PAS 2 QUARTIER – ILE DE FRANCE

La #contrenqueteWS pour dénoncer les "raccourcis" sur les quartiers

Widad et Sihame pendant leur première enquête sur une ligne de bus.
Widad et Sihame pendant leur première enquête sur une ligne de bus.

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W pour Widad, S pour Sihame. Ces deux blogueuses ont décidé de se rendre dans les quartiers nord de Paris et en Seine-Saint-Denis après avoir vu passer des tweets sur les banlieues ou l’Islam qu’elles ont jugés être plus proches du cliché que de la réalité. Une contre enquête diffusée en live via Périscope et qui se donne pour vocation de ramener le terrain au centre du débat. 

 

Ce sont deux tweets diffusés par le compte du nouveau mouvement Printemps Républicain qui ont poussé les deux blogueuses à la curiosité. Ce mouvement citoyen rassemble plusieurs personnalités, essentiellement de gauche, et s’est donné pour objectif de défendre une république laïque face notamment à "l'extrême droite et à l’islamisme politique". Plus de 7 000 personnes ont signé le manifeste publié dans Causeur et Marianne et cinq cent personnes ont participé le 20 mars à son premier rassemblement à Paris parmis lesquelles des personnalités politiques, des intellectuels ou encore des artistes. Les interventions de personnalités et de membres de la société civile étaient tweetées en live sur le compte officiel @printempsrepub.

 

"L’idée ce n’est pas de partir en ayant en tête que tout est faux"

 

C’est Sihame qui suivait l’évènement et qui m’a fait remarquer notamment deux citations qu’on a toutes les deux jugées raccourcies. La première expliquait qu’en banlieue on n’a plus le droit de dire "J’aime la France". [voir ci-dessous, la citation est issue de l'intervention de Nadia Remadna, habitante de Sevran et fondatrice de la Brigade des Mères.]

 

 

La seconde était celle d’un machiniste de la RATP qui affirmait qu’au nord de Paris on ne pouvait pas "rentrer sur une ligne de bus si on n’était pas barbu. "

 

 

Quelques heures plus tard, le même compte Twitter a précisé, devant le début de polémique, qu’ils parlaient évidemment des chauffeurs et pas des passagers. Mais on avait du mal à imaginer qu’une telle chose se passe sur une ligne de la RATP. On a donc décidé d’aller passer une journée sur ces lignes du nord de Paris pour poser la question aux intéressés et on a retransmis nos interviews en live sur Périscope. On a parlé avec de nombreux chauffeurs et on a pu constater qu’il y en avait davantage sans barbe qu’avec des barbes... La plupart ont accueilli nos questions avec humour, tout en expliquant que ce tweet ne correspondait pas à leur réalité. Puis, dans un second temps, certains ont questionné l’intérêt de ce genre d’affirmation à un moment où la question du vivre ensemble est déjà sensible. Un autre chauffeur a ajouté que les collègues sont affectés selon des règles précises et non pas comme ils le souhaitent.

 

href="https://twitter.com/hashtag/ContreEnqu%C3%AAteWS?src=hash">#ContreEnquêteWS barbe ou pas les chauffeurs sont surtout très sympas pic.twitter.com/EdkCx2DrXX

— Widad.K (@widadk) 21 mars 2016
Les vidéos de  #contreenquêteWS sont extraites des live diffusées sur Periscope, qui sont effacés au bout de quelques heures.

 

 

Le machiniste de la RATP a par la suite fait savoir [sur la page Facebook du mouvement Printemps Républicain] qu’il avait manqué de précision dans ses propos et qu’il évoquait un principe de "cooptation". Il ne s’agissait donc plus d’une interdiction d’entrée sur la ligne aux non barbus comme le laissait penser le tweet [dans le communiqué, le chauffeur parle de "machinistes qui sont des musulmans 'durs'" et non de barbus]. Et il ajoute que ses propos ont été déformés par le livetweet.

 

Au delà du débat sur la laïcité soulevé par ces affirmations, j’ai la sensation qu’un imaginaire s’est créé autour du musulman terroriste. On sait qu’un des assaillants du 13-Novembre avait été chauffeur de bus. Et la barbe est présentée comme un des principaux signes de radicalisation. Mais le terroriste du 13-Novembre qui a travaillé à la RATP ne portait pas la barbe et les autres assaillants non plus d’ailleurs. Ils n’étaient pas davantage en djellaba… Pourtant, c’est bien de cet imaginaire que provient le raccourci de ce tweet et c’est à ça que je veux opposer des reflexes de "factchecking".

 

"L'un d'entre eux a crié bien fort : 'J’aime la France !'"

En réaction au premier tweet sur "J’aime la France", on a soupçonné là encore la caricature. On s’est donc rendu en Seine-Saint-Denis pour interroger les jeunes dans la rue mais aussi à la sortie du lycée Paul Éluard pour poser la question. Personne n’est allé dans le sens de ce qui a été tweeté, au contraire. On en a même trouvé un qui a crié bien fort "J’aime la France !" pour nous prouver que ce n’était pas un problème. Et ce qui nous a marqué, à l’inverse, ce sont les questionnements que ça a soulevé au fil des conversations. Certains ont posé la question de savoir si ce n’était pas plutôt la France qui ne les aimait pas. Et on a fini par parler contrôle au faciès, chômage, inégalités scolaires…

 

L’idée ce n’est pas de partir en ayant en tête que tout est faux. Quand on prévoit par exemple d’aller à Sevran, [la contre-enquête sur Sevran à retrouver ici] une ville présentée dans les médias comme le nouveau Molenbeeck, bien sûr qu’on se dit qu’on va peut-être constater des choses. Mais de là à ce que certains disent que leurs voisins auraient pu être les terroristes…[référence à un article du Parisien en ligne] , il faut rester rigoureux. Les clichés existent, un certain contexte fait que l’on peut voir la réalité de façon déformée. Mais ce qui me dérange le plus c’est que des responsables politiques s’emparent de ces représentations pour en faire une "réalité". De la même manière, les tweets évoqués ont distillé des idées fausses. Je considère que c’est malhonnête.

Face aux polémiques soulevées par certains tweets citant des intervenants, le fondateur du Printemps républicain, Laurent Bouvet, a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un "lieu de débat et de pluralisme". Il s’est toutefois désolidarisé de certaines prises de position. Le mouvement s’est par ailleurs montré indigné de ce qu’il qualifie de "manipulations de certains propos sur Twitter" et invite à regarder sur sa page Facebook les vidéos des intervenants de la réunion.