IRAN

Une application iranienne pour échapper à la police des mœurs

Logo de l'application "Gershad".
Logo de l'application "Gershad".

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Les Français ont leurs applications pour détecter les radars de police sur les routes, les Égyptiens ont la leur pour dénoncer le harcèlement sexuel…. Et des Iraniens viennent de lancer "Gershad", l’application pour mobile qui permet d’avertir de la présence, dans une proximité immédiate, d’agents de la police des mœurs.

Dans la République islamique d’Iran, le rôle de la police des mœurs, une unité de la police nationale, est de s’assurer que le comportement des citoyens est conforme à la loi islamique. Par exemple, les officiers doivent vérifier que les femmes portent "correctement" leur voile. Ils peuvent aussi demander à un garçon et une fille qui marcheraient côte à côte quelle est leur relation, pour savoir s’ils sont mariés ou de la même famille – dans le cas où ils les soupçonnent d’avoir une relation de "couple" sans être mariés, les officiers de la police des mœurs peuvent les réprimander.

L’application se destine donc surtout à de jeunes iraniens, et en particulier les jeunes femmes qui ont tendance à porter le voile très en arrière sur la tête, découvrant largement leur visage et leurs cheveux.

Capture d'écran de l'application, qui montre, sur une partie, les différents poins où ont été localisés des officiers de la police des mœurs.

Le fonctionnement de l’application est assez simple : si un utilisateur voit dans la rue un "Gasht-e-Ershad ", un officier de la police des mœurs, il signale son emplacement sur l’application, et les autres utilisateurs en sont immédiatement avertis. Ils peuvent dès lors modifier leur itinéraire pour éviter l’officier.

Capture d'écran qui montre que huit utilisateurs différents ont indiqué la présence de policiers sur la place Vanak de Téhéran.

Une application "contre les humiliations"

Afin de rendre l’information crédible, l’utilisateur est invité à allumer son GPS et ne peut géolocaliser des officiers que dans un rayon d’un kilomètre. Il est également possible de savoir combien de personnes ont déjà pointé la présence d’un officier à un endroit précis : plus il aura été répertorié, plus l’information sera digne de confiance. Enfin, un utilisateur peut même entrer ses quartiers préférés et recevoir une alerte dès qu’un policier est géolocalisé à proximité des adresses qu’il fréquente.

Sur le Play Store de Google – la plateforme où l’on peut télécharger l’application - on peut lire en présentation de "Gershad" : "chacun sait à quel point nous sommes humiliés à la moindre intervention de la police des mœurs. De nombreux sites regorgent d’exemples en photo et en vidéo des humiliations subies par les jeunes femmes. L’application 'Gershad' se veut un moyen pacifique de minimiser les risques et de nous rendre un peu de nos libertés". Difficile de dire si cette application sera vraiment un succès en Iran, mais elle semble active, plusieurs agents ayant déjà été géolocalisés par les internautes.

Vidéo de présentation du fonctionnement de l'application.

 

Selon des chiffres officiels, en 2014, la police des mœurs serait intervenue dans les rues des villes iraniennes plus de 3 millions de fois rien que pour un port de  hijab considéré comme non règlementaire. En tout, 180 000 femmes ont été arrêtées et 18 sont passées devant un tribunal.

Les autorités estiment également que 40 000 interventions ont été réalisées auprès de femmes portant des "tenues inappropriées " dans leur voiture. S’estimant en partie cachées par l’habitacle de leur véhicule, certaines iraniennes peuvent s’habiller plus légèrement  si elles se déplacent uniquement en voiture, par exemple en se rendant d’un lieu privé à un autre par la route. Dans la plupart des cas, les femmes arrêtées sont relâchées après qu’un de leurs proches leur a amené… une tenue plus "convenable". Si une femme est arrêtée une seconde fois dans une tenue jugée inappropriée, elle peut se voir infliger une amende.

D’après nos Observateurs, depuis l’élection en 2013 à la présidence de l’Iran d’Hassan Rohani, considéré comme modéré, il y a de moins en moins d’officiers de la police des mœurs dans les rues.

Le gouvernement iranien n’a pas à 100 % le contrôle sur la police : le chef de la police est nommé par le Guide suprême, mais il rend des comptes à la fois à l’autorité religieuse et au ministère de l’Intérieur.

Liste de différenrts lieux où  se trouvent des officiers de la police morale, ici à Téhéran.