Un homme pourrait être condamné à trois mois de prison après avoir été filmé en train de torturer un chien, dans la province du Golestan, dans le nord de l’Iran. Dans un pays qui réprime régulièrement les possesseurs de chiens et traque les chiens errants, la situation est inédite et inspire les défenseurs des droits des animaux, qui réclament désormais une loi contre la maltraitance animale.

La vidéo des souffrances infligées au chien, publiée mi-février, a été massivement partagée et a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Elle est particulièrement choquante : on y voit l’homme frapper le chien à coups de bâton, puis le projeter violemment contre la paroi d’un pick-up, tandis que deux autres individus rient aux éclats. L’homme fait ensuite monter le chien à l’arrière du pick-up et le frappe à plusieurs reprises à coups de pelle. Le tollé suscité par la vidéo semble avoir poussé les autorités à agir : l’auteur des maltraitances a été rapidement arrêté et jugé.

Mais l’émotion s’est transformée en mouvement populaire : dimanche, des centaines d’Iraniens ont manifesté à Téhéran devant les locaux de l’institut de la protection de l’environnement pour demander qu’une loi réprimant les maltraitances envers les animaux soit votée.

Manifestation des défenseurs des droits des animaux à Téhéran.

Pourtant les autorités iraniennes ne sont pas connues pour être particulièrement sensibles à la cause des chiens : selon la loi islamique en vigueur dans le pays, l’animal est considéré comme "impur". Les propriétaires de chiens sont souvent harcelés par la police, écopent d’amendes et se font parfois confisquer leur animal. Quant aux chiens errants, ils font souvent l’objet de campagnes d’abattage massif.

 


"C’est un début de prise de conscience"

Notre Observatrice Reihaneh Travati vit à Téhéran, et suit de près la mobilisation suscitée par l’affaire.

C’est la première fois que la police iranienne arrête un homme pour avoir tabassé un animal, c’est vraiment surprenant. Il a été arrêté seulement 24 heures après la diffusion de la vidéo. La police a dit que l’homme était originaire du Golestan, dans le nord du pays. Elle a indiqué que l’animal maltraité était un chien errant et qu’il se portait désormais bien.

La police iranienne a diffusé cette photo montrant deux policiers avec le suspect arrêté.


Il y a une certaine ironie dans cette affaire : cela fait des années que les mairies procèdent à l’abattage des chiens errants. Ils sont parfois torturés plus violemment que dans cette vidéo qui fait scandale. En 2015, des chiens errants ont été abattus sauvagement, la vidéo avait déjà suscité une émotion mais pas aussi massive que ces derniers jours.

Depuis le début de cette affaire, les groupes de défense des animaux manifestent régulièrement devant le siège de l’institut de protection de l’environnement. Ils assurent avoir décidé de manifester deux fois par semaine jusqu’à ce qu’une loi interdisant la maltraitance animale soit adoptée. Ils réclament notamment l’arrêt des campagnes d’abattage des chiens et chats errants, la construction de refuges dans toutes les villes d’Iran pour accueillir ces animaux et l’arrestation immédiate de toute personne commettant un acte de barbarie contre un animal.

Ce qui a tout changé, c’est que les gens ont pu voir cette fois la cruauté de leurs propres yeux. Même si en général, les Iraniens n’apprécient pas spécialement les animaux, ils ont été nombreux à se mobiliser sur les réseaux sociaux et dans la rue. Je pense qu’il s’agit là d’un début de prise en conscience.