CHILI

Des détenus victimes de sévices sexuels dans une prison chilienne

Capture d'écran de la vidéo qui a commencé à circuler via WhatsApp, début mars.
Capture d'écran de la vidéo qui a commencé à circuler via WhatsApp, début mars.

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Tournée dans un pénitencier chilien, une vidéo montrant deux hommes contraints de se livrer à des pratiques sexuelles circule sur les réseaux sociaux depuis début mars. C’est ainsi que des détenus auraient cherché à punir ces deux hommes, mis en examen pour viol. C’est la première fois qu’une telle vidéo est diffusée, bien que ces dérives soient connues depuis longtemps.

La vidéo a été tournée dans un centre de détention préventive - un établissement destiné aux personnes emprisonnées dans l’attente d’un jugement - à Puerto Aysén, une ville dans le sud du Chili. On aperçoit deux hommes nus dans la pénombre, obligés de commettre des actes de nature sexuelle. De la musique résonne, ainsi que les voix d’autres prisonniers qui semblent s’amuser.

Les deux détenus ont porté plainte auprès du personnel de la prison au lendemain des faits. Une enquête a été ouverte en son sein, ainsi qu’au niveau du parquet.

Pour protéger l'identité de ces détenus, nous avons choisi de ne publier que des captures d'écran de la vidéo.

Capture d'écran de la vidéo. À gauche, un détenu, dont on voit l'épaule de profil, est penché et obligé d'embrasser les fesses d'un autre prisonnier, dont on voit le coude au premier plan.

"Les détenus mis en examen ou condamnés pour des délits sexuels sont au plus bas de l’échelle sociale dans les prisons"

Galo Muñoz est le directeur de l’Observatoire social pénitentiaire, une ONG chilienne.

On savait qu’il existait ce genre de pratiques dans les prisons, mais c’est la première fois que de telles images circulent. C’est un prisonnier qui a filmé la scène, puis diffusé les images à travers WhatsApp. C’est comme ça qu’elles sont arrivées sur Internet.

Les détenus mis en examen ou condamnés pour viol sont régulièrement "punis" par les autres prisonniers. Le plus souvent, ils sont contraints de les servir, de leur laver leurs affaires... On dit que ce sont des "perkins" [un terme chilien désignant les personnes faisant tout ce qui leur est demandé, NDLR]. Mais parfois, ils sont également victimes d’agressions physiques et sexuelles.

En fait, dans les prisons chiliennes, il existe une culture ayant des codes et des valeurs spécifiques. Les détenus ont un statut social plus ou moins élevé - aux yeux des autres - en fonction de ce qu’ils ont commis. Par exemple, les voleurs sont plutôt bien vus. En revanche, ceux ayant été mis en examen ou condamnés pour des délits sexuels sont très mal perçus par les autres détenus, car ils estiment qu’ils ont vraiment fait du mal à quelqu’un. Ils sont au plus bas de l’échelle sociale dans les prisons.

"On essaie de séparer les délinquants sexuels des autres détenus pour éviter les agressions"

Du coup, comme les délinquants sexuels ont davantage de risques de se faire agresser par les autres détenus, on essaie généralement de les séparer des autres. Ils sont placés dans une cellule individuelle quand les infrastructures le permettent, c’est-à-dire rarement. Ou alors ils partagent une cellule avec un seul détenu, condamné pour le même type de délit ou alors peu dangereux a priori. Normalement, cela permet d’éviter les agressions comme celles que l’on voit dans la vidéo.

Par contre, quand des agressions sont commises, il arrive que les détenus n’osent pas les dénoncer, par peur des représailles...

Contacté par France 24, le directeur de la prison de Puerto Aysén, Mario Benítez, indique que ce n’est pas la première fois que des détenus mis en examen ou condamnés pour viol sont agressés dans le centre : "C’est la loi du talion. On leur fait subir ce qu’ils ont fait à d’autres, même s’ils n’ont pas encore été reconnus coupables lors d’un jugement." Il précise que la vidéo a été tournée dans une cellule où vivent une dizaine de personnes, puisqu’il n’existe aucune cellule individuelle dans cette prison comptant 73 détenus.

"L’enquête menée en interne a permis d’identifier quatre prisonniers comme étant les agresseurs, qui ont été sanctionnés : ils ne pourront recevoir ni visites ni colis durant un mois. Par ailleurs, l’enquête ouverte au niveau du parquet devrait permettre de savoir s’il y a eu des défaillances en terme de sécurité de notre côté. Il faut savoir que le personnel est moins nombreux la nuit... En attendant, les deux détenus ayant été agressés ont été transférés à la prison de Chile Chico [une localité à 200 km au sud-est de Puerto Aysén, NDLR]. C’est un centre où il y a une douzaine de détenus seulement, avec des cellules individuelles", ajoute-t-il.