Lors de la prise de deux villes syriennes proches d’Alep et jusque-là encerclées par différentes factions rebelles, des combattants libanais, irakiens, et probablement aussi iraniens et afghans, ont défilé dans les rues, en déployant plusieurs symboles chiites.

Des 4x4 avec haut-parleurs sont entrés dans les rues de Nobl et Zahraa, deux villes à majorité alaouites, une branche de l’islam rattachée au chiisme. Ils ont diffusé des musiques religieuses perses, comme le montre cette vidéo publiée par MediaSyriaCentral, un media favorable au gouvernemental syrien. Le chant religieux en persan évoque les "défenseurs du mausolée", en référence au mausolée de Zainab, un haut lieu de pèlerinage pour les chiites, près de Damas. Le terme "défenseurs du mausolée" est régulièrement employé par des médias iraniens pour désigner les combattants iraniens chiites en Syrie. 

Video diffusée par MediaSyriaCentral, media pro-régime syrien où on entend des chants religieux perses.

La vidéo montre également des combattants paradant avec des drapeaux de l’Iran et du Hezbollah, organisation chiite libanaise. La filiation du Hezbollah avec l'Iran est historique : son idéologie se base sur celle développée par l'ayatollah Khomeini, le premier "Guide" de la révolution iranienne et l’Iran chiite est le principal donateur du mouvement libanais.

Nobl et Zahraa étaient depuis plus de trois ans encerclées par différents groupes armés opposés au régime de Bachar al-Assad, notamment des rebelles dits modérés de l'Armée syrienne libre, mais aussi des ressortissants du groupe salafiste Ahrar al-Sham. Des forces kurdes controlaient également le territoire à l'ouest des deux villes. Les deux villes sont stratégiques, car elles sont seulement éloignées de 20 kilomètres d’Alep et de 40 kilomètres de la frontière avec la Turquie.


Selon des médias iraniens officiels comme FarsNews, les internautes iraniens disent avoir reconnu dans les vidéos des personnalités publiques iraniennes. Par exemple, Ali Kabi, un représentant chiite du clergé défile avec une kalachnikov, sur la photo ci-dessous. Il est le fils de l’ayatollah Kabi, membre de "l’Assemblée des experts" d’Iran, un parlement chargé de superviser le travail du Guide suprême, et de choisir un nouveau guide à son décès.

Ali Kabi, fils d'un important représentant du clergé iranien, apparaît sur une photo lors de la libération d'une ville syrienne près d'Alep.

Sur d'autres images, des médias iraniens évoquent également la présence de milices chiites irakiennes sur les champs de bataille à Alep. L’Irak est en guerre contre l’organisation de l’État islamique qui contrôle certaines villes, notamment Mossoul, la deuxième plus grande ville du pays.

Selon Wassim Nasr, spécialiste des réseaux djihadistes à France 24, la présence de milices chiites irakiennes en Syrie lors de récentes opérations à Alep est confirmée par plusieurs photos et vidéos publiées par la brigade de Badr, en partie financée par l’Iran.

Sur la photo du haut, le drapeau irakien, et le drapeau jaune et vert du Hezbollah, sont brandis par les combattants.




Sur le front syrien, la présence de représentants des gardiens de la Révolution iranienne ou de miliciens chiites afghans recrutés par ces derniers est un secret de polichinelle. Ils se battent au côté de l’armée syrienne, et soutiennent le maintien d'un dirigeant alaouite à la tête de la Syrie.

Cependant, les autorités iraniennes ont toujours nié avoir des forces physiques présentes sur les champs de bataille syriens. Selon eux, les personnes qui apparaîtraient sur ces images seraient simplement des "conseillers" pour les combattants syriens, mais ne se battraient pas sur le terrain de guerre.

Pourtant, selon des médias iraniens, au moins 34 Iraniens seraient morts pour la libération de Nubl et Zahraa . Le général Ghajarian et le colonel Safdar Heydari, deux officiers hauts placés au sein des gardiens de la Révolution, feraient partie des victimes.
Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste