Comment mettre à profit le débit d’une rivière, tout en respectant l’environnement ? En Bretagne, dans l’ouest de la France, un homme a décidé de transformer un vieux moulin à eau – inutilisé depuis 14 ans – afin qu’il produise de l’électricité. L’objectif : alimenter une vingtaine de logements.


Le Moulin Neuf, situé le long de la rivière du Loc’h, à Pluneret, a commencé à être utilisé au XVIIIe siècle, pour moudre le grain et fabriquer de la farine. À l’époque, il fonctionnait avec une roue. Après avoir été détruit par un incendie en 1896, il a été remplacé par un nouveau moulin, activé cette fois par une turbine. Il a été utilisé durant un siècle environ, avant d’être laissé à l’abandon.

Le site du Moulin Neuf, il y a plus d'unsiècle.

"On pourra utiliser l’eau de la rivière pour produire de l’électricité six à huit mois par an"

Il y a quatre ans, lorsque Joseph Montel, 55 ans, rachète le site, le moulin n’est plus utilisé depuis 14 ans et sa turbine est cassée. Il décide alors de reprendre les choses en main.

On parle beaucoup des problèmes de pollution actuellement, mais il existe des solutions ! Ici, par exemple, le Loc’h a un débit assez important, qu'on peut utiliser pour produire de l’électricité.

Quand j'ai racheté le site, le moulin ne fonctionnait plus mais les infrastructures étaient globalement en bon état. Il fallait juste faire quelques travaux. Mais on vient à peine de les achever, car les procédures ont été très longues...

Tout d’abord, j’ai dû faire appel à un cabinet spécialisé qui a réalisé une étude sur la faisabilité du projet. Ça a coûté 10 000 euros.

Ensuite, j’ai dû réaliser une mise aux normes environnementales du site, qui a coûté 84 000 euros. Heureusement, elle a été subventionnée à 80 % par une agence de l’eau et le conseil général. J'ai surtout dû aménager le ruisseau qui est parallèle au cours d’eau principal. Il s’agit de la passe à poissons : c’est là qu’ils passent toute l’année dans un sens ou dans l’autre. On a élargi ce ruisseau, où on a aussi installé des colonnes : elles permettent de ralentir le débit du cours d’eau, pour aider les poissons à le remonter.


La passe à poissons, un aspect crucial de la mise aux normes environnementale.


De gros travaux ont également été réalisés dans la chambre à eau, où se trouvait l’ancienne turbine. Comme elle était cassée, on a dû l’enlever. À la place, on a installé deux turbines, fabriquées par une entreprise bretonne. En tout, on a dépensé 70 000 euros pour les acheter et réaliser ces travaux.
 

Les deux turbines installées dans la chambre à eau.


Enfin, il y a trois mois, on a reçu le devis d’ERDF [Électricité Réseau Distribution France] concernant le raccordement du moulin au réseau électrique. Il va nous coûter 2050 euros et doit être réalisé cette semaine. Puis, le moulin commencera enfin à fonctionner.

"Une vingtaine de logements alimentés en électricité toute l'année"

On pourra utiliser l’eau de la rivière pour produire de l’électricité six à huit mois par an, c’est-à-dire uniquement lorsque le niveau de l’eau sera assez élevé. Dans la chambre à eau, chaque turbine peut absorber 700 litres par seconde, ce qui permet de produire 18 kilowatts/heure par turbine. Ça devrait permettre d’alimenter en électricité une vingtaine de logements toute l’année.


Lorsque l'eau de la rivière passe au-dessus du niveau zéro du déversoir, comme à gauche dans la vidéo, il est possible de produire de l'électricité.


"Le coût du projet devrait être amorti en cinq environ"

L’électricité produite sera revendue à EDF [Électricité de France, le premier fournisseur d'électricité de l’Hexagone, NDLR], au prix de 12 à 13 centimes le kilowatt-heure, qui la redistribuera ensuite aux foyers des alentours. Le coût total du projet devrait donc être amorti en cinq environ. Ensuite, ça me fera un complément de revenu.

Près d’ici, il y a d’autres moulins, mais aucun n’est utilisé. En même temps, c'est vraiment compliqué de trouver des conseils et de l’aide pour ce genre de projet, et les procédures sont extrêmement longues. C’est beaucoup plus simple quand on veut se lancer dans le photovoltaïque par exemple, sans compter que la vente d’électricité issue de l’énergie solaire rapporte davantage.


Lorsque le débit de l'eau devient trop important, l'eau passe à travers des vannes de décharge.

 
Les particuliers produisant de l'électricité pour leur propre consommation ne sont pas tenus de la revendre. En revanche, s'ils produisent davantage d'électricité qu'ils n'en consomment, ils sont obligés de la revendre à un fournisseur d'électricité (EDF, Enercoop…). Ils ne peuvent en aucun cas raccorder directement leurs installations à des maisons voisines.

Contactée par France 24, EDF indique avoir l'obligation d'acheter l'électricité de ces producteurs, au prix fixé par la Commission de régulation de l'énergie, une autorité administrative indépendante. EDF la revend ensuite au prix du marché. Le prix de revente étant inférieur au prix d'achat, c'est l'État qui compense financièrement cette différence (à travers la contribution au service public de l'électricité).

Bien qu'aucun inventaire précis n'ait été réalisé, la Fédération des moulins de France estime qu'il existe plusieurs dizaines de milliers de moulins dans le pays. "Si tous ces moulins étaient utilisés pour produire de l'énergie hydroélectrique, ils produiraient autant qu'une centrale nucléaire", assure son secrétaire Christian Peron.


Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone