Des jeunes posant à côté de jets privés, de piscines, à bord de bateaux de luxe ou encore sur des plages paradisiaques… En Russie, les enfants issus de familles riches n’hésitent pas à s’afficher sur Instagram, notamment sur le compte "Rich Russian Kids". Un comportement pouvant choquer – en raison de la crise économique actuelle que traverse le pays – mais qui n’étonne pourtant pas notre Observatrice.

Ce compte Instagram, qui rappelle notamment celui des "Rich Kids of Instagram" et des "Rich Kids of Teheran" entend montrer "la vie des jeunes intouchables vivant dans le luxe", selon son administrateur. Lancé en 2015, il compte déjà plus de 278 000 abonnés.

"La météo est tellement mauvaise à Moscou, donc notre avion a atterri aux Seychelles."

"Passer le week-end comme il faut." Ces jeunes posent à côté d'une Ferrari, sur la Côte d'Azur.

"Avec quelle carte laisser un pourboire ?"

"En Russie, les gens ayant de l’argent ont l’habitude d’exposer leur richesse"

Lina Dembikova est une Russe de 25 ans, issue d’une famille aisée et travaillant dans le business de la mode. Elle ne fait toutefois pas partie des jeunes que l'on peut voir sur le compte Instagram "Rich Russian Kids".

En Russie, les gens qui ont de l’argent ont toujours eu l’habitude de le montrer et de beaucoup dépenser. En revanche, ce qui est nouveau, c’est d’exposer sa richesse à la vue de tous sur les réseaux sociaux, donc ça attire plus l’attention. Avant, ce n’était pas possible puisqu’Instagram n’existait pas... Beaucoup de gens critiquent ces jeunes, mais dans le fond, certains sont sûrement jaloux, car ils aimeraient probablement avoir une vie aussi agréable.

"C'est tellement agréable de se réveiller là."

Il faut faire attention avec ces images, car n’importe qui peut se faire prendre en photo à côté d’une Porsche et la poster ensuite sur les réseaux sociaux… Bien-sûr, il existe des jeunes très, très riches en Russie, qui dépensent sans compter. À Moscou, il y en a peut-être une vingtaine… Mais il n’y a pas tant de riches que ça dans le pays. Actuellement, c’est la crise, donc il y a surtout énormément de pauvres. Même pour les riches, c’est plus compliqué qu’avant, en raison de l’évolution du taux de change qui n’est plus aussi favorable qu’avant.

"Leurs parents devraient leur dire de travailler, plutôt que de leur donner autant d’argent"

Même si je pense que ces jeunes ne sont pas forcément très intelligents ou moraux, je ne me permettrais pas de les juger pour autant. À mon avis, ils ne travaillent pas et n’étudient pas, et ont énormément de temps libre. C’est sûrement pour s’occuper qu’ils prennent ce genre de photos, qu’ils publient ensuite sur Instagram. En revanche, je pense que leurs parents devraient les forcer à travailler ou à étudier, au lieu de leur donner de l’argent sans compter. Ils devraient les éduquer et leur poser des limites, en leur disant que c’est en travaillant qu’on gagne de l’argent et qu’il faut l’économiser.

"Face à un tel paysage, la gueule de bois n'est pas un gros problème."

En ce qui me concerne, mon père est un businessman, mais j’ai commencé à travailler à 15 ans, car je voulais être indépendante vis-à-vis de ma famille. Ensuite, j’ai étudié à Londres pendant quatre ans, avec des camarades russes issus de familles très riches, mais ils n’avaient aucune ambition ! Quand ils sont rentrés à Moscou, à la fin des études, beaucoup ont continué à s’amuser, grâce à l’argent de leurs parents...


"Qui a dit que le lundi était un jour difficile ?"

Un tel étalage de richesses sur les réseaux sociaux peut surprendre, dans la mesure où l’économie russe est en berne depuis plus d’un an, sans compter que l’année 2016 s’annonce tout aussi critique. Chute du prix du pétrole, de la valeur du rouble, des salaires et des investissements : l’an dernier, le PIB a diminué de presque 4 % et plus de 21 millions de Russes vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

En Russie, les nouveaux riches ont fait leur apparition à la chute de l’Union Soviétique. Ils se sont généralement enrichis grâce aux privatisations du pétrole et du gaz russe réalisées à l’époque.

"On fête la dévaluation du rouble."

"Voyons voir s'il y a des choses intéressantes à vendre à Milan ?"



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone