ; ainsi que pour "coups et blessures", la légitime défense n’ayant pas été prise en compte. La deuxième victime sera jugée le 4 avril prochain.

Capture d'écran.

Dans un communiqué, l’ONG locale Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) a exigé la libération des victimes et l'abrogation de l'article 489 du code pénal marocain, qui criminalise les relations entre personnes de même sexe.


Ibtissam Betty Lachgar, activiste et co-fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) au Maroc.

"L'homophobie est un crime, pas l'homosexualité ! Mais l'homophobie d'État existe ; l'État cautionne, voire légitime les actes homophobes. La victime devient coupable de 'perversion', l'agresseur, lui, n'est poursuivi que pour coups et blessures et non pour des violences liées à de la discrimination".

Abdellah Taïa, écrivain marocain exilé en France,a également exprimé son indignation sur Facebook :

"Les homosexuel(le)s marocains sont de plus en plus en danger. Non seulement ils sont criminalisés et abandonnés par le pouvoir, mais ils sont à présent régulièrement lynchés par les foules haineuses et ignorantes. Qui va les sauver ? Qui va les protéger ?"

Dans un rapport, Human Rights Watch a également demandé l'abolition de l'article 489, qui empêche les victimes d'actes homophobes de déposer plainte auprès de la police.

Article écrit en collaboration avec Radoslav Minchev, collaborateur pour l'European Broadcasting Union (EBU).