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CÔTE D'IVOIRE

Mort du détenu "Yacou le Chinois" : "Ça ne résoudra pas les dérives de la prison d’Abidjan"

La dépouille de "Yacou le Chinois", célèbre détenu de la prison d'Abidjan, a été tué samedi 20 février lors d'une fusillade dans l'enceinte carcérale.
La dépouille de "Yacou le Chinois", célèbre détenu de la prison d'Abidjan, a été tué samedi 20 février lors d'une fusillade dans l'enceinte carcérale.

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Le détenu le plus célèbre de Côte d’Ivoire, Yacouba Coulibaly, dit "Yacou le Chinois", a été tué, samedi 20 février, dans une fusillade au sein même de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca). Pour nos Observateurs, la mort de ce prisonnier, connu pour faire la pluie et le beau temps dans l’établissement, risque d’aggraver les troubles que connaît la prison depuis plusieurs années.

Il était le prisonnier le plus connu d’Abidjan. Yacouba Coulibaly, 45 ans, est mort samedi dans une fusillade dans la prison d’Abidjan, la Maca. Dans un communiqué, le ministère de la Défense ivoirien a expliqué qu’ "à la suite d’une opération de renforcement de la sécurité à l’intérieur de l’établissement, certains détenus ont opposé une farouche résistance" entraînant des affrontements armés. Dans cette mutinerie, au moins dix personnes sont mortes, dont un agent des autorités pénitentiaires, et 21 autres ont été blessées (dont treize détenus), selon le procureur général de la cour d’appel d’Abidjan. Il n’était pas possible ce lundi d’établir avec exactitude les origines de la mutinerie. Des photos du détenu mort circulent sur les réseaux sociaux ivoiriens. Sur certaines d'entre elles, il est entièrement deshabillé par des hommes en tenue militaire laissant voir ses parties génitales.

"Yacou le Chinois", le prisonnier qui distribuait des billets dans sa prison

Yacouba Coulibaly avait été condamné en 2010 pour vol aggravé, avant de s’évader et de disparaître. C’est en 2011, durant la crise post-électorale ivoirienne, qu’il réapparaît au sein des FRCI, les forces loyales à Alassane Ouattara, l’actuel président ivoirien. Il avait combattu contre les forces pro-Gbagbo. Les affrontements avaient abouti à l’issue de l’élection à l’arrestation de l’ex-président.

À l’issue de la crise, "Yacou le Chinois", un surnom dont il avait été affublé en raison de ses yeux bridés, avait mené des braquages et commis des agressions à répétition en 2011 et 2012 dans le quartier de Cocody à Abidjan. Arrêté en 2012, il avait été condamné pour assassinat à 20 ans de prison et incarcéré à la Maca. Depuis, il alimentait régulièrement les chroniques de la presse ivoirienne par ses frasques, certains gardiens de la prison le décrivant comme le "chef de la prison" pouvant aller et venir où bon lui semblait dans l’enceinte de l’établissement.

En décembre dernier, il avait fait parler de lui lors d’une journée "Prison propre et concert" organisée par une ONG. Yacouba Coulibaly s’était approprié l’événement, organisé le même jour que son anniversaire, et en avait profité pour distribuer des billets de banque à des artistes venus chanter pour l’occasion.

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LE CELEBRE PRISONNIER YACOU LE CHINOIS : IL DONNE DES BILLETS DE BANQUES A D'AUTRES PRISONNIERS

Posté par spotboxlive.com sur dimanche 20 décembre 2015

"Son influence permettait de maintenir l’ordre, mais a occasionné de nombreux abus"

Notre Observateur Willy Kouassi avait couvert cet événement organisé par l’ONG dans la Maca au mois de décembre.

