TERRITOIRES PALESTINIENS

À vendre : animaux du zoo de Gaza… pour éviter qu’ils ne meurent de faim

Publicité

Depuis plusieurs mois, les animaux du parc zoologique de Gaza meurent à petit feu. En raison du blocus israélien qui dure depuis plusieurs années, et du conflit de 2014, l’économie est devenue moribonde et les habitants ne se permettent plus de dépenser leur argent dans des activités de loisirs. Le propriétaire du parc veut aujourd’hui vendre le peu d’animaux qui lui restent, avant qu’ils ne meurent de faim. Témoignage.

"Le tigre est à vendre 30 000 dollars, mais je suis aussi ouvert à toute ONG qui prendrait soin des animaux"

Mohammed Aweda est le propriétaire de ce parc situé à Khan Younès, au sud de Gaza.

Depuis la guerre de Gaza de 2014, plus de 200 animaux sont morts dans ce parc. J’ai notamment perdu un lion, une lionne, des crocodiles, des pélicans, des singes. Des espèces parfois rares ramenées d’Afrique et d’Amérique latine. J’avais fais passer ces animaux par les tunnels de contrebande situés à la frontière égyptienne.

Le propriétaire du zoo ne peut plus subvenir aux besoins de ce tigre ramené d'Australie en 2008.

Aujourd’hui, il ne me reste qu’une dizaine de bêtes que je suis en train d’essayer de vendre. Une autruche, une biche, un chimpanzé, un pélican et surtout un tigre, dont l’entretien est très coûteux. Je dois dépenser 60 dollars chaque jour, rien que pour nourrir ce tigre alors qu’en deux mois, je n’ai reçu qu’un seul visiteur !

 

D’ailleurs, il est très mal nourri. Ces six derniers jours, il n’a mangé que 8 kg de viande alors qu’il devrait en manger 25 par jour. J’aimerais le vendre pour essayer de récupérer, ne serait-ce qu’une petite partie du budget que j’ai investi dans ce parc, et qui s’élève à presque 1 million d’euro. Il est actuellement proposé à la vente à 30 000 dollars.

"Les gens n’ont plus de quoi payer leur ticket pour visiter le zoo"

Les gens n’ont plus de quoi se payer un ticket de 3 shekels environ (70 centimes d’euro) pour visiter le parc. Quand on l’a ouvert en 2007, les affaires marchaient pourtant très bien. À l’époque, nous étions treize membres de ma famille à gérer le zoo, et nous avions quatorze employés qui s’occupaient de l’entretien et de la nourriture des animaux. Les écoles organisaient régulièrement des excursions au zoo, les familles venaient nombreuses, il y avait de la musique, des activités…

 

هدا صاحبي بيمسي عليكم

Posted by ‎محمد ابو وسيم‎ on Friday, April 3, 2015
Mohamed Aweda s'amuse en compagnie de l'un des rares singes qui lui restent.

Lors de la guerre de Gaza de 2008, le parc a été touché par les bombardements de l’armée israélienne. Nous avons perdu une quarantaine d’animaux, mais nous étions parvenus à rouvrir le parc. Nous avions également rouvert depuis la guerre de 2012. Mais depuis l’offensive de 2014, les visites ont drastiquement baissé, et nous n’avons aujourd’hui plus d’employés.

J’ai embaumé plusieurs des animaux qui sont morts, afin de minimiser les pertes. J’ai embaumé un lion, une hyène, des chimpanzés, des crocodiles. Mais je ne maîtrise pas bien la technique, et je n’ai pas les bons produits pour le faire, et ces bêtes sont encore en train de se décomposer.

Des crocodiles, un  lion, un tigre, un porc-épic... Ces animaux morts après la guerre de Gaza de 2014 ont été embaumés pour être exposés au public.   

Pour sauver les animaux toujours vivants, je suis en train de les vendre. Mais je suis ouvert à toute ONG qui veut proposer son aide pour les nourrir et prendre soin d’eux.

La guerre de l'été 2014 entre Israël d'une part a fait près de 2 200 morts côté palestinien, très majoritairement des civils selon les ONG humanitaires, et 73 côté israélien, dont 67 soldats.

Toutes les photos nous ont été transmises par Mohamed Aweda.