Venezuela

Des chats mais pas de médicaments : les internes vénézuéliens dévoilent leurs conditions de travail

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Les étudiants de l’Hôpital Universitaire de Caracas, la capitale du Venezuela, ont publié sur les réseaux sociaux une série de photos pour dénoncer la pénurie de médicaments et le manque de matériel sur leur lieu de travail. Notre Observatrice dénonce une "crise humanitaire".

Plusieurs photos relayées sur les réseaux sociaux accompagnées des hastags #crisisHumanitaria ou #maduroaceptalo ["Maduro, il faut que tu acceptes ça" ] font état de la crise qui sévit à l’hôpital Universitaire de Caracas au Venezuela.

On y voit des étudiants en médecine poser à côté de leurs patients ou dans une salle de l’hôpital avec une pancarte où l’on peut lire de courts messages comme "Mon patient est mort parce qu’aucun bloc opératoire n’était disponible "ou "il n’y a plus d’antibiotique".

"Patiente : Janeth, 31 ans. Il n'y a pas d'antibiotique pour soigner son infection."

"Dans notre hôpital, on trouve des animaux dans toutes les salles d'hospitalisation."

"Mon patient est décédé parce qu' aucune salle d'opération n'était disponible."

D'autres photos montrent le délabremment des locaux :

Photo de l'intérieur de l'hôpital envoyée par un étudiant en médecine.

Photo de l'intérieur de l'hôpital envoyée par un étudiant en médecine.

Ana María Marcano est étudiante en cinquième année de médecine, elle est interne à l'Hôpital Universitaire de Caracas depuis deux ans. Elle a lancé la campagne avec ses camarades de promotion.

"Ici, s'ils veulent être soignés, les patients doivent tout acheter eux-mêmes"

Depuis que je le connais, ce centre de santé n'a jamais été en très bon état, mais depuis deux ans j'ai vu la situation se détériorer considérablement.

Ici, s'ils veulent être soignés, les patients doivent tout acheter eux-mêmes : leurs médicaments, leurs seringues, leur blouse stérile pour se faire opérer et même les draps pour mettre sur le lit d'hôpital. Cela revient assez cher et tout le monde n'en a pas les moyens.

Et depuis quelques mois, le problème s'est aggravé : les médicaments et le matériel médical sont de plus en plus difficiles à trouver. Beaucoup de pharmacies sont en rupture de stock, notamment en ce qui concerne les antibiotiques. Mais pas que... Récement, nous avons du faire face à une pénurie de paracétamol !

À l'intérieur de l'hôpital, tout tombe en ruine, la plupart des portes sont cassées, les toilettes sont quasiment toutes hors d'usage et les lits n'ont pas été changés depuis des années... Sur huit ascenseurs, seuls trois fonctionnent, imaginez donc la galère quand vous devez courir d'un service à un autre avec un patient.

Il y a également des chiens et des chats errants qui entrent dans les locaux et qui se baladent partout dans les couloirs et dans les salles d'opération. Niveau hygiène c'est zéro, mais on a pas le temps de les mettre dehors.

Ces conditions de travail ont poussé beaucoup de médecins et d'infirmiers à partir exercer ailleurs : dans les cliniques privées qui disposent d'un peu plus de moyens ou à l'étranger. Personne ne travaille ici par plaisir ou par confort, il faut avoir une vocation plus forte que tout pour ne pas être tenté de partir.

Ce pays d'Amérique du Sud, producteur de pétrole, est plongé dans une crise sans précédent en raison de la chute des cours du brut. Le pays a enregistré en 2015 une inflation de 180 %, une des plus élevées au monde, et un recul du PIB de 5,7 %, pour la deuxième année consécutive.