Cela faisait plusieurs semaines que la situation se tendait dans la prison. Après l’épisode des billets distribués par 'Yacou le Chinois', le gouvernement avait limogé l’ancien régisseur de la prison, Koné Incléban, pour en nommer un nouveau, Amonkon Monsan. Ce dernier avait fait part de sa volonté de faire le ménage et de soigner l’image de l’établissement. Cela peut être une des raisons de la mutinerie. En 2013, un régisseur jugé trop laxiste avait été licencié, remplacé par un autre censé remettre de l’ordre, et cela avait débouché sur des mutineries, d’ailleurs menées par Yacouba Coulibaly.

Pour autant, je suis surpris d’apprendre sa mort. Malgré ses frasques, 'Yacou le Chinois' avait une forte influence sur l’ensemble des détenus, ce qui permettait depuis 2013 de maintenir l’ordre dans la prison, avec la complicité des gardiens. Mais cette influence a mené à de nombreux abus, et la mise en place de réseaux dont Yacouba Coulibaly était le principal bénéficiaire. De nombreux activistes dénonçaient cette situation, mais il n’y avait jamais eu de preuves de ces dysfonctionnements, jusqu’à ce que des journalistes en soient témoins en décembre dernier.

Indirectement, sa mort envoie un message aux autres prisonniers qui seraient désireux de régner en parrain sur une prison en Côte d’Ivoire, sans impunité, comme il le faisait. Mais elle peut aussi être difficile à gérer à court terme, car de nombreux  jeunes détenus s’identifiaient à lui, et ont perdu un repère qui les canalisait.

Yacouba Coulibaly, par son lien avec les ex-FRCI, était considéré par certains activistes et éditorialistes ivoiriens comme "les yeux et les oreilles "du régime Ouattara. Certains défenseurs des droits de l’Homme lui attribuent des cas de tortures ou d’assassinats ciblés de prisonniers politiques pro-Gbagbo, des allégations qui n’ont jamais été prouvées de sources indépendantes. Le 14 janvier dernier, des médias l’avaient accusé d’avoir tué un prisonnier, allégation qu’il avait niée dans un document audio publié sur les réseaux sociaux.

Depuis plusieurs mois, des ONG de défense des droits de l’Homme pressaient le gouvernement de transférer le détenu dans la prison de Bouaké dans le centre du pays, une décision qui aurait pu ajouter aux tensions.

"Yacou le Chinois" aimait utiliser les réseaux sociaux pour soigner sa communication. Le 24 décembre dernier, il avait posé avec des "pro-Gbagbo" dans la prison, alors qu'il est considéré comme un ancien soutien à Alassane Ouattara durant la crise ivoirienne.On peut le voir dans une série de photos et vidéos sur cette page YouTube, et ici au centre de l'image, en T-shirt noir.

"Une possible guerre de succession entre ses fidèles"

La mort de "Yacou le Chinois" change-t-elle la donne au sein de la Maca ? Seriba Koné, journaliste responsable des enquêtes pour le site "Lepointsur.com" qui a rencontré une fois le détenu, en doute.

Yacouba Coulibaly faisait en sorte d’avoir la faveur des gardes pénitentiaires et des prisonniers eux-mêmes, à tel point qu’il avait réussi à se faire livrer un écran plasma dans sa cellule. Il avait réussi à mettre en place un réseau de personnes de confiance au sein de la prison, qui lui a permis de faire rentrer non seulement de la drogue, mais aussi des armes, probablement à l’origine de l’affrontement qui lui a été fatal [ces informations ont été confirmées par le procureur général de la cour d’appel d’Abidjan dimanche soir à la télévision ivoirienne].

Cependant, sa mort ne règle rien aux problèmes de la Maca. Elle est surpeuplée : elle accueille environ 5 000 détenus pour un établissement de 1 500 places. Cela rend impossible le travail des gardes pénitentiaires et le maintien de l’ordre. Et 'Yacou le Chinois' n’était pas le seul à organiser ce réseau : il a non seulement des relais en dehors mais aussi dans la prison. Je crains que sa mort n’ouvre sur une possible guerre de succession entre ses fidèles.

Le parquet d’Abidjan a annoncé avoir ouvert une enquête pour déterminer les raisons exactes de l’affrontement et comment des armes ont pu se retrouver dans la Maca.

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