Des manifestations contre le chômage et la misère sociale sont en cours à Kasserine et dans les villes alentours depuis la mort du jeune chômeur Ridha Yahiaoui, électrocuté après avoir menacé de se suicider en escaladant un poteau électrique. Son nom venait d’être retiré d’une liste d’embauches pour entrer dans la fonction publique.

Depuis le décès du jeune homme, des dizaines de personnes sans-emplois occupent le siège du gouvernorat de la région défavorisée de Kasserine. Témoignages.


الآن من داخل مقر ولاية القصرين.اعتصام التشغيل.ماناش مروحين .مازلنا معتصمين. -وجدي-

Posted by Wajdi Khadraoui on Friday, January 22, 2016
Des dizaines chômeurs rassemblés au siège du gouvernorat interpellent les autorités : "Où est le droit
au travail des jeunes de Kasserine ?"

Les manifestations sont marquées par des violences et des heurts entre les protestataires et les forces de l’ordre. À Kasserine, la police a utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui leur lançaient des pierres.


Témoignage de Fouad Salhi, chômeur en sit-in au siège du gouvernorat de Kasserine.

Mercredi 20 janvier dans la soirée, un policier est décédé durant la dispersion d'une manifestation à Feriana, au sud de Kasserine. Huit autres policiers ont été blessés mercredi à Kasserine et 11 à Thala, une ville proche.

Témoignage de Chameseddine Tlili, chômeur de Kasserine.

Jeudi 21 janvier, plus d'un millier de personnes se sont à nouveau rassemblées devant le gouvernorat à Kasserine. Pour calmer les esprits, le gouvernement tunisien a promis de recruter 5À000 personnes dans le secteur public. Mais cela n’a pas suffit à apaiser les tensions. Près de 200 chômeurs sont en sit-in depuis le 19 janvier dans les locaux du gouvernorat.

"Nous maintenons notre sit-in parce que nous ne croyons plus aux promesses du gouvernement."

Témoignage de Tahar Mellouli, professeur de sport, au chômage depuis 2007. Il est marié et a deux enfants.

"L’annonce faite mercredi par le gouvernement d’octroyer 5 000 emplois aux chômeurs de Kasserine, ne nous convainc pas du tout. On ne nous dit pas quand, ni comment ce programme sera mis en place. Nous maintenons notre sit-in ici parce que nous ne croyons plus en ces promesses.

Il y de cela sept ans, les autorités avaient lancé un programme consistant à garantir un emploi pour chaque famille. À chaque fois, ils nous disaient : "C’est pour le mois prochain." Nous attendons toujours son application.

À 37 ans, j’ai une femme et deux enfants à ma charge. Cela fait aussi sept ans que je postule pour un poste d’enseignant d’éducation physique auprès du gouvernorat. Ma candidature n’a jamais été retenue. Pourquoi ? Les recrutements se font généralement par concours, mais les procédures manquent de transparence.

Et si par chance vous êtes recruté, vous touchez un salaire ridicule, qui ne dépasse par les 400 dinars (180 euro) par mois. J’ai des amis dans la fonction publique qui me disent qu’à peine deux semaine après avoir touché leur salaire, ils ne trouvent même plus de quoi se payer un paquet de cigarettes.

Kasserine à l’une des premières villes à s’être soulevée contre le régime de Ben Ali en 2011, et rien n’a été fait pour son développement. Les politiques n’ont rien compris.


À Kasserine, un haut responsable local a été limogé à la suite du décès du jeune chômeur, et une enquête a été ouverte sur les motifs de la modification de la liste d'embauches. Quelques 200  poursuivent leur sit-in au siège du gouvernorat.

Article écrit en collaboration avec

Djamel Belayachi , Journaliste