Accéder au contenu principal
TURQUIE

Migrants bloqués à l’aéroport d’Istanbul : "Certains sont là depuis un an !"

7 mn

Publicité

Une trentaine de migrants sont détenus jour et nuit dans une petite salle de l’aéroport d’Istanbul, le temps de recevoir une autorisation de séjour ou d’être renvoyés chez eux. Une attente dans des conditions difficiles que certains subissent depuis déjà un an. Notre Observateur a passé une nuit dans cette cellule de détention.

La Turquie, qui accueille officiellement plus de 2,2 millions de Syriens et 300 000 Irakiens, est devenue l’un des principaux points de passage des migrants qui veulent rejoindre l’Europe.

Sur les plus d'un million de migrants entrés dans l'UE en 2015 par la mer, plus des trois quarts avaient traversé la mer Egée depuis les côtes turques. Mais certains migrants arrivent également en Turquie par avion. Ceux qui n’ont pas de papiers sont alors gardés en zone de transit, au sein des aéroports, le temps de régulariser leur situation.

Amédée (pseudonyme) est malien, il vit en France depuis 2013. Le 26 janvier, il a pris un avion pour Istanbul dans le but de rendre visite à un ami. Mais, n’étant titulaire que d’un titre de séjour français, il s’est fait arrêter par la police et a passé une nuit dans la salle de détention temporaire de l’aéroport Ataturk d’Istanbul.

Photo de la salle de détention au sein de l'aéroport d'Istanbul. 

"Même en prison les détenus ont le droit à un vrai lit"

Avec ma carte de séjour, je pensais pouvoir voyager en Turquie. Mais arrivé à l’aéroport, j’ai été arrêté et placé dans une cellule de détention.

La pièce dans laquelle j’ai passé la nuit était toute petite et nous étions près d’une trentaine à l’intérieur. Nous avions juste un fauteuil dépliant pour dormir. Je me demande si c’est légal d’entasser autant de gens dans le même endroit. Même en prison, les détenus ont le droit à un vrai lit. Une fois à l’intérieur, impossible d’en sortir, même pour se dégourdir les jambes. Ce n’est pas facile de trouver le sommeil dans de telles conditions, surtout que la lumière est tout le temps allumée ! Pour les repas, c’est sandwich matin, midi et soir. J’ai également été marqué par l’odeur nauséabonde de la salle.

Il n’y avait que des hommes, la plupart étaient très jeunes et tous voyageaient seuls. J’ai rencontré un garçon qui devait avoir tout juste 14 ans.

"La plupart ne comprennent pas vraiment ce qu’ils font là"

Les migrants venaient d’un peu partout : il y a beaucoup de Syriens mais aussi des Maliens, des Ivoiriens, des Camerounais… Beaucoup veulent rejoindre l’Europe mais ont été arrêtés à Istanbul lors de correspondances.

J’ai pu discuter avec des personnes aux parcours totalement improbables. Ils sont complètement perdus et ne comprennent pas vraiment ce qu’ils font là.

Photo prise dans la salle de détention au sein de l'aéroport d'Istanbul.

"Aucune ONG n’est présente, ils sont livrés à eux-mêmes"

Rien n’est mis en place pour les guider. La police leur dit que la seule solution pour rester en Turquie c’est qu’ils fassent une demande d’asile. Mais les autorités turques tardent à donner les réponses. Tous ont peur d’être finalement ramenés chez eux. Certains attendent depuis trois mois, d’autres depuis un an.

Aucune ONG n’est présente pour leur dire quels sont leurs droits. Du coup, ils sont complètement livrés à eux-mêmes. Des avocats turcs se déplacent de temps en temps mais ils ne parlent que turc et anglais. Pour les francophones et les arabophones, il faut demander un interprète et ça peut prendre du temps.

Tous les migrants que j’ai rencontrés dans cette cellule sont très affaiblis. D’abord psychologiquement : ils ont compris qu’ils n’ont quasiment aucune chance que leur demande aboutisse, mais aussi physiquement, à force de manger de la nourriture de mauvaise qualité et de rester enfermés. Un homme m’a dit qu’il était tombé malade mais que le médecin n’était arrivé que le lendemain. Après l’avoir examiné, le docteur lui a prescrit une ordonnance, il devait donner de l'argent aux gardes pour qu'ils aillent lui chercher ses médicaments, mais il n'avait pas de quoi les payer !

Heureusement, moi j’ai été ramené en France dès le lendemain. Depuis, je reste en contact avec plusieurs migrants coincés dans cet aéroport mais je ne sais pas vraiment comment les aider.

Photo prise dans la salle de détention, au sein de l'aéroport d'Istanbul.

"S’ils ne veulent pas rentrer chez eux, ils sont obligés d’attendre dans cette salle"

Yekta Işık Nergiz est l’avocate de l’un des migrants bloqués à l’aéroport d’Istanbul.

La plupart des migrants retenus au sein de l’aéroport n’ont pas de papiers sur eux. C’est pour cela que la Turquie ne les laisse pas entrer sur son territoire. En général, ils n’ont pas fait le voyage de leur pays vers la Turquie directement mais ont transité par un autre pays.

Du coup, les autorités leur proposent deux solutions : soit vous retournez dans votre pays d’origine, soit vous retournez dans le pays d’où vous avez décollé. En général, ils ne veulent pas rentrer chez eux et ne connaissent personne dans le pays d’où ils ont pris l’avion.

La seule solution qui leur reste est d’entrer en contact avec un avocat et de faire une demande d’asile. Mais le processus est très long ici, il peut prendre un an. Le juge peut soit donner une autorisation de séjour, soit être expulsé. C’est pour cela que certains attendent depuis des mois au sein de l’aéroport.

Bien sûr, ce n’est pas légal de les garder aussi longtemps et dans de telles conditions. Mais en même temps, les autorités n’ont pas vraiment le choix : elles n’ont pas le droit non plus de les faire entrer sur le territoire. Donc malheureusement, s’ils ne veulent pas rentrer chez eux, ils sont obligés d’attendre dans cette salle.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.