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Haïti en ébullition : "Les pauvres sont exclus du scrutin"

Les manifestations se déroulent dans un climat tendu à Port-au-Prince. Photo envoyée par notre Observateur.
Les manifestations se déroulent dans un climat tendu à Port-au-Prince. Photo envoyée par notre Observateur.

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À cinq jours du second tour de la présidentielle, les manifestations se multiplient à Port-au-Prince, en Haïti, pour réclamer l’annulation d’un premier tour considéré comme "truqué ". Selon notre Observateur, aucune explication n’a été fournie aux habitants sur les démarches à suivre pour voter. Beaucoup d’électeurs des quartiers pauvres n’ont même pas pu s’inscrire sur les listes électorales.

Des milliers de personnes étaient déjà descendues dans les rues de Port-au-Prince en novembre, après l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Le président actuel, Michel Martelly, avait été accusé d’avoir manipulé les chiffres, les manifestants dénonçant un "coup d’État électoral".

Manifestation dans les rues de Port-au-Prince mardi 20 janvier. Photo prise par notre Observateur. 

À quelques jours du second tour, les manifestations reprennent dans un climat tendu. En début de semaine, des véhicules ont été incendiés, une station-service saccagée et des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre dans les rues de la capitale haïtienne.

Daniel Tercier est étudiant et journaliste à "Haïti Liberté". Il s’est rendu aux manifestations les 18, 19 et 20 janvier. Il s’était déjà engagé dans celles de l’an dernier.

"Les gens ont du mal à aller voter dans leur quartier : ils dépendent encore de leur adresse de 2010, avant le séisme"

Nous avons vu ce type de manifestations se dérouler tout au long de l’année. Mais elles se durcissent en ce moment avec l’arrivée du second tour des élections présidentielles [prévu pour dimanche 24 janvier], qui avait déjà été reporté... Il y a déjà eu des rassemblements lundi, mardi et mercredi et des manifestations sont prévues jusqu’à la fin de la semaine.

Pendant une manifestation à Port-au-Prince. Photo envoyée par notre Observateur. 

Les manifestants réclament l’annulation de l’élection, la démission des membres du conseil électoral provisoire (CEP), et le retrait de la candidature de Jovenel Moïse, un proche du président actuel, candidat en tête pour le second tour.

Selon les résultats du premier tour, Jovenel Moïse et son opposant Jude Célestin étaient en lice pour le second tour. Mais Jude Célestin a menacé de ne pas y aller. Selon lui, les élections ont été truquées et Jovenel Moïse serait en réalité arrivé en 6e position lors du premier tour.

Je suis également persuadé qu’il y a eu des fraudes. Les élections sont très mal organisées ! Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, depuis le séisme, beaucoup de gens ont changé de domicile. Mais aucun dossier n’a été mis à jour. Du coup, certaines personnes n’arrivent pas à aller voter dans leur quartier actuel parce qu’ils dépendent encore de leur adresse de 2010 !

"Beaucoup de gens acceptent de voter pour un parti politique en échange d’argent"

En plus, la plupart des gens ne savent pas comment voter et pour qui. Il n’y a pas eu de séances de formation ou de campagne de sensibilisation… Les plus pauvres sont exclus du scrutin. Et je pense que c’est ce sentiment de rejet qui crée autant d’hostilité au gouvernement dans les quartiers populaires.

Manifestations violentes à Port-au-Prince ce lundi 18 janvier ...

Des milliers de manifestants scandant "Nou pap obeyi" ("Nous n'obéirons pas") ont défilé dans les rues de la capitale ce lundi 18 janvier 2016 alors que la tension politique était à comble en Haïti. Ces protestations ont dérapé lorsque des manifestants visiblement agités s'en sont pris à des véhicules qu'ils ont incendié. D'autres manifestations sont prévues pour ce mardi 19 janvier 2016.

Posted by RadioKiskeya on Tuesday, January 19, 2016

Cette défiance envers le système fait que beaucoup de gens acceptent de voter pour un parti politique en échange d’argent…

Derrière cette crise politique, il y a d’autres problématiques qui poussent les gens à sortir dans la rue. Le taux de chômage est très élevé, les classes populaires sont complètement abandonnées : il y a un véritable sentiment d’injustice et le fossé se creuse entre classes dirigeantes et classes populaires. C’est pour cela que la majorité des manifestants sont issus des quartiers populaires.

Manifestation à Port-au-Prince. Photo envoyée par notre Observateur. 

"Ils dénoncent le rôle joué par la communauté internationale"

Les manifestants dénoncent également le rôle joué par la communauté internationale en Haïti. Depuis 2012, les gens disent que le Canada, la France et surtout les États-Unis ont la mainmise sur les leaders politiques de notre pays, et que cela empêche le pays de se développer.