Dans deux vidéos diffusées sur YouTube, des soldats se présentant comme des membres du régiment Azov, une unité paramilitaire ultranationaliste composée de volontaires ukrainiens, menacent les Néerlandais de représailles s’ils ne votent pas en faveur d’un rapprochement Ukraine-Europe lors d’un référendum prévu en avril. Des vidéos qui ont tous les attributs de l’intox.

La première vidéo a été publiée mi-janvier, l’autre début février. On y voit des hommes armés et en tenue militaire, se présentant comme de membres du régiment nationaliste ukrainien Azov, qui déclament : "Nous sommes chez vous, nous allons attaquer dans les transports publics". On les voit ensuite brûler un drapeau néerlandais, ou marcher dessus.

Ces hommes armés font référence à un référendum organisé aux Pays-Bas le 6 avril prochain et dont la question sera : "Êtes-vous pour ou contre l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine ?". Leurs menaces sont particulièrement sérieuses au regard de l’enjeu du scrutin, dont le résultat n’impliquera aucune obligation pour les autorités néerlandaises.


Plusieurs incohérences dans ces deux vidéos

Ces vidéos reprennent les codes des messages publiés habituellement par le régiment Azov (dont un exemple visible ici) : le même logo, le même générique de début et de fin, et des hommes posant face caméra, avec leurs armes, un drapeau étendu derrière eux. 

Toutefois, il existe dans ces deux vidéos certaines différences par rapports aux images habituellement postées par le régiment ukrainien. D’abord, l’ensemble des soldats sont cagoulés, alors que dans les vidéos officielles d’Azov, les combattants apparaissent le plus souvent à visage découvert. Ensuite, ces images ont été postées sur des comptes YouTube qui n’ont aucun historique de publication, ce qui laisse penser qu’ils ont été créés spécifiquement pour diffuser ces images polémiques.

Les deux comptes YouTube qui ont publié ces vidéos, à gauche celle du mois de janvier, à droite celle début février, n'ont qu'une seule vidéo publiée à leur actif.

Enfin, dans la légende d’une des deux vidéos, son auteur, qui utilise le pseudonyme "ПАТРІОТ" ("Patriote"), indique que la source originale de la vidéo est le compte YouTube officiel d'Azov. Mais l'URL affichée renvoie vers une vidéo indisponible. L’internaute semble laisser entendre que la vidéo a été supprimée par la chaine officielle d’Azov. Toutefois, le message d’erreur est celui d’un lien cassé, pas celui d’une vidéo supprimée par un utilisateur ("Cette vidéo n’est pas disponible" et non "L'utilisateur a supprimé cette vidéo").

L'internaute "Patriote", qui a publié une de ces vidéos, affirme qu'elle vient de la chaîne officielle du régiment Azov et publie un lien. Lorsqu'on clique sur ce lien, on tombe sur une vidéo "pas disponible", signifiant que le lien ne renvoie vers aucune vidéo.
 
Un responsable d’Azov a déclaré à StopFake.org, site d’étudiants en journalisme en Ukraine qui lutte contre la désinformation sur Internet, que son régiment n’avait rien à voir avec ces vidéos menaçantes. Pour se moquer, le service de communication d’Azov a même publié une vidéo montrant à quel point il était facile, en quelques minutes, de créer une fausse vidéo les imitant.

La branche média d'Azov a publié cette vidéo où ils montrent comment il est facile de créer une vidéo reprenant leurs codes en quelques minutes.

Qui a réalisé ces vidéos douteuses ?

Malgré le démenti officiel du régiment Azov, ces vidéos ont été relayées par des médias russes les présentant comme authentiques, par exemple Zvezda TV, le site de la télévision du ministère de la Défense russe, ou Russnext.ru. D'autres médias russes comme Politpuzzle.ru, ont quant à eux fait mention de ces vidéos expliquant qu'elles étaient fausses.

Un porte-parole du bataillon Azov a attribué ces vidéos à "la propagande russe". Pour autant, aucun élément ne permet d’identifier qui sont les internautes derrière ces vidéos menaçant les Pays-Bas, ni quelles sont leurs motivations.
Le bataillon Azov est régulièrement accusé d’incorporer des combattants sympathisants des thèses néo-nazies. En juin dernier, les députés américains ont voté un amendement interdisant pour cette raison toute aide militaire à ce bataillon. Le régiment a toujours nié ces accusations, expliquant qu’elles étaient des inventions de la propagande russe.

Article écrit en collaboration avec Radoslav Minchev, collaborateur pour l'European Broadcasting Union (EBU).
Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone

Ukraine /  Pays-Bas /  Intox