BURKINA FASO

Bavure et dérapages lors d'une chasse aux chiens errants à Ouagadougou

L'opération de police a débuté le 25 février dernier. Photos Noufou Kindo, avec l'aimable autorisation de Burkina 24.
L'opération de police a débuté le 25 février dernier. Photos Noufou Kindo, avec l'aimable autorisation de Burkina 24.

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Notre Observateur a eu la désagréable surprise de découvrir que son chien, pourtant vacciné, avait été abattu par la police dans les rues de Ouagadougou jeudi. Une bavure qui s’est produite durant une opération d’élimination des chiens errants particulièrement brutale.

Du 25 février au 14 mars, une unité spéciale de la police municipale de Ouagadougou mène la chasse aux chiens errants. Une opération engagée pour des raisons sanitaires et sécuritaires : selon le directeur général de la police de la capitale, Clement Ouongo, le risque de contracter la rage à cause d’une morsure de chien non vacciné et les accidents causés par leur présence sur la voie publique, justifient l’opération.

La police burkinabè n’y est pas allée de main morte : dans des images diffusées sur la télévision nationale, on y voit des policiers jeter sans ménagement les corps des chiens dans des camions bennes, après les avoir paralysés. En tout, 41 chiens ont été attrapés dans les rues, puis abattus.

Opération d'abattage de chiens à Ouaga

La police Municipale traque les chiens errant dans la ville de Ouagadougou. #Burkina

Posté par Bf1 TV sur vendredi 26 février 2016

L'opération a été filmée par plusieurs médias accompagnant la police. Dans les premières images du reportage de la chaine BF1, un chien se fait tirer dessus : il s'agit de l'animal de notre Observateur.

"La façon dont ils jetaient les animaux dans le camion, nous avons trouvé ça inhumain"

Jeudi dernier, notre Observateur Pierre Claver Compaoré, habitant du 7e arrondissement de Ouagadougou, a entendu des coups de feu devant chez lui.

On a d’abord cru que c’était une fusillade, on s’est tous carapaté dans nos maisons [Ouagadougou a été touchée par une attaque terroriste le 16 janvier dernier, NDLR]. Lorsqu’on a vu que ça se calmait, nous sommes sortis et un voisin nous a dit : "La police vient de tirer sur votre chien, et ils sont partis avec". J’ai cru que je rêvais. On a essayé de siffler pour appeler Bemcayôdo, notre chien, mais il n’est jamais venu. Le soir, en regardant sur Internet, on a découvert dans les premières images d’un reportage [à voir ci-dessus] comment notre chien a été neutralisé. La façon dont ils jetaient les animaux dans le camion, nous avons trouvé ça inhumain.

La famille Compaoré nous a fait parvenir des photos de leur chien, Bemcayôdo, attrapé par la police puis abattu. La famille a décidé de ne pas porter plainte, "ne voyant pas ce que ça changerait".

Notre chien avait été vacciné contre la rage il y a trois ans, il ne présentait aucun risque. Le problème c’est que beaucoup de Burkinabè ne vaccinent pas leurs animaux : d’abord car cela a un coût, même si la le prix du vaccin est peu élevé [environ 3 000 francs CFA, soit 4,50 euros], ensuite par méconnaissance des risques de transmission de la maladie à l’homme. Notre chien a payé pour ce type de comportement répandu.

La police a affirmé que les habitants avaient été informés de l’opération. Nous écoutons régulièrement la radio et lisons les journaux, et nous n’en avions pas entendu parler. On est en colère qu’ils aient mené cette opération tous azimuts, sans faire de vérification.

La police a affirmé avoir neutralisé 41 chiens au premier jour de l'opération. Photos Noufou Kindo, avec l'aimable autorisation de Burkina 24.

Une seule association de défense des animaux à Ouagadougou avec "peu d'influence"

La défense des animaux n’est pas un sujet de première importance dans le pays, hormis la préservation de certaines espèces sacrées comme les crocodiles du lac Bazoulé. Une seule association officielle de soutien à la cause animale existe à Ouagadougou depuis 2012, mais, contactée par France 24, sa présidente Juliette Ayinabom reconnaît qu’elle n’a "pas beaucoup d’activité et de poids dans la société burkinabè". D’ailleurs, "personne ne les a contactés pour dénoncer d’autres dérapages lors cette opération", explique t-elle.

Le chien est à la fois considéré comme un animal de compagnie, mais aussi, comme un produit de consommation vendu parfois sur les marchés du Burkina Faso. Sa viande est recherchée pour des rites ou des funérailles au Burkina, mais aussi au Ghana.