BÉNIN

Au Bénin, une route bloquée par la magie du vaudou

Des villageois de Kokoro bloquent la route principale reliant Parakou à Cotonou. Au milieu, un homme en chef vaudou avec ses fétiches. Photos AT Sy.
Des villageois de Kokoro bloquent la route principale reliant Parakou à Cotonou. Au milieu, un homme en chef vaudou avec ses fétiches. Photos AT Sy.

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Notre Observateur a été témoin d’un étonnant blocage de route par des villageois béninois, accompagnés de chefs vaudous parés de gris-gris et entourés de fétiches.

Mardi, l’axe principal reliant Cotonou à Parakou, dans le nord du Bénin, a été totalement bloqué par une manifestation de villageois de Kokoro. Mais pas seulement par des barricades ou un sit-in classique : des chefs vaudous se sont dressés devant le cortège, posant petites statuettes et fétiches mystiques.

Selon notre observateur la magie a fonctionné, car la route est restée bloquée pendant quatre heures…

Images prises par AT Sy, le 9 février, sur la route reliant Cotonou à Parakou. Des villageois manifestent accompagnés de chefs vaudous.

"Je ne sais pas s'ils étaient de vrais chefs vaudous, mais leur présence a impressionné"

Notre Observateur, A .T Sy (pseudo), vidéo-journaliste indépendant en reportage au Bénin, était dans un bus bloqué par le barrage.

Ils étaient en colère car leur village n’est toujours pas électrifié alors qu’un village voisin vient de l’être. Ils avaient une pancarte "Yayi veut partir sans nous électrifier" [le mandat de l’actuel président se termine en avril, il a annoncé ne pas se représenter, NDLR].

Vue la présence militaire et policière, le barrage aurait pu être dispersé en quelques minutes. Mais il n’en a rien été. Je ne sais pas s'ils étaient de vrais chefs vaudous, mais leur présence a impressionné des gens autour de moi. J’ai entendu un homme dire "si le vaudou utilise son sifflet, ça risque de très mal se terminer ". Quand j’ai demandé au chauffeur de notre bus pourquoi on n’essayait pas quand même de passer, il m’a dit 'ça ne sert à rien, il y a un chef vaudou'".

Des statuettes et autres gris-gris avaient été déposés derrière une ligne blanche tracée par terre.

Certaines personnes disaient qu’il y avait des hommes politiques dans des véhicules et que la route était bloquée pour leur envoyer un message [cette information n’a pas pu être vérifiée par France 24]. Nous sommes restés bloqués de 4 heures avant que les villageois décident de lever le camp.

Derrière les chefs vaudous, des barrages de pneus étaient constitués devant des villageois jouant de la musique.

Selon des habitants contactés dans la région de Parakou, les manifestations de villageois seraient quasi-quotidiennes depuis le début de l’année. Le président béninois avait promis l’électrification de 576 chefs-lieux d’arrondissement pour son dernier mandat, une promesse qui n’a pas été tenue, notamment à Kokoro.

Des sources locales affirment que ces barrages seraient mis en place avec la complicité d’élus locaux, également mécontents des promesses non tenues, mais ne pouvant publiquement se prononcer. Cela expliquerait, plus que les gris-gris, pourquoi les manifestants n’ont pas été dispersés plus rapidement.

Le Bénin est considéré comme le berceau du vaudou, et environ 17 % des Béninois sont animistes. Tous les ans, le 10 janvier, s’y tient le plus grand rassemblement vaudou d’Afrique sur la plage de la "Porte du non-retour", à Ouidah. Cette année, la politique s’est d’ailleurs invitée au rassemblement : le candidat à la présidentielle, Lionel Zinsou, considéré comme le dauphin de Yayi Boni, y a fait un discours.