BELGIQUE

Covoiturage, distribution de nourriture : après les attentats, les Belges solidaires

Selfie postée par Dennis Content, un jeune Belge qui a ramené de Bruxelles à Anvers quatre personnes sans moyen de transport après les attentats.
Selfie postée par Dennis Content, un jeune Belge qui a ramené de Bruxelles à Anvers quatre personnes sans moyen de transport après les attentats.

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Les deux attentats perpétrés mardi matin à l’aéroport de Zaventem, à Bruxelles et dans une station de métro de la capitale belge ont paralysé la ville pendant une bonne partie de la journée : les transports en commun ont été suspendus, des institutions et beaucoup de magasins ont fermé. Une situation qui a déclenché un véritable élan de solidarité dans la capitale belge.

Covoiturage, aide logistique et même distribution de nourriture : les Belges se sont mobilisés mardi après les attentats de Bruxelles pour aider leurs compatriotes et les touristes bloqués à la suite des attentats. Sur Facebook, Thomas Rochet, un employé de l’Université de Bruxelles, a lancé en fin de matinée le groupe "Solidarité attentats – Transports dans et hors de Bxl".  "Avec mes amis on se demandait comment se rendre utiles. Certains sont allés donner leur sang, moi j’ai pensé qu’il pourrait être pratique de créer un groupe Facebook pour mettre en lien ceux qui avaient besoin d’aide et ceux qui pouvaient les aider. J’y ai invité tous mes amis, puis par bouche à oreille, le groupe a grossi, et beaucoup de gens ont pu rendre service à d’autres" explique le fondateur. Le groupe comptait mercredi après-midi plus de 3 500 membres. C’est grâce à cette initiative qu’Ainhoa Pardo Elordi, qui travaille au Parlement européen, a trouvé un moyen de rentrer chez elle.

"Même dans les situations catastrophiques, il y a des personnes disponibles pour aider"

Je travaille à Bruxelles, mais je vis à 70 km de là, à Zele. Et hier, je n’avais aucun moyen de rentrer chez moi par les transports en commun que je prends d’habitude. J’ai donc cherché des solutions et je suis tombée sur le groupe Facebook : j’ai posté un message et très vite, une personne m’a contactée et m’a déposée hors de Bruxelles. Mon copain est ensuite venu me chercher. C’est vraiment bien de voir que même dans les situations catastrophiques, il y a des personnes disponibles pour aider.

Sur Twitter, des hashtag se sont rapidement diffusés, via lesquels des utilisateurs indiquaient leur disponibilité pour aider ceux qui en avaient besoin à se déplacer, et même les accueillir chez eux le temps nécessaire. En flamand, c’est sous le mot clé #IkWilHelpen ("Je veux aider ") que l’offre a été relayée, en français, c’est #PorteOuverte (déjà utilisé par les Parisiens lors des attentats du 13 novembre), et en anglais #OpenHouse qui ont été utilisés. Dennis Covent, qui vit et travaille à Anvers, a ainsi posté son offre sur Twitter, laquelle a eu un succès considérable.

"Ça m’a fait me sentir bien d’aider d’autres gens"

Hier, j’avais deux réunions à Bruxelles, et sur la route, j’ai entendu ce qu’il se passait. Une fois chez mon client, j’ai regardé Twitter et découvert les terribles images mais aussi le hashtag "Ik wil helpen ". Sans vraiment réfléchir, je l’ai utilisé en précisant où je me trouverai à 15 heures, avant de repartir à Anvers.

A 14 heures, dix personnes m’avaient déjà contacté pour que je les ramène. J’ai pu prendre les quatre premières. C’était les quatre premiers ils ont eu de la chance. Deux étaient des collègues, les deux autres ne se connaissaient pas. Nous avons parlé des attentats, de connaissances à nous qui l’avaient échappé belle. Nous venions tous d’horizons très différents et nous avons pourtant passé un super moment ensemble, et c’était vraiment bien après cette journée affreuse. Ça m’a fait me sentir bien d’aider d’autres gens.

A l’aéroport de Zaventem, où une double explosion a fait au moins 13 morts, tous les vols ont été suspendus dès 8h15. Conséquence, beaucoup de passagers, ainsi que des personnes qui transitaient en transport en commun par l’aéroport, ont été évacués sans moyen de repartir, tous les transports ayant été arrêtés. Ce qui a incité des chauffeurs de taxi à proposer leur aide, comme Tarek Chady.

"Je suis musulman, j’ai eu envie de montrer que l’islam ce n’est pas ce que prétendent en faire les terroristes"

J’ai déposé des gens à l’aéroport juste après l’attentat. À l’extérieur, des gens pleuraient, d’autres étaient en panique, et nous avons décidé avec d’autres chauffeurs de faire des trajets gratuitement. J’ai ainsi amené des gens au centre-ville, d’autres à leur hôtel, d’autres chez eux. Ils étaient trop contents et nous aussi, de pouvoir montrer notre solidarité. C’est d’autant plus important pour moi que je suis musulman, je vis à Molenbeek [le quartier de Bruxelles dont sont issus beaucoup des suspects des attentats de Bruxelles et de Paris le 13 Novembre], et j’ai envie de montrer qu’évidemment l’islam ce n’est pas ce que prétendent en faire les terroristes, et que je ne suis vraiment pas fier que des gens comme ça commettent ces actes au nom de ma religion.

Enfin, dans Bruxelles même, quelques commerçants ont tenu à laisser leur magasin ouvert et en ont profité pour aider comme ils pouvaient, à l’instar d’Alexander Selim-Khan, qui tient une enseigne de cigarettes électroniques et de narguilé.

"Si j’avais été dans cette situation, j’aurais apprécié qu’on m’aide, ça me paraissait normal"

Pour moi la vie doit suivre son cours donc j’ai tenu à garder ma boutique ouverte toute la journée, même si beaucoup d’autres avaient fermé, afin d’aider qui je pouvais. Si j’avais été dans cette situation, j’aurais apprécié qu’on m’aide, ça me paraissait donc normal. J’ai acheté un peu de nourriture et des boissons, et je les ai données aux personnes qui passaient. On repérait bien ceux qui étaient dans le besoin, notamment ceux qui revenaient de l’aéroport, ils avaient des bagages, beaucoup étaient manifestement choqués. J’ai aidé des touristes à trouver un hôtel, en ai dirigés vers les hôtels qui offraient des chambres pour la nuit, en faisant jouer quelques uns de mes contacts. Et j’ai pris des gens en voiture pour les déposer là où ça les arrangeait dans Bruxelles.