Des dizaines de migrants ont été blessés, vendredi, dans une attaque menée par des habitants de Béchar, à environ 1 000 kilomètres au sud d’Alger. Notre Observateur sur place s’étonne de la passivité des policiers présents sur place au moment des incidents.

Vendredi 25 mars, en fin de matinée, quelques dizaines d’habitants ont attaqué à coups de pierre un centre commercial abandonné de Béchar où logeaient des migrants. Ils accusaient un des résidents du squat d’avoir tenté de violer une fillette. Aucune source sécuritaire n’a pourtant rapporté un tel crime et, d’après une journaliste locale qui suit l’affaire, aucune plainte pour tentative de viol n’a été déposée dans les commissariats de la ville.

De nombreux migrants venus d’Afrique subsaharienne sont installés dans cette ville depuis plusieurs mois, notamment des Maliens, des Gabonais, des Sénégalais et des Camerounais. L’attaque a duré plusieurs heures, avant que ces migrants soient évacués vers d’autres villes (Oran, Adrar et Tamanrasset, dans le Sud algérien).

Regarder cmm l'homme arabe est méchant

Posted by Vidal Ekwe on Friday, March 25, 2016
Ces images ont été fimées par un migrant camerounais pendant les échauffourées. On y entend des tirs, et on voit des hommes lancer des pierres sur des migrants. Ces derniers répliquent à leur tour en lançant des pierres.



"La police était sur place, mais pendant plusieurs heures, elle n’est pas intervenue"

Fofana (pseudonyme) vivait depuis plusieurs mois avec sa femme dans le centre commercial désaffecté de Bechar.

Cela a commencé vers 14 h. Plus d’une centaine d’habitants sont arrivés au centre commercial où nous vivons et ont commencé à nous jeter des pierres et des objets enflammés. La police était sur place, mais pendant plusieurs heures, elle n’est pas intervenue.

Posted by Vidal Ekwe on Friday, March 25, 2016
Un autre migrant filme, apeuré : "Regardez comme ils sont nombreux, et la police n’intervient pas".

Vers 21 h, les forces de l’ordre ont finalement tenté d’évacuer les femmes et les enfants. Ils ont négocié avec les assaillants, mais ces derniers ont refusé, continuant même à nous attaquer. Nous avons alors répliqué et jeté à notre tour des pierres sur les habitants.

En réaction la police a fait usage de gaz lacrymogène contre nous. Vers 3 h du matin, les forces de l’ordre nous ont finalement évacués vers l’hôpital.

C grave ici entre les arabes et les noirs

Posted by Vidal Ekwe on Friday, March 25, 2016

Là, des bus nous attendaient pour nous transporter à Tamanrasset. J’ai personnellement refusé car c’est une ville (proche de la frontière malienne) dangereuse. Samedi matin j’ai donc acheté des billets et j’ai pris un bus avec ma femme et des amis pour Oran.

Tout au long des affrontements, nous étions retranchés au premier étage du centre commercial, car les projectiles pleuvaient au rez-de-chaussée. Quand nous sommes descendus au moment de l’évacuation, nos affaires avaient disparu. Elles ont été volées.


Photos prises samedi matin et envoyées par des migrants. On y voit certaines personnes blessées, d'autres visiblement apeurées. Des chambres ont été incendiées.
Contacté par France 24, Khlelil Abdoulmoumène, secrétaire général de Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), se dit consterné par ces attaques :

Ce genre d’agissement est inacceptable. Même s’il avait eu une agression contre une fillette par un migrant, rien ne justifie cette attaque.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que des Africains subsahariens sont victimes d’expéditions punitives. Il y a à peine deux semaines, des habitants de Ouergla (Sud algérien) ont attaqué des migrants qui travaillaient dans des chantiers de construction, car ils venaient d’apprendre qu’un Nigérien avait poignardé un Algérien. Après une journée d’affrontements, les autorités ont forcé les migrants à quitter la ville.

Il y a malheureusement une montée d'actes racistes en Algérie envers la population d’Afrique subsaharienne.

La LADDH réclame l’ouverture d’une enquête "sérieuse" et "impartiale" pour retrouver les auteurs de l’attaque de Béchar.