Trois jeunes américains d’origine soudanaise ont été tués par balle à Fort Wayne, dans l'État de l'Indiana, la semaine dernière. Deux d’entre eux étaient musulmans, ce qui a entraîné de nombreuses rumeurs sur le caractère haineux du crime, bien qu’aucune preuve ne permette pour l’instant de l’affirmer. Selon notre Observateur, la multiplication des discours islamophobes et notamment ceux du candidat Donald Trump provoque une poussée des violences envers la communauté musulmane aux États-Unis.

L’exécution brutale de trois jeunes, Muhannad Adam Tairab, 17 ans, Adam Kamel Mekki, 20 ans et Mohamedtaha Omar, 23 ans, le 24 février à Fort Wayne, a suscité beaucoup d’émotion aux États-Unis et dans le monde.

Les trois jeunes se trouvaient dans une résidence de leur quartier, connue pour accueillir des soirées, quand ils ont été tués à l’arme à feu. Tous les trois étaient très appréciés par leur communauté et n’avaient pas de relation connue avec des membres de gangs. Une enquête a été ouverte mais, pour le moment, la police n’a pas trouvé de suspect, ni de mobile pouvant expliquer ce triple meurtre.

Une fois l’information relayée dans les médias, de nombreux messages de soutien aux victimes et à leur famille sont apparus sur les réseaux sociaux. Ils étaient souvent accompagnés des hashtags #ourthreeboys et #ourthreebrothers, inspirés du hashtag #ourthreewinners, utilisé après la mort de trois jeunes musulmans dans un crime motivé par la haine à Chapel Hill, il y tout juste un an.

Plusieurs blogueurs ont insisté sur le fait que deux des jeunes hommes étaient musulmans, noirs et issus de l’immigration. Pour la blogueuse Margari Aziza Hill, “être jeune, issu de l’immigration, noir et des classes populaires c’est être particulièrement vulnérable à la violence".

Tout au long du weekend, des veillées ont été organisées pour Tairab, Mekki et Omar à Fort Wayne, mais aussi à Washington et dans plusieurs villes du Minnesota. Le 2 mars, une commémoration organisée par le mouvement Black Lives Matter a également eu lieu à Londres.



"Il fallait que l’on fasse quelque chose, ces meurtres ont suscité beaucoup de peur dans notre communauté"

Gohar Salam est le porte-parole de la communauté musulmane à Fort Wayne et le directeur de la Fondation pour l’éducation universelle, une école musulmane.

Ni la police ni le FBI ne pensent que ces crimes sont motivés par la haine. Et les familles des victimes non plus. Beaucoup de gens ont fait des conclusions hâtives, ce qui a suscité beaucoup d’inquiétude dans la communauté. Il fallait y mettre un terme.

C’est pour cela que nous avons organisé une conférence de presse pour donner aux familles des victimes la possibilité de s’exprimer sur le sujet.

"Trump a surfé sur la vague anti-musulman et il ne s’arrête pas"

Je comprends pourquoi beaucoup ont tout de suite pensé qu’il s’agissait d’un crime de haine. Aux États-Unis en ce moment, les crimes islamophobes se multiplient…

L’avancée de l’organisation État Islamique en Syrie et ailleurs a créé un grand malaise chez les Américains non-musulmans. Et les candidats à l’élection présidentielle se sont emparés de cette peur. Le républicain Ben Carson avait fait scandale en expliquant que l’islam n'était pas compatible avec la Constitution des États-Unis. Peu de temps après, Donald Trump a surfé sur la vague anti-musulmane et il ne s’arrête pas.

Quand les non-musulmans aux États-Unis ont commencé à voir les personnalités politiques donner une voix à leurs peurs, certains ont senti qu’ils avaient le droit d’agir… Je pense que c’est l’une des explications de cette poussée des violences envers les musulmans.

La semaine dernière, la mosquée de la Société islamique, au nord du pays, qui a ses bureaux à Plainfield dans l’Indiana, a été vandalisée. Depuis, nous avons tous pris des mesures de sécurité, y compris dans mon école. Bien sûr, nous ne pouvons mettre sur le même plan le décès de ces trois garçons et un acte de vandalisme

La communauté musulmane à Fort Wayne est très diverse, mais je suis très content que nous nous soyons rassemblés tous ensemble. Nous essayons maintenant de collecter dix mille dollars pour les offrir en récompense à celui ou celle qui nous fournira des informations concernant ce triple meurtre.

Même si ces crimes ne sont pas motivés par de la haine raciale ou religieuse, un nombre disproportionné de meurtres de noirs américains ne sont jamais résolus. Pour beaucoup d’internautes, l’utilisation des hashtags #ourthreebrothers et #ourthreeboys est un moyen de faire pression sur la police de Fort Wayne et le FBI pour qu’ils poursuivent leur enquête.