Des bébés qui pleurent dans leurs couveuses au milieu d’une pièce délabrée. La scène se déroule dans un hôpital pour enfants au nord-ouest de la Syrie, touché par un missile lundi 15 février. Le bombardement a fait au moins cinq morts, selon le directeur de l’établissement. Témoignage.

Construit par l’ONG Syria Charity (basée en France et gérée par des Syriens), l’hôpital est situé dans la ville d’Azaz, à quelques kilomètres seulement de la frontière turque. Il assurait depuis 2013 le suivi des grossesses, des accouchements et accueillait les enfants malades.

Les images qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux ont été tournées par une infirmière à l’aide d’un téléphone portable quelques instants seulement après le raid.

Les premiers instants qui ont suivi le bombardement sur notre Hôpital Mère-Enfant, filmé avec le téléphone d'un de nos infirmiers. Ni des terroristes, ni des combattants, de simples nouveaux-nés pleurant dans leur couveuse et des médecins se précipitant pour les évacuer. Partagez au maximum ! STOP aux #CrimeContreHumanitaire

Posted by Syria Charity on Monday, February 15, 2016

Selon des activistes locaux, l’hôpital a été bombardé par un missile de croisière supposé russe.


Le docteur Zakaria Mobarak, directeur de l’hôpital, raconte la scène de panique qui a suivi le bombardement.

La frappe est survenue à 8 h du matin. À ce moment-là, huit nouveau-nés se trouvaient dans des couveuses, comme le montrent les images. Neuf enfants âgés de plus de 10 ans y étaient aussi hospitalisés, tandis que 19 femmes se trouvaient dans le service de maternité.

Ce fut un moment de grande frayeur. Il fallait évacuer tout le monde très rapidement. Les médecins, les patients étaient angoissés car des avions survolaient la zone à ce moment-là, et ils avaient peur de nouvelles frappes.

Certains patients ont été transférés dans des hôpitaux en Turquie. D’autres ont été ramenés à leur domicile. D’autres encore ont été admis dans des hôpitaux de la région.

Vidéo montrant l’évacuation des femmes de l’hôpital.

Le missile a explosé à l’entrée sud du bâtiment et creusé un cratère de six mètres de profondeur. Malheureusement, cinq personnes qui se trouvaient à l’extérieur sont mortes dans l’explosion. Parmi le staff, il y eu 15 blessés dont deux dans un état grave, qui ont été rapidement transférés vers la Turquie.

Le chemin vers la frontière turque est dangereux car Azaz est actuellement encerclée par les forces kurdes du YPG [Unité de protection du peuple] à l’ouest et les avions de combat russes continuent de survoler la région.

Ce n’est pas la première fois que cet hôpital est bombardé. En décembre dernier, il a été visé à deux reprises par les avions russes. Je ne comprends pas pourquoi. Cet hôpital n’accueille ni des combattants de l’organisation État islamique et ni ceux de Jabhat al-Nosra. Seulement des femmes et des enfants.

Lundi matin, d’autres endroits d’Azaz ont été touchés par des missiles, notamment une école occupée par des refugiés. Les missiles qui se sont abattus sur cette ville auraient fait 10 morts au total selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dans la même journée, un hôpital soutenu par l’ONG Médecins Sans Frontières dans la région de Maaret al-Noomane, à 280 kilomètres au nord de Damas, a également été visé par un raid. L’attaque a fait neuf morts, dont un enfant.

Plusieurs ONG accusent le régime syrien et ses alliés russes de mener des attaques délibrées contre les hôpitaux situés dans les zones contrôlée par l'opposition pour punir les populations qui les soutiennent. 

La région d’Azaz est depuis quelques jours le théâtre de combats féroces entre les forces kurdes des YPG et des groupes de l’opposition syrienne. Les Kurdes tentent de chasser les rebelles de cette ville dans le but de relier les zones qu'ils contrôlent dans le nord de la Syrie, afin de créer une région autonome kurde.