Venezuela

Vidéo : Au Venezuela, des détenus armés sèment la terreur depuis leur prison

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Des détenus armés tirent en l’air depuis le toit d’une prison sans être inquiétés. La scène paraît improbable, pourtant, elle vient d’avoir lieu à San Antonio, au Venezuela, un pays où la quasi-totalité des prisons sont contrôlées par des gangs.

Piscines, discothèques, armes à feu : dans la prison de San Antonio située sur la petite île Margarita au large du Venezuela, les détenus ont la belle vie.

Mais ils font également régner la terreur. Plusieurs vidéos de leur séance de tirs improvisée ont été publiées sur les réseaux sociaux vénézuéliens. Les prisonniers voulaient ainsi rendre hommage à leur chef, El Conejo, un ancien détenu décédé dimanche 24 janvier.

Notre Observateur Nemesis (pseudonyme) habite sur l’île Margarita.

"C’est une pure folie !"

Ce qu’il se passe est une pure folie ! Dimanche soir, le chef de gang Teofilo Cazorla, connu sous le nom d'"El Conejo" a été tué à Polomar, une ville située sur l’île Margarita. Selon la presse, il sortait de boîte de nuit. Il doit surement s’agir d’un règlement de compte.

Il avait été libéré de la prison l’an dernier, mais la rumeur disait qu’il ne voulait pas en sortir parce qu’il s’y sentait protégé. Il contrôlait toute une série de trafics organisée depuis la prison. À Margarita tout le monde connaissait El Conejo et savait qu’il était lié à un réseau de narcotrafiquant.

Un ami à moi est passé en voiture au moment où ils tiraient sur le toit, il était complètement paniqué.

"Voilà comment ça se passe dans la prison San Antonio à Margarita : les prisonniers tirent en l'air avec des armes de guerre".

"La police ? On a l’impression qu’elle est complice"

D’ailleurs en ce moment c’est toute la ville qui est terrorisée. C’est l’anarchie ici, les gangs font la loi. Mardi, pour les funérailles d’El Conejo, l’avenue principale de l’île a été bloquée toute l’après-midi. Des membres du gang extérieur à la prison ont organisé une sorte de grande procession dans les rues…

Photo d'une artère principale de l'île, bloquée pour l'enterrement d'El Conejo. Photo envoyée par notre Observateur.

Mais personne ne dit rien : les gens ont peur de se rebeller contre les gangs. La police ne fait pas grand-chose non plus. On a même l’impression qu’elle est complice.

En plus, les liens entre l’administration pénitentiaire et El Conejo sont très flous. Après la publication des vidéos des coups de feu depuis le toit de la prison, beaucoup d’internautes ont relayé une photo de la ministre du Service pénitencier, Maria Iris Varela et du chef de gang, qui révèle leur proximité. Elle aurait été prise dans sa cellule, quand il était interné à San Antonio.

"C'est ça le travail de la ministre ? "

"Ces voyous savent que la ministre est une alliée."

"Cette scène n’est pas étonnante : on a déjà vu plusieurs vidéos montrant des prisonniers armés"

Carlos Nieto Palma, est directeur de l’ONG "Una Ventana para la Libertad". Celle-ci réclame depuis plusieurs années une réforme du système pénitencier. Depuis la publication des récentes vidéos, l’ONG a demandé la destitution de la ministre du Service pénitencier. 

La scène que nous voyons sur la vidéo n’est pas du tout surprenante. Et on a déjà vu des vidéos de détenus armés… Ce qui est nouveau, c’est que maintenant, ils ont des téléphones de bonne qualité et ils peuvent se filmer et relayer leurs vidéos en temps réel. La quasi-totalité des vidéos qui sont apparues sur les réseaux sociaux ont été prises par des prisonniers.

Au Venezuela, les gens ont déjà très peur de vivre à côté des prisons. Mais alors avec ces vidéos, les prisonniers font régner la terreur.

"Ils n’ont pas pu avoir ces armes sans l’aide de la Garde Nationale"

Certaines armes que l’on voit sur la vidéo sont des armes militaires. Elles n’ont pu leur être délivrées qu’avec l’aide de la Garde nationale, une branche des Forces armées nationales.

Autour des prisons, il y a deux niveaux de surveillance. À l’extérieur, il y a la Garde nationale. Et à l’intérieur, ce sont des fonctionnaires du Service pénitencier. Si des armes entrent dans la prison, ça veut donc dire qu’il y a une double corruption.

Armés comme ils le sont, les prisonniers pourraient facilement s’évader. Mais ils restent dans la prison parce qu’ils y sont protégés. C’est un endroit stratégique et les gangs s’en disputent régulièrement le contrôle.

Depuis la prison, plusieurs trafics sont organisés : de drogues, de téléphones, d’ordinateurs…

Ce qu’il se passe à San Antonio en ce moment n’est que la partie visible d’un vaste réseau mafieux au sein des prisons et dans certains quartiers.

Selon le dernier rapport d’Amnesty international, 150 détenus ont été tués dans les prisons vénézuéliennes en 2014.

En novembre dernier, la ministre avait pourtant assuré qu’il n’y avait pas d’armes dans les établissements pénitenciers et que la violence carcérale était en baisse

Suite à la publication des vidéos, mardi, l’Assemblée nationale vénézuélienne a annoncé la mise en place d’une commission pour enquêter sur les dysfonctionnements au sein de la prison de San Antonio.

"Aujourd'hui, une enquête sur ce qu'il se passe au sein de la prison de San Antonio a été voté à l'unanimité".

Depuis la victoire de l’opposition aux élections législatives de décembre, le gouvernement mené par le socialiste Nicolas Maduro se retrouve dans une situation de blocage politique et les tensions sont vives. Mercredi 27 janvier, quatre bombes artisanales ont explosé à Caracas, près de l’Assemblée nationale. Le chef de la majorité d’opposition au Parlement, Julio Borges a affirmé que ces bombes avaient été déposées par des "proches du gouvernement" pour semer la panique et "éviter le débat sur les questions importantes" dans le pays.

Cette crise politique est doublée d’une grave crise économique. Les Vénézuéliens doivent faire face depuis plusieurs mois à d’importantes pénuries et à une inflation galopante.